CHAPITRE XVIII
sottise humaiDe ; aussitôt ma pièce lue et acceptée, on s*empressa de donner congé h la Ricci , afin qu'die rfy eiïl point de rôle. On témoignait k la jeune actrice un regret extrême de sa retraite ; on Tçmbrassait avec tendresse ; on l'engageait k rester encore et k tenter une deroiëre fois la fortune, tout en faisant le nécessaire pour la forcer k partir sans délai. Je m'opposai k son départ; je déclarai que, ma pièce étant écrite pour la Ricci , elle seule devait jouer le premier rôle. Alors on Jioscmra contre ma comédie. C'était, disait-on tout bas, une pièce languissante et ennuyeuse ; les masques k caractère n'y paraissant point , elle ne pouvait manquer de tomber. Je n'avais composé cet ouvrage que par obstination , par aveuglement et faiblesse , dans le but de soutenir une actrice incapable et méprisée du public. On m'opposait les dépenses de décors , les frais de costumes , les pertes cil un échec entraînerait la compagnie. La Ricci friss^nait de rage, et moi je riais sous cape, en lui disant de prendre patience, et que la fin de ses maux approchait. Les passions particulières, qui sont la ruine des familles , et souvent des États , le sont bjjfjp plus sûrement des compagnies comiques. Sans mon parti pris de justifier mes pronostics favorables sur la débutante, sans mon humeur vraiment démocratique, j'aurais eu mille occasions d'envoyer au diable cette troupe dafllnée, abrutie par ses soties passions, dont j'étais offensé u chaque instant.
Sur ces entrefaites, le patricien François Gritli, l'uncî des plus heureuses et des plus habiles plumes de Venise, présenta au théâtre de Sacchi une belle traduction en
âl4 MÉ»I01RES DE CHARLES GOZZI.
vers du Gmlate Wasa de Piron. U me demanda mn aws, et je lui conseillai fort de donner le rôle d' Adâaûde a là Ricci. A ce sujet, il y eut une émeute dans la troupe. On éleva cent objections. Comme il ne s'agissait pins de moi, je parlai haut. La pièce étant donnée gratuitcmeot et faite par un grand seigneur , on se décida enfin k la représenter. Avec ses cinq cents ducats d'appointemeou la pauvre Théodora n'avait point de quoi commander os costume suédois, dont les broderies et fourrures coûtaient fort cber. Ses camarades, enchantées de ses embairas, se mirent en frais afin d'écraser le premier râle par la richesse de leurs vêtements ; elles ne regardèrent k aucune dépense ; mais j'avais prévu le coup et donné 4e mot au seigneur Gritti. Le jour de la représentation, Théodora parut habillée plus richement et surtout avec plus de goût que ses compapes, dont la surprise et Ten- . vie iiirent mal dissimulées. La pièce eut du succès. La Ricci n'y joua pas mieux, k mon sens, qu'k ses trois premiers débuts, et cependant le public daigna lui accorder quelques applaudissements. Le courage lui revint, et elle reprit confiance dans mes bonnes prédictions.
Lorsque le Gustave Wasa eut épuisé le cours de ses représentations, la troupe garda un silence expressif au sujet de ma Princesse philosophe. Malgré l'avis de Tbéoddfa, qui s'indignait de cet oubli calculé, je n'eus garde de rappeler ma pièce au souvenir de Saochi , et j'employai un petit stratagème d'un eiïet certain. Je dis k Toreille d'un porteur de nouvelles que la signora Hanzoni, première actrice du théâtre Sant'-Angelo, me semblait créée et mise au monde tout exprès pour jouer la