I..CS rêveurs qui bercent toujours dan» leur tête quel
que fantaisie, ont la mauvaise habitude de froncer les sourcils, ce qui leur donne un air brusque, maussade ou fier. D est certain que je suis gai : mes écrits le prouvent ; cependant je ne sais comment il se fait qu un tas de pensées m'ont toujours mis la tète en ébuUition. Tantôt ce furent mes affaires de famille, tantôt mes procès, les argumentsque je préparais, les désordres de fortune auxquels il fallait aviser, ou bien mes compositions poétiques et mes comédies. Il en résulta que je tombai dans le tra\^rs de ces rêveurs, toujours distraits « les yeux baissés, murmurant des paroles entrecoupées; ce qui» joint a mon marcher lent, à ma tacitumité, a mon goût pour les promenades solitaires, m'a fait passer pour un homme peu sociable, et peutêtre méchant. En me voyant errer dansTes recoins de la ville, morne, soucieux, le regard en dessous, on m'aura soupçonné de vouloir tuer quelqu'un, lorsque je rêvais k ma comédie de Y Oiseau vert. Je n'assurerai pas que je n'aie point été un sot, puisque les sots ne savent jamais qu'ils le sont; mais au moins mes sottises auront été brèves , et souvent un discours long et fleuri ennuie plus qu'une sottise laconique.
Quant k mon caractère , ces Mémoires le feront assez connaître. Ce que je pense de moi-même pourrait-il intéresser le lecteur ? 11 y a pourtant un point essentiel sur lequel je ne veux pas qu'on se méprenne : J'ai eu des procès, et ne suis point querelleur; j'ai défendu le patrimoine de mes frères et le mien avec acharnement . et je ne suis pas avide. Je méprise l'avarice, et si je ne fus pas prodigue , c'est faute d'argent. Si j'eusse été nche ,