CHAPITRE XII
dent a runanimité au milieu des rires , et reçut solen* nellemeut le litre à^arcigranellone ( archiniais). Il accepta sérieusement le grade elle sobriquet; sa vanité s*eiifla beaucoup des compliments rimes dont on salua son couronnement» et qu'il prit pour des éloges, quoique ce fussent des malices mordantes. Son siège, élevé sur une estrade et recouvert du dais, était un fauteuil acheté d'occasion , oii il s'imaginait que le célèbre cardinal Bembo s'était assis jadis. Lui seul avait le privîl(^ge d'être accablé d'applaudissements frénétiques lorsqu'il donnait lecture de quelque rapsodie , et ces triompher, le confirmant dans l'idée de sa supériorité, la mystification se soutint jusqu'à sa mort. Pendant les chaleurs de l'été , on servait aux simples académiciens des sorbets à la glace ; mais, au président, on offrait, sur un plateau , une tasse de thé bouillant. Dans l'hiver, on prenait du café; mais on servait au prince un verre d'eau bien froide, et ces distinctions toutes particulièifô enchantaient le bon granellone^ fier de ses ma-
1^4^ plaisanleries dont le président fut le point de mire f^oatimiomlnabics; cefiendant, lorsqu'on s'était un peu. diverti k .ses dépens , on s'occupait de choses utiles et sêriéU!^?ë. ihî l'xatniiiait les ouvrages nouveaux, et on en faisait h critiqua aM «? sagesse et impartialité. On ILsnii dPAvem, A^ ot;iisniis funèbres, des notices, des Ijîûgnipliks , etc., ti Tatitcur de chacun de ces morceaux écoutait de bonne grâce les observations et avis de ses confrères. On consultait ensuite le granelloney
150 MÉMOIRKS 1)E CHARLES GOZZI.
dont Topinion saugrenue, provoquant le rire, adoucis* sait la rigueur des critiques précédentes. Un exceUent esprit de sans-façon , de modestie et de confraternité régnait dans les assemblées. Mon frère Gaspard, qui était l'un des membres les plus estimés de cette académie , me proposa de m'y faire admettre , et je m'y présentai sous son patronage. Quelques-uns de ces granel- Icschi ont laissé des noms recommandables dans les lettres. Je citerai seulement les plus connus : les deux frères Farsetti, Sébastien Crotta, Paul Baibi et Nicolas Tron , patriciens de Venise et bons écrivains ; le dianoine Rossi, les abbés Testa , Cberubini, Deluca, Martinelli et Manzoni , historiens , critiques , et bibliophiles distingués; le comte Gamposanpiero et Marc Forcellini, savants archéologues, etc., etc. Ces esprits si graves poussèrent le goût du badinage jusqu'à écrire des lettres en vers au président, pour le complimenter au nom du grand Frédéric, roi de Prusse, du Sultan, du Sophi, du Prête-Jean et autres potentats. Chaque associé fut honoré officiellement d'un sobriquet, et je me trouvai baptisé du nom de Solilaire , a cause de mes distractions et de mon goût pour les recoius isolés. Il sortit du sein de notre académie de bons examens d*ouvrages nouveaux , dés poëmes légers , des salîtes , des portraits, des épigrammes; et dans les momenLs d'élections d'un doge, d'un procureur de Saint-Marc, d'un grand chancelier , ou de quelque haut dignitaire . nos vers de circonstance obtenaient toujours un cerlainjjjb- (vs. Le public aimait nos avorlissemenls , jugcaientscl