‹ Nouvelles leçons sur la science du langage: cours professé à l'Institution royale de la Grande (volume 3)Chapitre 32 sur 51 · Muscle thyro - aryténoï · texte numérisé non relu

Muscle thyro - aryténoï

dien.

Corde vocale gauche.

Cartilage aryténoïde.

Cartilage cricoïde.

Corde vocale droite.

Cartilage thyroïde.

Cartilage cricoïde.

Bord supérieur de l'os

Bord supérieur de l'o*

hyoïde.

hyoïde.

Corne supérieure de l'os

Cartilage thyroïde.

hyoïde.

Ouverture de la glotte.

sont de longueur différente chez l'enfant et chez l'homme fait, chez l'homme et chez la femme. Leur longueur moyenne chez l'homme est de 18 millimètres 1/2 quand elles sont au repos, de 23 milli-

mètres 1/6 quand elles sont tendues; chez la femme, de 12 millimètres 2/3 quand elles sont au repos, de 1 5 millimètres 2/3 quand elles sont tendues. Il y a ainsi entre les deux sexes une différence d'un tiers environ, qui explique la différence de timbre qu'il y a ordinairement entre les voix mâles et les voix féminines (1).

La langue, la cavité du pharynx, les lèvres, les dents, le palais, avec son voile mobile et la luette qui jouent le rôle d'une valve séparant la gorge et les narines, aussi bien que la cavité même des narines, tous ces organes ont leur rôle à jouer pour modifier l'impulsion imprimée au souffle quand il est chassé du larynx, et pour produire les différentes voyelles, les différentes consonnes.

Après avoir ainsi démonté, pour ainsi dire, et examiné pièce à pièce l'instrument de la voix humaine, voyons maintenant comment nous jouons de cet instrument jiiand nous parlons et que nous chantons. Tout familier qu'il soit à nos oreilles, tout simple qu'il nous paraisse, le phénomène du chant ou, pour employer une expression plus générale, de la musique, est, si nous l'analysons, un des plus merveilleux qui existent. Quand nous écoutons un chœur ou une symphonie, :e que nous entendons, c'est une commotion de l'air élastique, dont la mer soulevée par la plus forte tempête ne peut donner qu'une très-imparfaite idée. Les notes les plus basses que perçoive l'oreille sont dues à environ 30 vibrations par seconde, les plus hautes à environ 4,000 dans le même espace de temps. Considérez donc ce qui arrive dans un presto quand des

({) Funke, Lehrbuch der Physiologie, p. 664, d'après des observations faites par J. Mùller.

centaines de voix et d'instruments produisent simultanément des ondes sonores, chaque onde croisant toutes les autres, non pas seulement comme les flots qui glissent l'un sur l'autre à la surface de la mer, mais comme des corps sphériques qui se pénètrent, et cela, à ce qu'il semble, sans que toutes ces rencontres produisent aucun trouble que Ton puisse constater (1). Considérez que chaque note est accompagnée par des notes secondaires, que chaque instrument a son timbre particulier, dû aux vibrations secondaires. En dernier lieu, souvenons-nous que tout ce feu croisé d'ondes, tout cet ouragan de son est gouverné par des lois qui déterminent ce que nous appelons l'harmonie, et par certaines traditions ou habitudes qui déterminent ce que nous appelons la mélodie, — deux éléments qui font également défaut au chant des oiseaux. Songeons enfin que tout cela doit venir se réfléchir, comme une image photographique sur une plaque microscopique, sur les deux petits organes de Toute, et produire là non-seulement une perception, mais un sentiment plus mystérieux encore, que nous appelons plaisir ou peine* Ayons tout cela présent à l'esprit, et il sera clair pouf nous que nous sommes entourés de tous côtés par des miracles qui dépassent tout ce que nous sommes accoutumés à regarder comme miraculeux, et qui pourtant révèlent au génie d'un Euler ou d'un Newton des lois susceptibles d'être déterminées avec la plus rigoureuse exactitude mathématique.

Pour l'objet qui nous occupe, il importe de remarquer que , tandis qu'il est impossible de chanter sans

(i) Weber, Wellenlehre, p. 495.

prononcer en même temps une voyelle , il est parfaitement possible de prononcer une voyelle sans la chanter. Pourquoi il en est ainsi, nous le verrons tout de suite. Qu'arrive-t-il quand nous prononçons une voyelle? Les poumons chassent l'haleine, et la bouche forme une espèce de tube à travers lequel, comme à travers une clarinette, le souffle est forcé de passer avant de se mêler à l'air extérieur. Si, tandis que le souffle passe entre les cordes vocales, ces lamelles élastiques viennent à vibrer périodiquement, le nombre de leurs vibrations détermine la hauteur de notre voix, mais il n'a rien à faire avec son timbre ou ses voyelles. Ce que nous appelons les voyelles n'est autre chose que les qualités, ou couleurs, ou timbres différents de notre voix, et ces voyelles sont déterminées par la forme des vibrations, laquelle est à son tour déterminée par la forme des orifices buccaux. C'est là un fait qui, jusqu'à un certain point, avait été pressenti par le professeur Wheatstone dans la critique qu'il a publiée des ingénieuses expériences du professeur Willis (\); mais la certitude en a été démontrée par les recherches du professeur Helmholtz. Il va sans dire que nous ne saurions étudier la forme de ces vibrations au moyen de l'observation microscopique, mais il est possible de faire cette recherche au moyen de tuyaux sonores , tels que ceux qui ont été décrits antérieurement, et de découvrir ainsi dans ces sons ce qui, comme nous l'avons vu, correspond aux formes mêmes des vibrations , à savoir l'absence ou la présence de certaines notes harmoni-

(1) London and Westminster Revieu), Oct. 1837, pp. 34, 37*

ques. Si un homme chaule la même note sur différentes voyelles, les harmoniques qui répondent à nos tubes sonores varient comme elles varieraient si la même note était jouée sur le violon ou la flûte, ou quelques autres instruments musicaux. Pour détruire toute incertitude, le professeur Helmholtz retourna simplement l'expérience. Il prit un certain nombre de diapasons, garnis chacun d'une table de résonnance; en faisant avancer ou reculer cette table il arrivait à donner aux seules notes principales différents degrés de force, et à supprimer complètement leurs notes secondaires. 11 les accorda de manière à produire une série de notes répondant aux harmoniques du diapason le plus bas. Il fit ensuite vibrer simultanément ces diapasons au moyen d'une batterie galvanique, et en combinant les harmoniques, qu'il avait d'abord découvertes dans chaque voyelle au moyen des tubes sonores, il réussit à reproduire exactement, d'une manière artificielle, ces mêmes voyelles.

Nous savons maintenant ce qui produit les voyelles. Elles résultent de la forme des vibrations. Elles varient comme le timbre d'instruments différents ; et en réalité nous changeons l'instrument sur lequel nous parlons quand nous modifions la configuration du tube buccal pour prononcer a, «e, i, o, u (prononcer ces voyelles comme en italien).

Est-il donc possible de produire une voyelle, de faire entendre, au moyen de notre bouche, un son ayant un certain timbre, sans donner en même temps à chaque voyelle une certaine tonalité musicale? Cette question a été fréquemment discutée. D'abord on prenait pour admis que les voyelles ne pouvaient pas être prononcées

sans recevoir une tonalité; qu'il pouvait y avoir des consonnes, mais pas de voyelles muettes. Cependant, si Ton murmurait une voyelle, il était aisé de voir que les cordes vocales ne vibraient pas, ou du moins ne vibraient pas périodiquement ; qu'elles ne commençaient à vibrer que quand la voyelle murmurée était changée en une voyelle prononcée à haute voix. J. Mûller proposa un moyen terme. Il admettait que les voyelles pouvaient être prononcées comme muettes sans que les cordes vocales leur donnassent aucune tonalité, mais il pensait que ces voyelles muettes étaient formées dans la glotte par l'air qui passait entre les cordes vocales restant au repos, tandis que tous les bruits de consonne sont formés dans la bouche (1). Pourtant cette distinction même entre les voyelles muettes et les consonnes muettes n'est pas confirmée par les observations postérieures, qui ont montré que dans le murmure ou chuchotement les cordes vocales sont réunies de telle manière que seulement la partie postérieure de la glotte entre les cartilages aryténoïdes reste ouverte, et qu'elle offre alors la forme d'un triangle (2). C'est à travers cette ouverture que passe l'air, et si, comme cela arrive assez souvent quand on chuchote, de temps en" temps éclate un mot prononcé presque h voix haute, et capable de trahir nos secrets, c'est que les cordes vocales ont momentanément repris leur position ordinaire, et que l'air, en passant, les a fait entrer en vibration. Les cas d'aphonie, où les personnes ' ne sont plus capables de produire aucune note,

(i) Funke, Handbuch der Physiologie, p. 673. Vues différentes de Willis et de Brûcke, p. 678.

(2) Helmholtz,p. 471.

naissent invariablement d'une maladie des cordes vocales; cependant, quoique incapables de donner aucune note, ces personnes peuvent prononcer les différentes voyelles. On ne peut guère nier, par conséquent, que les voyelles prononcées avec la vox clandestina ne soient de simples bruits, que caractérise et que colore, si Ton peut ainsi parler, la configuration de la bouche, mais qui n'ont aucune tonalité musicale déterminée. Il est cependant également vrai que, même dans les voyelles chuchotées, certaines notes vagues inhérentes à chaque voyelle se laissent découvrir, et que ces notes inhérentes sont invariables. Ce fait fut indiqué d'abord par le professeur Donders, et ensuite observé d'une manière plus exacte et démontré par le professeur Helmholtz (1). Il sera nécessaire, je pense, de traiter ces notes comme des notes imparfaites, c'est-à-dire comme des bruits qui se rapprochent de notes, ou comme des vibrations irrrégulières, qui sont tout près de se changer en vibrations régulières ou isochrones, mais qui n'y parviennent pas tout à fait ; quoique la limite exacte où finit le bruit et où commence la note n'ait pas encore été, autant que je puis en juger, déterminée par aucun physicien.

Les voyelles, dans toutes leurs variétés, sont réellement infinies en nombre. Cependant, pour les besoins de la pratique, certaines voyelles pouvant servir de 1 types principaux ont été reconnues dans toutes les langues, et ce sont celles-là que nous allons maintenant soumettre à notre examen.

(1) Helmholtz, p. 172,

Dans les planches qui sont destinées à représenter la configuration de la bouche qui est nécessaire pour la formation des trois voyelles principales, vous verrez qu'il y a deux voyelles extrêmes, Yu et Yi, Ya occupant une position intermédiaire. Toutes les voyelles doivent être prononcées comme en italien.

1 . En prononçant u nous arrondissons les lèvres et nous abaissons la langue de manière à ce que la cavité de la bouche prenne la forme d'une bouteille dépourvue de col. Des tuyaux ayant cette forme donnent les notes les plus basses, et la lettre u fait de même. Suivant Helmholtz la note qui y est attachée est fa (1).

Kg. s.

Exemples :

Syllabe longue : croûte.

brève : bouc.

2. Si les lèvres sont un peu plus largement ouvertes, et la langue un peu levée, nous entendons Yo. La tonalité en est, suivant Helmholtz, si bémol.

(1) Sur la différence de qualité, et non pas seulement de quantité, entre les voyelles longues et les voyelles courtes, voyez Brûcke, /. c, p. 24 et suiw. ; et R. von Raumer.

Fig. 6.

Exemples :

Syllabe longue : haro.

brève : bol.

3. Si les lèvres sont moins arrondies, et que h langue soit un peu abaissée, nous entendons le a (1'

Fig. 7.

Exemples :

Syllabe longue : aufgust (anglais?, brève : augusf (anglais).

;i) Ce son n'existe pas en français; cependant la prononciation populaire de a (dans certains mots) que l'on entend dans tout \t rentre de la France et notamment à Orléans s'en rapproche beau coup ; par exemple dans voyage, casser, avocat, etc. Dans son Glossaire du centre de la France, M. le comte Jambert a signalé cette particularité, dont il est impossible de ne pas être frappé. |Tr.l

4. Si les lèvres sont toutes grandes ouvertes, et que la langue soit dans sa position naturelle, c'est-à-dire à plat, nous entendons a. Tonalité inhérente, suivant Helmholtz, si, bémol. Cette position semble être celle qui se prête le mieux au chant; cependant, pour les notes qui sont dans la partie supérieure de leur registre, les chanteurs préfèrent les voyelles e et i, et ne peuvent arriver à prononcer a et u sur les plus hautes (1).

Fifr. 8.

Exemples :

Syllabe longue : pâte.

brève : patte.

5. Si les lèvres sont bien ouvertes, et le dos de la langue dressé vers le palais, le larynx étant relevé en x même temps, nous entendons le son e. Le tube buccal ressemble alors à une bouteille à étroit goulot. La tonalité naturelle de e est si« bémol.

(1) Brûcke, p. 13.

Fig. 9.

Exemples :

Syllabe longue : mes.

brève : bel.

6. Si nous élevons la langue encore plus haut, et que nous rapprochions les lèvres, nous entendons l'i.

Fig. w.

Exemples :

Syllabe Ion grue : figue.

brève : fil.

Le tube buccal représente alors une bouteille avec un col très-étroit qui n'a pas plus de six centimètres du palais aux lèvres. Un tuyau qui aurait la forme de cette bouteille donnerait ut s . La tonalité naturelle de i paraît être ré 4 .

7. Il y a, en outre, la plus gênante de toutes les voyelles, la voyelle neutre, quelquefois appelée Urvocal ou voyelle primitive. Le professeur Willis la décrit comme la voyelle naturelle de la flûte de Pan, M. Ellis comme la voix sous sa forme la plus élémentaire, la moins complexe. Quelques personnes l'entendent partout, d'autres s'imaginent pouvoir y distinguer différentes nuances. C'est dans de courtes syllabes fermées, telles que but, dust (que Ton prononce bëutt, dëustt), que nous reconnaissons le plus sûrement sa présence. On la suppose longue dans absurd. Sir John Herschel n'entend qu'une seule et même voyelle dans spurt, assert, bird, virtue, dove, oven, double, blood. Sheridan et Smart distinguent entre les voyelles entendues dans bird et work, dans whirïd et world. Il n'y a point à douter qu'en anglais toutes les syllabes non accentuées n'aient tendance à tourner à cette voyelle indéterminée, ainsi âgainsi, final, principal, ideâ, captâin, village. Town s'abrège et s'efface dans Paddingtôn, ford dans Oxford, et, quoique quelques-unes de ces prononciations puissent encore être considérées comme vulgaires, elles n'en sont pas moins réelles.

Ce sont là les principales voyelles, et il y a bien peu de langues où elles ne se retrouvent pas. Mais nous n'avons qu'à prêter l'oreille à l'anglais, au français et à l'allemand pour reconnaître qu'il y a encore bien d'autres variétés de sons-voyelles. Il y a Vu français, Va allemand, qui tient le milieu entre i et u (1) ; ainsi,

({) «Tandis que la langue s'apprête à prononcer *, les lèvres prennent la position que réclame Vu, » Du Bois-Reymond, Kadmus, p. 150,

en français, du, en allemand, iiber, Sùnde. Le professeur Helmholtz a fixé à sol 4 la valeur du son ù.

11 y a Yen français, Yô allemand, qui est intermédiaire entre e et o, comme dans le français peu, l'allemand kônig; la même voyelle est brève dans boche (1). Le professeur Helmholtz en a fixé la valeur naturelle à ut 4 dièze.

Il y a Ya bref, d'un caractère tout particulier, qui se rencontre dans les syllabes fermées, en anglais, ainsi dans hat, happy, man. On peut l'entendre allongé dans le mot half, quand il est prononcé avec affectation.

Il y a Yi bref, qui a aussi son caractère particulier, tel qu'on l'entend dans les mots anglais happy, reality, hit, knit.

Il y a Te bref dans les syllabes fermées, tel qu'on l'entend dans les mots anglais debt, bed, men. Allongé, il se rapproche beaucoup de l'allemand à dans Vàter, et de Yè français dans père, qui n'est pas tout à fait la même chose que Ye anglais dans there.

Enfin, il y a les diphthongues, qui se produisent quand au lieu de prononcer une voyelle immédiatement après une autre, au moyen de deux efforts successifs de la voix, nous produisons un son pendant le cours du changement qui doit s'opérer dans la position des

(i) L'ô allemand, quand il s'abrège, semble se réduire à la voyelle neutre. Ainsi il n'a plus le même son dans ô/fnen, « ouvrir », que dans Ôfen, «fours». Voyez Du Bois-Reymond, K admit s, p, \T6. Toutefois il est nécessaire de distinguer entre l'allemand Gôtter, et l'anglais gutter.

(2) Brûcke parle de cet i et de quelques autres >oy elles que nous offrent, en anglais, les syllabes fermées, comme de voyelles imparfaites, p. 23.

organes pour passer d'une voyelle à une autre. Si nous passons de la position de l'a h celle de Yi en prononçant une voyelle, nous entendons ai, comme dans l'anglais aisle, « bas-côté» . Si nous passons rapidement de la position de Va à celle de l'w, en prononçant une voyelle, nous entendons au, comme dans l'anglais how, « comment » . Ici encore , nous trouvons beaucoup de variétés, telles que ai, ai, ei, et plusieurs diphthongues moins parfaites, telles que oi, ui, etc.

Quoiqu'on puisse accuser la liste qui précède d'être longue et ennuyeuse, ce n'est, en réalité, qu'une trèsrapide esquisse, et je dois renvoyer aux ouvrages de M. Ellis et des autres savants qui ont étudié cette question pour le même détail dans l'échelle chromatique des voyelles. Quoique le tube que forme la bouche, avec les modifications que lui fait subir la langue et les lèvres, joue le rôle principal dans la production des voyelles, il y a cependant d'autres agents qui interviennent, le voile mobile ou voile du palais, la paroi postérieure du pharynx, l'élévation plus ou moins marquée du larynx; ces différents organes contribuent, par moments et dans une certaine mesure, à modifier la forme de la cavité buccale. On dit que, lorsqu'on prononce les voyelles les plus élevées, les os du crâne participent à la vibration (1), et il a été prouvé par des expériences dont le résultat ne saurait être contesté que le voile mobile est, pour la prononciation de toutes les voyelles, d'une importance essentielle. Le professeur Czermak, en introduisant une sonde à travers le nez dans la cavité du pharynx, sentit distinctement que la

(i) Briicke, p. 46.

position du voile changeait à chaque voyelle pronon cée ; que c'était pour a qu'il s'abaissait le plus, et qu'il J* s'élevait successivement avec e, o, u, i, atteignant avec cette dernière voyelle sa plus grande hauteur (1).

U prouva de même que la cavité du nez était plus ou moins ouverte, suivant que Ton prononçait telle ou telle voyelle. En introduisant de l'eau dans le nez il reconnut que, tandis qu'il prononçait i, u, o, l'eau restait dans le nez, mais qu'elle passait dans la gorge quand il arrivait à e, et que cet effet se produisait d'une manière encore plus marquée quand il prononçait a (2). Ces deux voyelles, a et e, étaient les seules voyelles que ne pût réussir à prononcer un jeune homme, nommé Leblanc, dont le larynx était complètement fermé (3).

Voyelles nasales.

Si, au lieu d'émettre librement, à travers la bouche, le son-voyelle, nous laissons s'abaisser le voile du palais et que nous forcions ainsi l'air à vibrer à travers les cavités qui rattachent le nez au pharynx, nous entendons les voyelles nasales, un, on, in, an, etc., si communes en français. Il n'est pas nécessaire que l'air passe réellement à travers le nez ; au contraire, ' nous pouvons fermer le nez, et nous ne ferons ainsi que rendre l'accent nasal encore plus marqué. La seule condition nécessaire est le déplacement du voile,

({) Sitzungsberichte der K. K. Académie zu JVien (Mathemat. Naturwissenschaftliche Classe) XXIV, p. 5.

(2) Funke, /. c, p. 676.

(3) Bindseil, Abhandlungen zur Allgemeinen vergleichenden Sprachlehre, 1838, p. 212.

qui, dans les voyelles ordinaires, couvre plus ou moins complètement l'orifice postérieur des fosses nasales (1).

Consonnes.

Il n'y a pas de raison a priori qui rende impossible une langue tout entière composée de voyelles. Il y a des mots où n'entrent que des voyelles, tels que, en latin, eo, «je vais»; ea, «celle-ci», eoa> «orientale», le grec êioeis (#oeiç, «aux berges élevées»), n'était son s final; lemothawaienAoo^'oatf, «attester», n'était son aspiration initiale. Cependant ces mots mêmes montrent combien aurait été désagréable l'effet d'un pareil langage. Il fallait quelque autre chose pour donner au langage, si Ton peut ainsi parler, une charpente osseuse ; il fallait les consonnes. En sanscrit, les consonnes sont appelées vyanjana, ce qui signifie : «celles qui rendent distinct, celles qui manifestent, » tandis que les voyelles sont appelées svara, « sons » , de la même racine qui a donné en latin susurrus.

Comme les savants aiment toujours à établir des théories générales, quelque maigres que soient les matériaux h leur disposition, nous n'avons pas à nous étonner que des langues comme le hawaïen, où les voyelles prédominent dans une proportion très -considérable, aient, pour ce motif même, été représentées comme des langues primitives. On s'est hâté de supposer

(1) Les différents degrés de cette fermeture ont été déterminés par l'expérience qu'a faite le professeur Czermak au moyen d'un miroir métallique qu'il appliquait aux narines pendant qu'étaient successivement prononcées les voyelles pures et les voyelles nasales. Sitzungsberichte der Wiener Akademie, XXVIII, p. 575., XXIX, p. 174.

que la marche générale du langage avait été desar-,1 ticulations faibles aux articulations fortes, et que x moins une langue contenait de consonnes, plus elle était ancienne. Nous n'avons cependant qu'à comparer Thawaien aux langues polynésiennes pour reconnaître que là aussi l'articulation des consonnes existait et qu'elle a été perdue ; que les consonnes, en fait, sont bien plus sujettes à tomber et à disparaître qu'à pousser tout d'un coup entre deux voyelles. Le professeur Buschmann exprime la même opinion : « Mes recherches m'ont conduit à la conviction, que cet état de pauvreté phonique polynésienne n'est pas tant l'état naturel d'une langue prise à sa naissance, qu'une détérioration du type vigoureux des langues malaies occidentales, amenée par un peuple qui a peu de disposition pour varier les sons (î). » Le nom même iïHavai, ou plus correctement Haïra?'? confirme cette vue. Il est prononcé

Dans le dialecte de Samoa

Savai'i

— Tahiti

Havai'i

— Karotouga

Avaiki

— Noukahiva

Havaiki

— la Nouvelle-Zélande

Hawaiki

variantes desquelles on peut inférer que la forme originale aurait été Savaiki (2).

Toutes les consonnes rentrent dans la catégorie des bruits. Si nous écoutons avec attention des instruments de musique, n'importe lesquels, nous pouvons aisé-

(\) Buschmann, lies Marq., p. 36, 59. Pott, Etymologische Forschungen, II, 46.

(2) Haie, /. c, p. i20.

nient reconnaître que leurs sons sont toujours précédas par certains bruits, qui naissent des premières secousses imprimées à l'air avant qu'il puisse produire des sensations vraiment musicales. Nous entendons l'air gonfler la sirène et en sortir comme uue respiration essoufflée, l'archet grincer sur les cordes du violon, le heurt des marteauxdu piano, le crachement de la flûte. Il en est de même pour la parole. En expulsant avec quelque force l'air que contiennent nos poumons, qu'il soit ou non vocalisé, nous entendons l'effort qu'il fait pour sortir, et l'ébranlement que produit l'air qui vient du dedans au moment où il atteint l'air extérieur. Si nous respirons librement, la glotte est grande ouverte, et le souffle cjiassé des poumons peut être distinctement entendu (1). Cependant ce n'est pas encore notre h, ou l'esprit rude. Il faut un mouvement intentionnel pour changer le simple souffle en ce qu'on appelle le h; le voile du palais doit prendre sa position normale, et alors l'air, vivement expulsé, donne ce que l'on nomme Y esprit rude (spiritus asper, comme disent les grammairiens latins), ainsi désigné parce que l'action des muscles abdominaux lui donne une certaine âpreté. Si, au contraire, le souffle est légèrement arrêté et contenu par une pression de la glotte, et si, ainsi retenu, il est émis doucement, on l'appelle proprement spiritus leniSy esprit doux. Nous l'entendons distinctement, comme le frémissement d'une bulle légère qui vient crever à la surface d'un liquide, si nous écoutons prononcer n'importe quelle voyelle initiale, ainsi

(1) Czermak, Physiologische Untersuchungen mit Garcia' s Kehlkopfapiegel , dans les Sitzungsberichte der K. K. A ka demie der WissenscJiajten, vol. XXIX, 1858, p. 563.

dans les mots âme, ennemi, ïambe, ode. Suivant quelques physiologistes (1), et presque tous les grammairiens, ce bruit initial peut être si fort réduit qu'il cesse d'être appréciable, et nous nous imaginons tous que nous pouvons prononcer une voyelle initiale tout à fait pure (2). Je crois néanmoins que les Grecs avaient raison d'admettre l'esprit doux comme inhérent à toutes les voyelles initiales qui n'ont pas l'esprit rude, et le laryngoscope montre clairement dans toutes les voyelles initiales un rétrécissement des cordes vocales, tout à fait distinct de l'ouverture qui se produit quand on prononce le h aspiré.

On a pris l'habitude d'appeler le h ou l'esprit rude une lettre sourde, l'esprit doux une lettre sonore; et cette' distinction a quelque fondement si nous nous rendons bien compte de ce que signifient ces termes. Or, comme ce que nous disons ici des deux esprits s'applique aussi aux mots chuchotes à voix basse, il est clair que les cordes vocales, en tant qu'elles déterminent la tonalité musicale, rie peuvent avoir aucune influence sur cette distinction. Toutefois, si nous pouvons nous fier au laryngoscope, c'est-à-dire si nous pou vons nous fier à nos yeux, les cordes vocales ou la glotte sembleraient jouer le principal rôle dans la production de l'esprit doux, ou dans l'adoucissement de l'esprit rude (3). C'est en se rapprochant, mais sans se tendre,

(1) Briickc, p. 9.

(2) Brûcke, p. 85. a Si, quand nous prononçons l'esprit rude, nous rétrécissons l'ouverture de la glotte, nous entendons la note pure de la voyelle sans aucun bruit additionnel. » Quoi qu'il en dise, ce bruit reste toujours appréciable, surtout dans la vox clan* destina.

(3) Brûcke, Grundzûge, p. 9.

TROISIÈME LEÇOiN. 159

u'elles modèrent l'élan du souffle qui sans elles" onnerait l'esprit rude, et qu'elles l'empêchent de se récipiter tout droit contre les parois de la gorge; dans 3 sens, on peut leur attribuer le bruit d'un frottement ui nous est sensible tandis que le souffle sort lenteîent du larynx pour passer dans la bouche. Il y a ne autre distinction très-importante à faire entre esprit rude et l'esprit doux. Il est tout à fait imposable de chanter l'esprit rude, c'est-à-dire de donner ne sonorité musicale au souffle qui le produit. Si ious essayons de chanter ha, la note ne commence à e faire entendre qu'après que le h "est terminé. Nous •ourrions aussi bien essayer de siffler et de chanter out à la fois (1).

La raison de ce phénomène n'est pas difficile à saiir. Si le souffle qui doit produire h est destiné à deve-

Fitf. H.

* — (h), par exemple, haine.

(4) Voyez R. von Raumer, Gesammelte Schrîften, p. 371, note, ian Mûller dit : « La seule consonne continue qui soit tout à fait

nir une note, il faut qu'il soit arrêté par les cordes vocales; mais le h peut se définir essentiellement le bruit du souffle se précipitant au dehors, sans que rien 'F arrête, des poumons vers l'air extérieur. L'esprit doux, au contraire, peut devenir un son,<parce que,

Fig. 12.

' —, par exemple, aine.

lorsque nous le prononçons, plus ou moins distinctement, le souffle éprouve un temps d'arrêt auprès des cordes vocales, et peut là recevoir une tonalité.

Cette aspiration élémentaire, dans son double caractère d'esprit rude et d'esprit doux, peut être modifiée de huit manières différentes par l'interposition de certaines barrières ou portes que forment la langue, les parties dures ou les parties molles du palais, les

muette et que la voix ne puisse chanter ou fredonner, est la lettre A aspirée. Si l'on essaye de prononcer le h très-haut, en y faisant mettre une note par les cordes vocales, la sonorité musicale n'est point simultanée à l'émission de h, mais elle la suit, et l'aspiration s'évanouit aussitôt que les cordes vocales changent en notes l'air expulsé. »

dents, et les lèvres. Avant d'entrer dans l'examen de ces modifications, il sera utile de dire quelques mots sur la distinction générale que représentent ces mots rude (asper) et doux (lenis), distinction qui, comme nous le verrons, affecte chacune de ces aspirations.

La distinction qui, par rapport à l'aspiration ou à l'esprit élémentaire , est communément marquée au moyen des termes asper et lenis, est la même que celle qui, pour les autres lettres, s'exprime par les termes de dures et de molles, de sourdes et de sonores , de ténues et de moyennes. D'un bout à l'autre de la série, c'est toujours le même caractère que désignent et représentent ces termes, et le phénomène qu'ils indiquent se produit d'une manière identique. Les auteurs des Prâtisâkhyas savaient, ce qu'a confirmé le laryngoscope, que quand on prononce les lettres que l'on appelle suivant les différents systèmes de nomenclature auxquels on s'arrête, tantôt les ténues, tantôt les dures ou les sourdes, la glotte est ouverte, tandis qu'elle se ferme pour les moyennes, molles, ou sonores. Dans la première catégorie de lettres, la vibration des cordes vocales est impossible; dans la seconde, ces cordes sont si rapprochées que, bien qu'elles ne se mettent pas à vibrer périodiquement, elles commencent à résonner d'une manière sensible, ou, pour mieux dire, elles modifient le son. Quoique nous devions revenir plus loin sur la différence qui sépare k, t, p, de g, d, b, je puis citer dès à présent l'exposition que fait le professeur Helmholtz des causes générales qui produisent cette distinction.

« La série des moyennes £, d, g, » dit-il, « diffère de celle des ténues p, t, k, en ce que pour la première, i. a

au moment où se produit la consonne, la glotte est assez rétrécie pour qu'il lui soit possible de résonner, ou tout au moins de produire le bruit de la vox clandestina ou chuchotement, tandis qu'elle est grande ouverte pour les ténues, et par suite incapable de résonner (1).

« Les moyennes sont donc accompagnées par la note de la voyelle, et cette note peut même, quand ces consonnes commencent une syllabe, commencer un moment avant, ^t quand elles la terminent, continuer un moment après que la bouche s'est ouverte, parce qu'une certaine quantité d'air peut être chassée dans la cavité fermée de la bouche et entretenir le retentissement des cordes vocales dans le larynx.

« Par suite de ce rétrécissement de la glotte, l'élan de l'air est plus modéré, le bruit de l'air est moins aigu que pour les ténues, qui sont prononcées avec la glotte toute grande ouverte, de telle sorte qu'une grande masse d'air se précipite à la fois hors de la poitrine (2). »

Nous en revenons maintenant à examiner les diffé-

(\) Voyez Lepsius, Die Arabischen Sprachlaute, p. 108, 1. i.

(2) Cette distinction est très -lucidement exposée par R. von Kaumer, Gesammelte Schriften, p. 444. Il appelle les lettres dures Jlatœ, soufflées, les lettres molles halatx, exhalées. Il observe que ces dernières, quoiqu'elles soient toujours* sonores en anglais, ne présentent pas ce même caractère dans les autres langues, et par suite il divise les consonnes exhalées, d'après leur nature physiologique, en deux classes., les sonores et les non-sonores. Cette distinction , toutefois , risque de faire faire fausse route , et elle n'est d'aucune importance pour qui veut noter par l'écriture les sons d'une langue. Voyez aussi Investigations into the laws ef English orthography and prononciation, by professor H. N. Tafel, New- York, 1862.

rentes modifications que subissent les aspirations dans leur double caractère de dures et de molles.

Si, au lieu de permettre au souffle de s'échapper librement des poumons aux lèvres, nous le refoulons par une barrière que la langue forme en se dressant contre l'uvula, nous avons le son du ch y tel qu'on l'en-

Fig. 13.

.'h (ch); par exemple, Loch (écossais).

*h (g); par exemple, Tage (allemand).

tend dans l'allemand ach et dans l'écossais loch (1). Si, au contraire, nous arrêtons légèrement le souffle au moment où il va atteindre cette barrière, nous avons le son que Ton entend quand le g du mot allemand Tage n'est pas prononcé comme une moyenne, mais comme une semi-voyelle.

On forme une seconde barrière en amenant la langue, plus contractée, vers le point où commence la partie dure du palais, un peu au-delà du point où se

(i) Le même son se. rencontre dans quelques-uns des dialectes bayak de Bornéo. Voyez Surat Peminyuh Daya Sarawak, Reading Book for Land and Hill Dayaks, in the Sentah dialect. Singapore> 1862. Imprimé par la presse de la mission;

produit le k. En faisant franchir cet isthme à l'esprit rude, nous produisons le son cAtel qu'il s'entend dans les mots allemands China et ich, son qu'un Anglaisa grande peine à reproduire quoiqu'il se rapproche du son initial de mots comme hume, huge (1). Si nous ralentissons le souffle au moment où il atteint cette barrière, nous arrivons au son de Y y dans year,

Fig. 14.

V (ch); par exemple, ich ( allemand î.

(Y); P ar exemple, yacht, yeux.

son familier à toute oreille anglaise. Ce son est naturellement accompagné par un léger bourdonnement qui provient de l'obstacle interposé devant la glotte, et il n'y a pas grande difficulté à donner une intonation à Y y. Il n'y a rien qui prouve que la palatale aspirée du sanscrit *f ait jamais été prononcée commet dan* l'allemand China et dans ich. Très-probablement o caractère représente le son sifflant qui peut être produit si, maintenant les organes dans la position qui

(i) Ellis, English, Phonetics, § 47.

donne le ch allemand, nous rétrécissons le passage et rendons plus forte rémission du souffle. C'est là toutefois une hypothèse, et non un fait prouvé.

Une troisième barrière, que Ton produit en* avançant la langue vers les dents, change l'esprit rude en $>

Fis. 15.

s; par exemple, risque, singe.

z; par exemple, risée, hasard, zèle.

s (sh); par exemple, sharp = ch français, chat* z; par exemple, azuré (anglais) (1) = j français, jeu.

(i) Dans les désinences anglaises zier (grazier) et zure {azuré),

l'esprit doux en z; le premier de ces sons est complètement sourd , le second est susceptible de recevoir une intonation. Ainsi nous avons risque, singe, d'une part; de l'autre risée, hasard (ancienne orthographe : hazard).

On forme une quatrième barrière en ramenant la langue en arrière et en lui donnant une forme plus ou moins concave, plus ou moins retroussée, de telle sorte que nous pouvons aisément voir sa face inférieure s'opposer à la face postérieure des dents d'en haut, au point où elles confinent au palais. En comprimant l'air et en le forçant à sortir à travers cette

s a le son du j français. Au fond ces deux lettres ne représentent, par des signes graphiques distincts, qu'un même son primitif. « Je crois pouvoir affirmer, dit Bopp (Grammaire comparée, I, p. 54 de la traduction de M. Bréal), que X. tient partout la place d'un j primitif, comme on le voit clairement, en comparant, par exemple, la racine Çu? au sanscrit yu$ « unir » et au latin jung. Dans les verbes en afrû, je reconnais la classe sanscrite des verbes en ayd-mi, exemple : £ap#<i>, en sanscrit dam-âyd-mi « je dompte », et en gothique tam-ja « j'apprivoise ». Dans les verbes en fr>, comme çpaÇu, ayifa, tÇu, ôÇw, apis©, ppîfrû, xXâÇw, xpaÇw, je regarde le X, avec la voyelle qui le suit comme le représentant de la syllabe ya, qui est la caractéristique de la quatrième classe de conjugaison en sanscrit. » Voir de nombreux exemples tels que : sanscrit jugdm, grec ^'v, latin jugum (dont nous pouvons encore rapprocher l'anglais yoke « joug ») dans Schleicher, Compendium der Vergleichenden Grammatik der Indo-germanischen Sprachen^ I. 203 et suiv., et dans Léo Meyer, Vergleichende Grammatik der griechischen und lateinischen Sprache, I. 91. Le z ne paraît pas avoir eu d'autre valeur dans les mots tels que zinziberi, ziziphum, pour jinjiberi, jtjiphum ; et les formes françaises gingembre, jujube, prouvent certainement l'affinité des deux sons. C'est encore ainsi que le latin zelosus est devenu le français jaloux. On peut rapprocher de ces faits la tendance de presque tous les enfants , et des habitants de certaines localités, à substituer, par un zétacisme, le z au j % comme dans ze pour je. [Tr.]

espèce d'auge, nous avons la lettre sh telle qu'elle s'entend dans sharp (ou le ch français dans chat), et s telle qu'elle s'entend dmspleasure, ou le y du français jamais. Le premier de ces sons est muet, le second admet une intonation. La prononciation de la lettre linguale sanscrite sh exige une position très-difficile de la langue ; il faut que sa surface inférieure frappe réellement la voûte du palais. Mais une position beaucoup plus simple et plus naturelle, celle qui a été décrite plus haut, produirait à peu près le même effet.

On obtient une cinquième barrière en amenant le bout de la langue à toucher de sa pointe le revers des dents d'en haut, ou, suivant d'autres, en le plaçant contre le bord des dents d'en haut, ou même entre le bord des dents d'en haut et celui des dents d'en bas. Si, alors, nous émettons l'esprit rude, nous obtenons le th anglais; si nous émettons l'esprit doux, le dh anglais; le premier de ces sons, tel que nous

Fi*, il.

th ((>); par exemple, breath (anglais), dh (S); par exemple, to breathe (anglais).

l'avons dans breath, est muet, le second, tel qu'il se présente dans to breathe, est susceptible d'intonation, et l'un et l'autre sont très-difficiles à prononcer pour un Allemand et un Français.

On obtient une sixième barrière ea amenant la lèvre inférieure contre les dents d'en haut. Ainsi modifié l'esprit rude devient /, l'esprit doux v; ainsi vif et vfoe, sauf et sauve.

Fig. 18.

f ; par exemple, sauf.

v; par exemple, vive.

On peut obtenir une septième barrière en rapprochant les deux lèvres. Le son que produirait alors l'esprit rude ressemblerait fort à celui que Ton fait entendre quand on souffle une chandelle ; ce n'est pas un son qu'affectionnent les langues des peuples civilisés. Le son que donne l'esprit doux, avec les lèvres ainsi rapprochées, est au contraire très-commun dans ces mêmes langues; c'est le w allemand tel qu'il s'entend dans Quelle, c'est-à-dire Kwelle , parfois

aussi, en certaines contrées de l'Allemagne, dans le mot Wind, etc.

On forme une huitième barrière en contractant et en arrondissant légèrement les lèvres, au lieu de les rapprocher à plat Tune de l'autre. Ici l'esprit rude prend le son qu'a wh dans wheel, which; tandis que l'esprit doux est le double u ordinaire de Sanglais, tel qu'on l'entend dans toeal.

Fig. 19.

w (wh); par exemple, which.

V; par exemple, we (comme le français oui).

Nous avons ainsi examiné huit modifications de l'esprit rude et de l'esprit doux, produites par le souffle, suivant qu'on le précipite vivement au dehors, ou que l'on interpose des obstacles sur sa route, et qu'on rétrécit la bouche de telle ou telle manière, en créant des défilés sur tel ou tel point du passage. Considérant l'extrême souplesse des muscles de la langue et de la bouche, nous pouvons aisément imaginer d'autres manières possibles de resserrer le souffle sur tel ou tel point du chemin qu'il suit; mais, si on fait

abstraction de quelques lettres qui sont particulières aux idiomes sémitiques et africains, on reconnaîtra que ces huit modifications de l'aspiration nous suffisent dans la pratique et pour nos besoins ordinaires.

Ces sons gutturaux de l'arabe, qui ont un caractère si particulier, et qui ont donné lieu à tant de discussions, ont été enfin définis scientifiquement par le professeur Czermak. En examinant un Arabe au moyen du laryngoscope, il réussit à surprendre le secret de la formation du Hha et du Ain qui constituent, dans les langues sémitiques, une classe à part d'aspirations gutturales. Voici l'explication qu'il en donne. Si la glotte est rétrécie et que les cordes vocales soient rapprochées, non pourtant jusqu'à être amenées à prendre la position de lignes droites et parallèles, mais en formant, dans leur partie médiane, une échancrure appréciable, tandis qu'en même temps l'épiglotte est abaissée, alors le souffle, en passant, prend le caractère du Hha (£) de l'arabe, avec la différence qui le sépare de h, l'esprit rude, le * de l'arabe.

Si ce Hha devient sonore , il se change en Ain. Si nous prenons comme point de départ la configuration des organes telle qu'elle a été décrite pour Hha, voici la modification qui conduit au son de Y Ain : il suffit que les bords ou les lignes extérieures des fentes qui pour le Hha sont restées ouvertes soient complètement rapprochés, de manière à ce que le courant d'air qui vient les frapper détermine une vibration dans la fissura laryngea, et non, comme pour les autres lettres sonores, dans la vraie glotte. Ces observations de Czermak, témoin oculaire (1), s'accordent avec les descrip-

(4) Sitzungsberichte der Mathematisch-Naturwissenschaftlichen

tions phonétiques données par les grammairiens arabes, et particulièrement avec la théorie de Wallin. Si la vibration dans la fissura laryngea présente moins de régularité, le son prend le caractère d'un r roulé, le profond r guttural des bas Saxons. Quant aux lettres arabes f et £, je dois continuer à les considérer comme étant, à très-peu de chose près , les équivalents du ch dans Loch et de h dans le mot allemand Tage , quoique la prononciation du * se rapproche parfois de celle d'une trille, comme le r grasseyé.

Trilles.

A cette classe de lettres, nous devons en ajouter deux que Ton appelle communément trilles, r et /. Toutes deux sont susceptibles d'intonation ou sonores : autrement dit , ce sont des modifications de l'esprit doux; mais elles diffèrent des autres modifications de l'esprit doux par le rôle qu'y jouent , en se mettant à vibrer, certaines portions de la bouche. Il m'est impossible d'indiquer également bien, par la prononciation, les différentes espèces de r; il vaut donc mieux emprunter la description qu'en fait un des hommes qui ont, en pareille matière, la plus haute autorité, M. Ellis (1). « Dans les trilles., » écrit-il,

Classe der Kaiserlichen Akademie der JVissensckaften % vol. XXIX, p. 576 et suiv. Le professeur Lepsius ( Die Arabisçhen Sprachlaute) n'a que partiellement adopté les vues de Brûcke et de Czermak sur ce qu'ils appellent les Gutturales verse en arabe. Voyez aussi la curieuse controverse entre le professeur Brûcke et le professeur Lepsius, dans le 12 e volume de la Zeitschrift fur vergleichende Spracïtforschung.

(1) Universal tvriting and painting, by A. J. Ellis, B. A;, 1856, p. 5.

« le souffle est émis avec assez de force pour faire vibrer non-seulement une membrane, mais quelque partie molle plus considérable, comme la luette, la langue, ou les lèvres. Dans l'arabe grh (grfunri), qui équivaut au burr (burgrh, Hâgrhiut pour Harriot) du dialecte du Northumberland , et au r grasseyé des Provençaux (qui, au lieu de « Paris, c'est la France, » disent: « Paghri, c'est la Fgrhance »), la luette est appliquée sur la partie postérieure de la langue, dans la direction des dents, et vibre très-distinctement. Si la langue est levée davantage et si la vibration est confuse ou très-légère, on a comme résultat le r de l'anglais, dans more, poor, tandis qu'une élévation encore plus marquée de la langue produit le r, tel qu'on l'entend après les voyelles palatales, dans hear, mère, /ire. Ces trilles sont si rapprochées des voyelles qu'elles forment des syllabes distinctes, ainsi surf, serf, fur, fir, virtue, honour, et il est difficile de les séparer des voyelles. Par suite, quand une voyelle gutturale les précède, l'effet du r est à peine perceptible. C'est ainsi que l'on peut à peine distinguer laud et lord, father et farther.

Le professeur Helmholtz décrit comme il suit les lettres r et /. « Pendant que l'on prononce r, le courant est presque périodiquement interrompu par le tremblement de la partie molle du palais ou de la pointe de la langue, et nous obtenons alors un bruit intermittent, coût la vibration particulière est produite par ces interruptions mêmes. Quand on prononce la lettre l, les bords latéraux de la langue, mous et mobiles, produisent, non pas de complètes interruptions,

TROISIÈME LEÇOK. 173

mais des oscillations du courant qui en font varier la force» fi).

Si ce sont les lèvres qui essayent la trille, on a comme résultat brh, son que les enfants aiment à faire entendre, mais qui, comme l'aspiration qui y correspond, ne joue guère de rôle dans le langage. Si on place la langue contre les dents , et que Ton fasse vibrer les deux bords latéraux de la langue, ou même un seul de ces bords, on entend le son de la lettre /. Cette lettre, aussi bien que le r, admettent aisément l'intonation.

Nous avons ainsi épuisé une catégorie de lettres qui ont toutes ce caractère commun, qu'elles peuvent être prononcées seules , et que l'on peut en prolonger le son tant que dure l'émission de voix. Chez les grammairiens grecs, elles sont toutes réunies sous le nom de Hëmiphôna ou semi-voyelles, tandis que les grammairiens sanscrits indiquent comme leur qualité spécifique que , lorsqu'on les prononce , les deux organes, l'actif et le passif, qui concourent nécessairement à la production de tous les bruits consonantaux, ne se touchent pas, mais se rapprochent seulement (2).

Arrêts ou muettes.

Nous sommes arrivés maintenant à la troisième et dernière catégorie de lettres, qui se distinguent de tou-

(2) Pànini, i, I, 9, dit que y, r, /, v sont prononcés avec ishatsprishtam, un léger contact; $, sh> s, h avec vivritam, une ouverture, ou ishadvivritam, une légère ouverture, ou asprishtam, sans contact.

tes les autres par ceci, que pour un instant elles arrêtent complètement rémission du souffle. Les Grecs les appellent aphôna, muettes, parce qu'elles arrêtent la voix, ou, ce qui revient au même, parce qu'elles ne sont pas susceptibles d'intonation. Elles diffèrent toutefois des sifflements ou des aspirations rudes, qui résistent aussi à toute intonation. Tandis, en effet, que les sifflements sont des émissions de souffle, les muettes, en sont la suppression momentanée. Elles sont formées, comme disent les grammairiens sanscrits, par le contact complet des organes actifs et passifs. Elles n'exigeront que de très-courtes explications. Si nous portons la racine de la langue contre la partie molle du palais, nous entendons le bruit de la consonne k. Si nous portons la

Fig. 20.

langue contre les dents, nous entendons le bruit de la consonne /. Si nous portons la lèvre inférieure contre la lèvre supérieure, nous entendons le bruit de la con-

TROISIÈME -LEÇON, Fig. 21.

sonne/?. Voici quelle est la différence réelle entre ces trois articulations : pour lep, c'est une surface plane

qui en frappe une autre , pour le t, une pointe qui frappe une surface plane ; pour le k, c'est une surface ronde qui en frappe une concave. Ces trois contacts

principaux peuvent être modifiés presque indéfiniment, et cela, dans certains cas, sans changer d'une manière sensible l'articulation. Si nous prononçons ku, ka, M, le point de contact entre la langue et le palais avance considérablement sans exercer une grande influence sur le caractère de la consonne initiale. On peut faire la même remarque pour le contact qui donne naissance au / (1). Là le point essentiel est que la langue frappe contre le mur formé par les dents. Mais ce contact peut s'effectuer de différentes manières :

1 . En aplatissant la langue pour en amener le bord contre le bord alvéolaire antérieur du palais ;

2. En donnant à la langue une courbure convexe, jusqu'à en amener la surface inférieure contre la voûte palatine (c'est ainsi qu'on obtient les lettres linguales ou cacuminales du sanscrit) (2);

3. En donnant à la langue une courbure convexe, puis en en portant la surface supérieure contre le palais , tandis que la pointe vient s'appuyer contre les dents d'en bas (le / dorsal du bohémien) ;

4. En ouvrant légèrement les dents, puis en bouchant l'ouverture au moyen de la langue qui s'arrondit, ou qui vient s'appliquer contre les dents.

La plupart des langues n'ont qu'un t, le premier ou le quatrième ; quelques-unes en ont deux, mais nous trouvons rarement, dans un même dialecte, plus de

(i) Brucke, p. 38.

(2) Ce sont ces lettres que l'on a d'abord appelées cérébrales, par une mauvaise traduction du mot mûrddhanya, dénomination qu'ont répétée par inattention beaucoup d'indianistes, et que d'autres s'obstinent à conserver, sous prétexte que le terme est trop absurde pour pouvoir causer une méprise réelle. Brucke, p. 37.

deux espèces de dentales distinguées par la prononciation.

Si nous plaçons la langue dans une position intermédiaire entre le contact dental et le contact guttural, nous pouvons produire le son de différentes consonnes auxquelles s'applique le nom général de palatales. Le claquement que Ton peut produire en lançant la langue, de la position où se forment ich et yea, contre le palais , montre la possibilité d'un contact consonantal simple et d'une nature déterminée, analogue aux deux aspirations palatales. Ce contact , toutefois , est sujet à bien des modifications, et il oscille, suivant les dialectes , entre ky et tsh. La manière la plus naturelle d'obtenir le son de ch (c'est-à-dire tsh) dans church, dans l'italien cielo, est de placer la langue et les dents dans la position décrite plus haut pour la formation du sh dans sharp, puis d'arrêter le souffle par un contact complet entre la langue et le dos des dents. Quelques physiologistes, et parmi eux Brticke (1), soutiennent que le ch, en anglais, et le c, en italien, se composent de deux lettres, un t suivi d'un sh, et qu'il ne devrait pas être classé parmi les lettres simples. 1 Cette assertion contient une certaine somme de vérité, laquelle, pourtant, a été très-exagérée, faute d'une observation assez attentive. On peut dire que le ch anglais se compose de la moitié de t et de la moitié de sh; mais ces deux demi-lettres ne donnent , comme total , qu'une consonne complète. Il y a comme un effort des organes pour prononcer le t, mais cet effort est contrats Brticke, p. 63. H tient, toutefois, à distinguer ces consonnes concrètes de groupes de consonnes, tels que g, +.

rié ou modifié avant de pouvoir aboutir (1). Si les grammairiens sanscrits ont appelé diphthongues les voyelles ê et 6, parce qu'elles réunissent les caractères , l'une de Y a et de Yi, l'autre de Y a et de Yu, nous pourrions appeler le ch sanscrit une consonnediphthongue, quoique ce terme même risquât de conduire à la fausse supposition qu'il y a là une double lettre, ce qui n'est réellement point le cas. Que l'articulation palatale peut être simple , c'est ce que Ton voit clairement dans les langues où , comme dans le sanscrit ancien et moderne, ch laisse brève une voyelle brève qui le précède , tandis que cette voyelle serait allongée par une consonne double.

Peu d'indianistes familiers avec les Prdtiédkhyas, ouvrages où est décrite la formation des lettres, se hasarderaient à exprimer une opinion arrêtée sur la prononciation qu'ont pu avoir au juste, à telle ou telle époque de l'histoire de l'ancien sanscrit, les lettres dites palatales. Ces lettres ont pu être prononcées comme elles le sont maintenant, comme des consonnes-diphthongues; elles peuvent n'avoir pas plus différé des gutturales que k dans kaw ne diffère de k dans key; elles peuvent encore avoir été formées en élevant la partie convexe de la langue de manière à ce qu'elle s'aplatisse contre le palais, la partie postérieure de la langue étant dans la position du k, et la partie antérieure dans celle de l'y. Le k, tel qu'on l'entend quelquefois en anglais, dans kind, card, cube, cow, qui ont à peu près le son de kyind, kyard, kyube, kyow, peut nous donner une idée du passage de k à ky, et finale-

(\) Du Bois-Reymond, Kadmus, p, 213.

ment au ch de l'anglais, changement analogue à celui qui du / fait ch, comme dans natura, nature (où tu se prononce tsheu), ou du d fait un j, comme dans soldier, qui se prononce soljer, diurnale qui se change en journal. Dans les dialectes du nord du Jutland on entend distinctement un j après le k et le g toutes les fois que ces consonnes sont suivies de œ, e, o, ô; ainsi, par exemple, on prononce kjœv', kjœr, gjekk, kjerk, skjell, au lieu de kœv', kœr, etc. (1). Quoi qu'il en soit, nous devons admettre, dans le sanscrit et dans d'autres langues, une classe de palatales, qui sont des modifications, tantôt des gutturales, tantôt des dentales ; nous devons admettre que la prononciation de ces lettres a varié, non-seulement à différentes époques de l'histoire d'une même4angue, mais aussi dans les différentes localités où cette langue était parlée; que cependant ces lettres avaient un caractère assez marqué, assez bien défini pour mériter d'avoir une place à part et de comprendre, comme nous le verrons, le même nombre de subdivisions que les gutturales, les dentales et les labiales.

On ne s'aperçoit pas toujours que ces trois consonnes k, t, p, et leurs modifications, représentent en réalité deux effets tout à fait différents. Si nous prononçons la syllabe ka, l'effet produit sur l'oreille est très-différent de. celui que donne la syllabe ak. Dans le premier cas, le bruit consonantal est produit par le mouvement de la langue et du palais qui ouvrent tout d'un coup le passage; dans le second, par les mêmes

(1) Voyez Kuhiïs Zeitschrift, XII, 147.

organes qui le ferment/ Ceci se sent encore mieux dans pa et dans ap. Avec pa, vous entendez le bruit de deux portes qui s'ouvrent, avec ap de deux portes qui se ferment. Dans empire vous n'entendez que la moitié d'un p; c'est avec m que la bouche se ferme, et le /) n'est rien que le mouvement des lèvres qui se séparent. Dans le mot anglais topmost « supérieur » , on n'entend non plus que la moitié d'un/?; la bouche se ferme sur p, et ne s'ouvre que pour prononcer m. La même observation s'applique à chacun des deux p de appui, appoint , etc. C'est à ce titre que les lettres muettes ont été quelquefois appelées dividiue, ou divisibles, par opposition à la première catégorie des lettres, pour laquelle n'existe pas la différence que nous venons de signtler; en effet, que je dise sa ou as, le son du s est le même.

Arrêts mous, ou Moyennes.

Nous aurions maintenant terminé notre revue do l'alphabet naturel, n'était que les arrêts consonantaux k, t, p, sont sujets à certaines modifications, qui, ayant une grande influence sur la formation du langage, méritent d'être considérées avec soin. Comment k s» 1 change-l-il en g et ng, t en- d et n, p en b et m? On appelle # une moyenne, une lettre molle, une sonore, par opposition à p, que l'on appelle une ténue, une lettre forte, une sourde. Mais que signifient ces termes? Le nom de .ténue, nous l'avons vu, a été donné par les Grecs à certaines lettres afin de marquer le contraste qu'ils apercevaient entre ces lettres et les aspirées; l'idée que les grammairiens voulaient expri-

mer était que les aspirées ont un son rude et âpre (1), tandis que les ténues sont fluettes, grêles, ou minces. Ceci ne nous aide pas beaucoup. « Molle » et « forte » sont des termes qui sans doute traduisent la différence sensible qu'il y a entre b etp, mais ils n'expliquent pas la cause.de cette différence. « Sourde » et «sonore» sont des dénominations qui peuvent tromper, car/? et b étant l'un et l'autre classés parmi les muettes, il est difficile de voir comment une lettre muette peut être sonore. Quelques personnes ont été si entièrement trompées par ce terme de sonores, qu'elles se sont imaginé que toutes les lettres dites sonores étaient nécessairement produites par des vibrations toniques des cordes vocales (2). Ceci est physiquement impossible; car, si nous essayions réellement de donner une intonation à p ou à b, ou bien nous détruirions le p et le b, ou bien notre effort pour produire un son musical n'aurait d'autre effet que de nous causer une suffocation. Sous le rapport de l'intonation, p et b sont également aphones ou muets. Mais voici à quel égard b diffère de p : quand il s'agit de prononcer 6, le souffle est, pendant un instant, arrêté par la glotte, exactement comme il l'est quand on prononce v au lieu de /. Quelle est donc la différence entre le w de l'allemand et le b? C'est tout simplement que, pour la première de ces deux lettres, aucun contact n'a lieu , et par suite que le cours du souffle n'est pas interrompu un seul instant, qu'il n'y a pas de silence, tandis que la muette b exige le contact, un

(1) Brûcke, p. 90. tw ^sûaaTt m/J». Dion. Halic. R. von Raumer, Die Aspiration, p. 103.

(2) Funke, p. 685. Brûcke, (Jrundzûge, p. 7, 89.

contact complet , et par suite amène une pause, toute courte que puisse paraître cette pause, de sorte que nous entendons clairement le souffle tout le temps qu'il lutte contre les lèvres qui se ferment sur lui. Nous pouvons maintenant comprendre pourquoi les termes de douce et de forte, appliqués à b et h p, ne sont en aucune façon aussi inexacts qu'on l'a quelquefois supposé. Czermak, en faisant l'expérience que nous avons décrite plus haut, reconnut que les consonnes fortes (muettes ténues) chassaient le souffle bien plus violemment que les consonnes molles (muettes moyennes) (1) L'élan normal du souffle est certainement arrêté, tera péré, adouci, quand nous prononçons b; il ne vien pas frapper en droite ligne contre la barrière des lèvres; il hésite, pour ainsi dire, et, tandis qu'il s'avance len tement vers l'issue , il semble qu'il ait de la peine à franchir la glotte et à s'en détacher. C'est à ce léger son, causé non par aucune vibration rhythmique, mais seulement par un certain rétrécissement des cordes, que font allusion les quelques grammairiens qui appellent sonores ces consonnes muettes; cette dénomination ne peut avoir d'autre sens. Physiolbgiquement, la seule différence appréciable entre p et b, t et d, k et g, est que dans la première série de muettes la glotte est grande ouverte, tandis que dans la seconde elle est rétrécie, mais pas assez pour produire des sons musicaux.

Arrêts nasaux.

En dernier lieu, g, d, b, peuvent être modifiés en ng y n, m. Pour ces trois nasales le contact est complet,

le souffle est arrêté, non pas brusquement, ne pour les ténues, mais de la même manière que

Fis. 23.

les moyennes. En même temps le souffle passe , pas à travers la bouche, mais à travers le nez. Il

Fig. 24.

n'est pas nécessaire que le souffle soit chassé à travers le nez, aussi longtemps qu'est soulevé le voile qui sépare le nez du pharynx. De l'eau injectée dans le nez, tandis qu'on est en train de prononcer n et m, se pré-

Fig. 25.

cipite immédiatement dans la trachée-artère (1). Là où la maladie a rendu impossible ce mouvement du voile du palais, — Czermak a eu l'occasion d'observer un cas de cette nature (2), — les nasales pures ne peuvent être produites (3).

La nasale dite mouillée ou adoucie, et toutes les au-

(1) Czermak, Wiener Akademie, XXIV, p. 9.

(2) Funke, p. 681. Czermak, Wiener Akademie, XXIX, p. 173.

(3) Le professeur Heimholtz fait sur m et n les remarques suivantes : « m et n, par leur formation, ressemblent aux voyelles, en ce que ces deux lettres ne causent aucun bruit dans le tube buccal. Le tube buccal est fermé, et la voix s'échappe à travers le nez. La bouche forme seulement une cavité sonore, qui modifie le son. Si, ' d'en bas, nous écoutons des gens qui gravissent une colline et qui causent entre eux, ce sont les nasales m et n que nous entendons le plus longtemps. »

très consonnes mouillées, sont produites par l'addition d'un y final, et ne doivent point être classées parmi les lettres simples.

Arrêts aspirés.

Pour la plupart des langues, les lettres décrites jusqu'ici suffiraient amplement ; mais dans les types du langage qui ont atteint l'organisation la plus riche et la plus développée ont été introduites et exprimées par des caractères spéciaux des distinctions nouvelles qui méritent quelque explication. Au lieu de prononcer une ténue comme elle devrait être prononcée, en coupant vivement et d'un seul coup le courant d'air qui sort du larynx, il est possible de retenir et de ramasser le souffle pour lui laisser faire une sorte d'explosion qui frappe l'oreille aussitôt que cesse le contact qui a donné naissance à la consonne. C'est de cette manière que nous formons les aspirées dures ou sourdes que nous trouvons dans le sanscrit et dans le grec, kh y th, ph.

Si, au contraire, nous prononçons^, d, ô, et que nous permettions à l'esprit doux de se faire entendre aussitôt que cesse le contact, nous avons les aspirées molles, qui se rencontrent très-souvent dans le sanscrit, g h, dh, bh.

On a longuement discuté sur ces aspirées dures et molles. La question était de savoir si leur premier élément était vraiment un contact consonantal complet, >u si le contact était incomplet, et si les lettres que les >rganes voulaient produire n'étaient en réalité que 'esprit doux et l'esprit rude. Comme il n'y a plus noyen pour nous d'entendre les antiques Brahmanes

ou les anciens Grecs prononcer leurs aspirées dures^ <t et comme il est certain que la prononciation , dans l tous les pays et dans toutes les langues , change sans «I cesse, nous ne pouvons espérer tirer grand secours ni tu des Pandits ni des Grecs d'aujourd'hui. Les Brahmanes nos contemporains prononcent, dit-on, leur kh, leur th, et leur pA comme des ténues complètes, suivies de l'esprit rude. Ce qui approche le plus, nous assure-t-on, de leur kh, c'est le M anglais dans inkhorn, et pourtant l'analogie ne peut être qu'incomplète, la ténue finissant ici une syllabe, tandis que l'aspirée en commence une autre: On a cité aussi la prononciation irlandaise de kind, town, pig, comme se rapprochant à certains égards de celle des aspirées dures du sanscrit. Dans les langues modernes de l'Inde où les lettres sanscrites sont transcrites en caractères persans, nous trouvons actuellement le kh représenté par denx lettres, k et h, jointes l'une à l'autre. Les Grecs modernes, au contraire, prononcent leurs trois aspirées comme des esprits, comme h, th, f. Les deux seuls points qu'il soit important d'éclaircir sont, à ce qu'il me semble, de savoir d'abord si ces aspirées, en grec et en sanscrit, étaient formées avec ou sans un contact complet, et, en second lieu , si elles étaient classées parmi les sourdes ou parmi les sonores. Les grammairiens sanscrits ne nous laissent, autant que j'en puis juger, aucun doute ni sur l'un ni sur l'autre de ces points. Les aspirées dures sont formées par un contact complet (sprishta), et elles appartiennent à cette classe de lettres pour lesquelles la glotte doit être complètement ouverte, c'est-à-dire à la catégorie des consonnes sourdes ou fortes. Ces deux points établis

mettent fin à toute spéculation sur ce sujet. Quel était au juste le son de ces lettres, c'est ce qu'il est difficile de déterminer, parce que les ancienrfes autorités varient dans leurs descriptions, mais il n'y a aucune incertitude quant à leur caractère physiologique. Elles étaient prononcées, disent les textes, avec une forte expiration (mahàprânah) ; mais, ce trait leur étant commun avec les aspirées molles et les esprits rudes, ne peut pas constituer leur caractère dominant. Leur nom technique « sohsman », c'est-à-dire « avec du ?ent », peut admettre deux explications. « Vent » peut être pris dans le sens général de souffle, ou bieu, — et c'est là l'explication la plus correcte, — dans le sens que ce terme a dans la grammaire sanscrite, où il désigne les huit lettres que Ton appelle « les vents » , h, s, sh, s, l'aspiration de la racine de la langue (Jihvâmûllya), l'aspiration labiale (Upadhmànîya), l'aspiration neutre (Visarga) , et la nasale neutre (Anousvàra). Ainsi quelques anciens grammairiens affirment que les aspirées dures sont les lettres fortes , k, t, p, avec les vents correspondants ou homorganiques (1); c'est-à-dire que kh égale k plus l'aspiration de la racine de la langue, th = t -+- s, ph = p -+• l'aspiration labiale. Au contraire, les aspirées molles, sur lesquelles nous reviendrons plus loin, seraient produites par l'union des lettres molles g, d, b, avec l'esprit doux 'h. Il est tout à fait clair que la lettre 'h du sanscrit, qui n'est pas l'esprit rude, quoique par erreur on l'ait confondue constamment avec cet esprit, mais qui est une lettré sonore, n'a pu d'aucune ma-

(i) Survey o/Languages, p. XXX11. Sàkala-pràtiéàkhya, XIII, 48.

nière former le second élément des aspirées dures Ces lettres ont été formées, comme nous l'avons ex pliqué , au moyen du contact fort et entier, suivi par l'aspiration dure de chaque organe. Les objections que d'autres grammairiens soulèvent contre cette manière de voir ne portent pas sur les faits, mais seule- ! ment sur leur explication. Regardant toutes les lettres comme éternelles, ils ne peuvent en admettre le caractère composite, et par suite ils ne regardent et ne représentent pas l'aspiration comme un élément additionnel, mais comme une qualité extérieure, et ils prescrivent pour ces lettres une prononciation plus rapide, afin d'empêcher qu'il y ait entre elles et les autres consonnes aucune différence. Dans les autres lettres on peut regarder comme les trois éléments constitutifs l'endroit où naît le son , le contact plus ou moins complet, le degré d'ouverture ou de fermeture de la glotte; pour les aspirées, il convient d'ajouter un quatrième élément, le souffle ou l'aspiration. Les aspirées dures du sanscrit ne peuvent être considérées que comme les fortes k, t, p, modifiées par l'esprit rude, qui les suit immédiatement, et qui prend, suivant quelques auteurs, le caractère des aspirations gutturale, dentale et labiale.

Quant aux aspirées grecques, nous savons qu'elles appartenaient aux aphôna, c'est-à-dire qu'elles étaient formées par Je contact complet. Elles n'étaient pas originairement hêmiphôna ou de simples aspirations, quoiqu'elles le soient devenues plus tard. Qu'elles étaient fortes, ou prononcées avec la glotte ouverte, c'est ce que nous pouvons inférer de leur notation primitive , telle que IIH ; et des formes où parait le

redoublement, ti-thê-mi, ké-chy-ka, pé-phy-ka (l).

Il est plus difficile de déterminer la nature réelle des aspirées molles du sanscrit, gh, dh, bh. D'après certains grammairiens, elles seraient produites par l'union de^, rf, #, avec 'h, qui est en sanscrit une lettre sonore , un esprit doux , mais légèrement modifié (2). Les mêmes grammairiens, toutefois, soutiennent que ces lettres ne sont pas formées entièrement avec la glotte fermée, ou comme des lettres sonores, mais que ces lettres et le h exigent que la glotte « soit à la fois ouverte et fermée » . Le sens de cette formule est assez obscur. Une lettre peut être ou sourde ou sonore, mais il est difficile qu'elle ait en même temps ces deux caractères, et le fait que non-seulement les quatre aspirées molles , mais encore le % simple , étaient considérés comme des sourdes -sonores semblerait indiquer que c'étaient plutôt des sons intermédiaires que des sons composés. Une chose est certaine, à savoir, que ni les dures aspirées ni les molles aspirées n'étaient primitivement de simples aspirations. Les unes et les autres supposent un contact complet , et diffèrent à ce titre des aspirations dures et molles qui prennent quelquefois leur place dans des langues apparentées au sanscrit.

Nous avons ainsi terminé notre revue, que j'ai rendue aussi générale que possible ; je me suis abstenu d'insister sur aucune de ces lettres moins organiques qui sont particulières à tel ou tel idiome, à tel ou tel

(i) Raumer, Aspiration, 96. Curtius, Griech, Etym., II, p. H.

(2) Si l'alphabet sanscrit n'était pas d'une date relativement récente, le fait que le dh ou (h védique est représenté par une combinaison de / et de h pourrait être cité à l'appui de cette théorie (^ = 5JfB).

dialecte — ou même à la prononciation de chaque individu. C'est l'attention excessive accordée à ces lettres plus ou moins spéciales, plus ou moins exceptionnelles, qui a rendu si compliqués, si inintelligibles la plupart des ouvrages sur la Phonétique. Si nous nous sommes rendu un compte exact , si nous nous sommes fait une idée claire des conditions normales des organes de la parole et de la manière dont ils produisent les voyelles et les consonnes, il nous sera aisé de distribuer les sons de tout nouveau langage que nous aurons h étudier dans les catégories établies sur une large et solide base. Faire ce travail , répartir dans les compartiments qu'a tracés la recherche physiologique les sons d'un langage donné, c'est l'office du grammairien et non plus du physiologiste. Mais, même dans ces études spéciales, il faut se garder de distinctions trop raffinées. Il est aisé d'apercevoir quelques nuances entre les lettres k, t, p, suivant qu'elles sont prononcées par un Anglais ou par un Allemand; chacune de ces langues n'a pourtant qu'une série de ténues; et quiconque s'obstinerait à vouloir classer comme différentes les lettres fortes de l'anglais et celles de l'allemand , à vouloir les représenter par des signes graphiques différents , ne réussirait qu'à produire une regrettable confusion. Les nations sémitiques ont des sons qui font défaut dans les langues indo-européennes, — ainsi les sons que Brucke a bien décrits comme gutturales verœ , les gutturales vraies; car les lettres que nous appelons communément gutturales, k et g> n'ont rien à faire avec la gorge , mais sont produites par la racine de la langue et la partie molle du palais. Mais Je caractère de ces gutturales vraies, s'il est décrit d'une

TROISIÈME LEÇON. 19 i

manière exacte, comme il l'a été par Czerinak, sera aisément saisi par le linguiste qui étudie l'hébreu ou l'a- T*be, pourvu qu'il ait acquis une notion claire de ce (ju'on a heureusement appelé l'Alphabet de h Nature. Pour nous résumer, nousdevons distinguer trois choses :

1° Ce dont les lettres sont formées ; 2° La manière dont elles sont formées; 3° L'endroit où elles sont formées.

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