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PUBLICATIONS ECONOMIQUES RECENTES EN ITALIE

Nulle part, je crois, on ne s'occupe autant d'économie politique qu'en Italie. Il est vrai que la grande affaire du pays, désormais unifié et solidement constitué, est son relèvement économique, et en ce moment même le Parlement italien est saisi de deux questions de la plus haute importance, l'organisation des banques et l'exploitation des chemins de fer repris ou à reprendre par l'État. Parmi les livres parus récemment, je signalerai d'abord la cinquième édition d'un Épitome d'économie politique du professeur Luigi Cossa, dont le titre est : Primi elementi di Economia politica (Milano, Hoepli, 1881). Pour servir de guide à ceux qui abordent l'étude de cette science ou pour les élèves de l'enseignement moyen, un petit traité de ce genre est indispensable; mais il est difficile d'en faire un bon. Celui de M. Cossa est très clair et très méthodiquement composé ; il est le résultat d'immenses lectures. Mais n'est-il pas un peu trop concis 1 Cette critique sera volontiers considérée comme un éloge en Italie, où les écrivains, se laissant trop aller à leur facilité, sont souvent diffus. Je sais bien aussi que M. Cossa a eu pour but de tracer un cadre, réservant ses développements à l'enseignement oral. Mais pour le lecteur ordinaire, la forme paraîtra peut-être un peu sèche. Néanmoins, parmi les traités de ce genre, je n'en connais guère de meilleur. M. Cossa est un de ces savants comme en possède l'Allemagne, qui, connaissant toutes les langues européennes, lisent tout ce qui parait sur leur branche.

Je ne puis ici ni analyser ni discuter ce traité ; je ferai seule-

ment une remarque pour les spécialistes. Il est d'usage de placer la répartition de la richesse après la circulation, et M. Cossa a fait comme tout le monde. Cependant, logiquement, le produit doit d'abord être réparti entre les facteurs de la production, avant que ceux-ci le lancent dans la circulation. Ce qui est surtout précieux dans le petit volume de M. Cossa, c'est la bibliographie qui s'y trouve annexée; Sur chaque question on y trouve les meilleurs livres dans les diverses langues : grande ressource quand on veut approfondir l'un ou l'autre problème.

M. Luzzatti, le Schulze-Delitzsch de l'Italie, a publié récemment son rapport annuel pour 1882, sur les Banques populaires en Italie, dont il s'est fait l'infatigable promoteur. (Il credito popolare in Italia. Milano, Emilio Civelli, 1883.) Ce rapport est surtout intéressant pour la Belgique, parce qu'il contient une comparaison entre les résultats obtenus en Italie et chez nous. Il faut bien l'avouer, l'Italie l'emporte de beaucoup, surtout parce que l'institution a pris racine jusque dans les petites localités, tandis que chez nous elle n'existe encore que dans les grandes villes. Il y a là une lacune à combler, d'autant plus que les Banques populaires, si elles s'implantaient dans les chefs-lieux décantons, apporteraient tout naturellement la solution tant cherchée du crédit agricole, comme on le voit dans plusieurs provinces italiennes. M. Léon d'Andrimont se propose, m'a-t-il dit, de faire une tentative dans ce sens. Je crois qu'un service réel pourrait être ainsi rendu à nos agriculteurs. Quelques chiffres suffiront pour donner une idée du développement du crédit démocratisé en Italie, où tout se transforme rapidement. Il existe plus de 130 banques populaires ; mais 100 d'entre elles seulement ont envoyé les documents statistiques. Celles-ci comptaient 90,472 associés dont 10,233 femmes, fait à noter. Le capital s'élevait h 39 millions, le fonds de réserve à 10 millions et demi, le bénéfice net à environ 4 millions, et le mouvement d'affaires à plus de trois milliards. On ne dira plus que l'Italie est la « terre des morts ou des lazzaroni ».

Je dois à l'obligeance du Ministre des finances, M. Magliani, que je tiens à remercier ici, les documents officiels publiés relativement à l'abolition du cours forcé. Ils sont rédigés non seulement en italien, mais aussi en français, afin que le public européen puisse plus facilement en preudre connaissance. {Mesures proposées pour V abolition du cours forcé. Exposé des motifs du projet de loi présenté à la séance de la Chambre des députés du 15 novembre 1880, par M. Magliani, minisire des finances \ de concert avec M. Miceli, ministre de V agriculture, deX industrie et du commerce. Rome, Botta, 1881.) Le rapport de M. Magliani, queM. Cucheval- Clarigny analysait récemment dans la Revue des Deux Mondes, est un travail très remarquable, et il contient des considérations d'une valeur permanente au point de vue scientifique. C'est l'œuvre d'un économiste et d'un financier, et dorénavant, quand il s'agira d'étudier la difficile question du retour à la circulation métallique, on ne manquera pas d'y recourir. M. Tullio Martello a consacré un travail important à l'examen du projet Magliani. (Labolizione del corso forzoso, Venezia, 1881, Visentini.)

M. Alberto Errera, professeur d'économie politique à l'université de Naples, traite, pour ainsi dire chaque année, quelque question spéciale où il applique les principes qu'il a exposés dans ses ouvrages didactiques. Il a fait paraître récemment une étude sur l'unification des emprunts de la ville de Naples (UVnificazione deiprestiti di Napoli. Napoli, Marghieri, 1881). Suivant l'usage italien, il a publié aussi sur son cousin Giacomo Errera, mort récemment à Bruxelles, une notice bien écrite, que ses amis liront avec intérêt. Dans la Minerva 9 revue rédigée en anglais, qui paraît à Rome, M. Alberto Errera a inséré une étude sur l'avenir des manufactures italiennes.

M. Luigi Bodio a fait paraître un travail sur les fondations pieuses en Italie, qui n'est pas sans intérêt pour la Belgique. (Le opère pie in Italia. Roma, Barbera, 1881.)

Alberto Errera. Le Ftiuaize dei grandi Commmni. Firenze, 1893.

Les dépenses, les recettes et, hélas! les dettes des grandes villes, voilà ce qui nous touche de près. M. Errera nous donne des détails précis sur les finances de quatorze villes italiennes. Que de faits intéressants à étudier pour nos édiles! Ce travail, fait avec le plus grand soin par un des économistes les plus instruits de l'Italie, sera consulté partout avec fruit. M. Alberto Errera a publié précédemment une histoire de l'économie politique au xvnf siècle, un manuel d'économie politique et d autres ouvrages d'économie sociale. Il annonce un commentaire du nouveau Code de commerce italien.

Augusto Pierantoni. // giuramento. Roma, 4883.

Livre venant bien à propos pour élucider cette question si discutée en tous pays, le serment et sa formule en matière judiciaire et politique. Spécialement recommandé aux Anglais pour résoudre la fameuse question Bradlaugh, le livre est extrêmement instructif, parce que, comme toujours, réminent écrivain a su appuyer les discussions philosophiques sur l'histoire. C'est, je pense, le travail le plus complet qui ait été fait sur la matière.

Amiicare Puvioui. Sistema economico borghese.

Dans un volume in-12 (chez Nicolà Zanichelli, Bologne, 1883), M. Amiicare Puviani nous donne, en un style vif et brillant et avec des vues originales, un résumé de la question sociale, sous le titre de Sistema economico borghese. Cette môme question avait été traitée d'une façon magistrale par Pietro Ellero dans plusieurs livres très forts de doctrine et écrits avec une concision puissante, mais un peu tendue, h l'imitation de Tacite. Les livres de M. Ellero sont sans contredit parmi les plus remarquables publiés à ce sujet. En voici les titres : La questione sociale^ La Tirannide borghese et Hi forma civile.

Concetto e genesi délia Rendita fondiaria, di U lisse Manara. Roma,

Armanni, 1882.

L'auteur expose les lois de la rente et croit qu'elle augmente en raison des progrès de la culture scientifique, qui ne tiennent plus compte des différences de terrain. Mais, comme le remarque M. A. Loria, la fertilité naturelle conserve toujours son influence, et il y a un fait qui domine tout, à savoir que l'accroissement de la population fait hausser le prix des denrées et, par suite, la rente, parce qu'il faut les demander à des terres moins fertiles ou plus éloignées. Le fait que la rente diminue en ce moment, en Europe, sous l'action de la concurrence américaine, n'empôche pas la rente considérée dans l'ensemble du monde commercial, constituant un seul marché, d'augmenter au total et régulièrement. M. Achille Loria fait remarquer qu'il faut distinguer la rente foncière du revenu produit par le capital engagé dans la terre. Ce capital doit être amorti par le profit annuel pour que l'élément rente reparaisse dans son concept exclusif de rémunération des avantages naturels du sol.

Napoleone Colazanni . Le Istituzione municipali. Catania, Pansini, 1883.

Dans ce livre, fait avec sagacité et connaissance du sujet, M. N. Colazanni étudie les institutions municipales de l'Italie et de l'étranger. Il montre les avantages de l'autonomie municipale et du gouvernement direct. Il rappelle qu'il existait autrefois dans le Lombard vénitien, sous le nom de convocato, où, comme dans le vestry anglais et la Landsgemeinde suisse, tous les pères de famille, réunis en assemblée populaire, réglaient les affaires communales. L'épigraphe du livre est : Religione dominante, monarcAîa, esercilo, ecco la Francia. Libéra religione, municipii, repubblica, ecco l f America.

A. Jehan de Johannis. Sulï universalité e preminenza dei fenomeni

economici. Torino, Dumolard, 4882.

M. le professeur de Johannis soutient que les phénomènes économiques sont les plus importants parmi les faits sociaux. Ils sont la base du droit; car la plupart des lois sont faites pour régler la possession et la* transmission de la propriété. Ils sont au fond de la lutte des classes et aussi de celle des peuples. Ils sont donc la cause efficiente de toute l'histoire. L'homme doit avant tout se nourrir ; ses premières préoccupations, ses premières notions se sont donc rapportées à l'acquisition des subsistances. Les sciences sont nées de l'intérêt économique. Si l'homme s'est mis à étudier les plantes, c'est d'abord pour choisir celles qui lui étaient utiles. Pourquoi a-t-il observé les astres et les mouvements des corps célestes? Pour se diriger dans ses migrations et pour régler le déplacement de ses troupeaux et, plus tard, l'ordre de ses travaux agricoles. Comment est-il arrivé à s'occuper de chimie, de physique, de minéralogie? Evidemment en cherchant des objets qui répondaient à ses besoins. Même les religions, au début, avaient un lien intime avec les actes de la vie économique. En un mot, conclut M. de Johannis, la justice, l'administration, la politique, le droit, la guerre, le droit international et même les sciences les plus abstraites, comme les mathématiques et la géométrie, sont les conséquences du fait économique. Cette thèse est développée avec conviction et éloquence, et il ne m'appartient pas, semble-t-il, comme économiste, de la contester.

Pietro Siciliani. Storia critica délie teorie pedagogiche. Bologna,

Zanichclli,4883.

M. Siciliani fait l'histdire des théories concernant l'éducation et l'instruction, et il en prouve l'importance en disant, avec M. Compayré : « Quand on considère avec impartialité tout ce qui a été conçu et pratiqué avant le xix* siècle..., on se demande ce que nos devanciers nous ont vraiment laissé

à inventer. » La grande lutte est aujourd'hui entre le système pédagogique réel-scientifique (Y Américanisme, comme l'appelle M. du Bois- Raymond) et le système classique-humaniste. Le fait est qu'en s'efforçant de faire dans notre enseignement moyen une place égale aux systèmes, nous produisons l'encombrement et nous étouffons l'originalité et le travail personnel. M. Siciliani demande, avec raison, qu'on ne tue pas dans la jeunesse le germe de ce que Michelet appelait si bien « le principe héroïque de l'humanité » , c'est-à-dire la poursuite des choses réelles mais invisibles, le culte de cet idéal de bien et de perfection, que le scalpel et le microscope ne découvrent pas, mais qui est à la source de tout progrès.

M. Siciliani a publié aussi récemment : Socialismo, Darmnismo e Sociologia moderna, chez le même éditeur, M.Zanichelli, de Bologne, qui mérite bien de la science par le nombre et l'importance de ses publications de politique, d'économie politique et de'sociologie.

La reiidita fwidiaria e la sua elisione naturale, di Achille Loria. Milano,

Ulrico Hoepli, 1880, in-8°, 743 p.

La question de la rente foncière est une des plus controversées de l'économie politique. Smith, Riccardo, Stuart Mill et la plupart des économistes ont admis que la rente est la rémunération payée pour la jouissance de la fertilité naturelle du sol. Mais, ont dit les socialistes, si la rente paye les services de la nature, le fonds naturel ayant été donné à tous, la rente doit aussi appartenir à tous. La propriété estelle, comme vous l'affirmez, le fruit du travail, la rente qui dérive de la nature et non du travail ne peut légitimement appartenir au propriétaire. Il faut l'attribuer à l'État. — C'est alors que sont intervenus Carey, Bastiat et toute son école. Il y a erreur d'analyse, ont-ils dit : la nature par elle-même ne produit rien. Ce que la rente rétribue, c'est tout le travail incorporé au sol sous forme de routes, de

fossés, de drainages, de bâtiments, d'amendements, et elle ne suffit pas même à en payer l'intérêt normal. La rente revient donc au propriétaire, en vertu du principe qui légitime le salaire. C'est là, on le voit, un grave problème.

Autre question débattue en ce moment avec passion, et souvent non sans violence, en Angleterre et surtout en Irlande : Quel est le mode de répartition le plus avantageux, la grande ou la petite propriété ?

Autre point encore : La rente a sans cesse augmenté. Cette progression doit-elle continuer ou verrons-nous se produire un mouvement en sens inverse, comme cela a lieu dans ces dernières années?

M. Loria examine ces problèmes à fond, armé, on peut le dire, de toute la science actuelle. Il a lu tout ce qui a été écrit en allemand, en français, en anglais. Semblable érudition est chose rare chez les économistes» On ne la rencontre guère qu'en Allemagne et en Italie.

Le livre de M. Loria est un des plus complets qui aient été écrits sur la matière. L'auteur ne se contente pas, comme on le faisait autrefois, de décrire les phénomènes. Il fait la critique des faits nuisibles, des lois injustes, et il se prononce énergiquement en faveur de la petite propriété. C'est par elle que se produira ce qu'il appelle « l'élision naturelle » de la rente, c'est-à-dire la suppression de ce qu'elle peut avoir de nuisible.

M. Loria en est à ses débuts. On peut donc s'attendre à le voir occuper un des premiers rangs parmi cette phalange d'économistes distingués qui honorent l'Italie. Rien qu'à Mantoue, qu'il habitait, il en trouve à ses côtés deux d'un renom européen, le vénérable comte Arrivabene et l'ancien ministre S. Jacini. 11 est maintenant professeur à l'université de Sienne.

C'est un des avantages de l'Italie d'avoir ainsi partout des centres d'activité intellectuelle où l'on travaille sérieusement.

G. Colucci. / casi délia gueira pei' l'indipendenza d America. GeDOva, Tipografia dei Sordo-Muti, 1879. 2 vol. in-8°.

On sait les trésors de renseignements que Ton a trouvés dans les rapports des envoyés de Venise. La république de Gènes avait aussi ses représentants près des cours étrangères, et M. G. Colucci a eu l'excellente idée de publier les rapports des ministres génois près la cour de Saint-James concernant les causes et les événements de la guerre d'émancipation des colonies anglaises de l'Amérique, qui sont devenues la puissante république des États-Unis. On suit ainsi, presque jour par jour, les fluctuations de la politique du gouvernement anglais à cette époque. Rien n'est plus curieux. M. Colucci a ajouté une préface qui est tout un livre. Il y raconte en détails l'histoire des colonies qui vont s'affranchir. On y voit la liberté sous sa forme la plus parfaite. C'est là, bien plus qu'en Angleterre, qu'il faut chercher le modèle des institutions libre dont notre Constitution a doté la Belgique. C'est dans le New-Jersey et dans le Rhode-Island que pour la première fois la liberté complète des opinions et des cultes, la séparation de l'Église et de l'État ont été proclamées clairement et mises en pratique sans restriction aucune. Nous connaissons trop peu l'histoire de la Nouvelle-Angleterre. Il n'y en a point de plus instructive pour nous. Nous vivons dans une société démocratique ; c'est en étudiant le passé des États démocratiques que nous apprendrons à tirer bon parti des libertés qui nous sont garanties. M. Colucci a donc rendu un service réel en publiant son intéressant ouvrage. On ne peut que féliciter un pays où l'on voit des préfets occuper ainsi leurs loisirs.

M. Alberto Zorli a fait paraître un volume intitulé : Emancipazione economica délia classe operaia. Bologna, Nicola Zanichelii, 1881.

L'auteur pourrait dire, comme Musset de son premier

volume de poésies : « Considérez surtout, illustres seigneuries, combien l'auteur est jeune, et c'est son premier pas. »

M. Zorli a commencé son livre à vingt ans et il le termine à vingt quatre. Je ne dirai pas qu'il nous donne une solution nouvelle de la vaste et redoutable question qu'il traite : l'émancipation économique de la classe ouvrière; mais il expose, avec une grande clarté et une excellente méthode, les systèmes qui ont été développés par les différentes écoles.

Voici d'abord les malthusiens, qui préconisent la limitation de la population ; puis les économistes orthodoxes, qui sont convaincus que la formule : Laissez faire, laissez passer, répond à tout ; ensuite défilent devant nous les écoles socialistes, les saint-simoniens, les communistes, les collectivistes, les socialistes de la chaire,. les socialistes ultramontains, les socialistes évangéliques, les socialistes anarchistes et enfin les nihilistes. Ce qui est remarquable, c'est que M. Zorli connaît toutes les sources dans les différentes langues, même en hollandais. Ainsi, il parle de la discussion entre MM. Borgesius et Boureuil d'Aulnis dans les Vragen des Tyds au sujet des Katheder-socialisten, ainsi que des idées de Van Houten, Pekelharing, Kerdyk et Straatman. Je me permettrai cependant de signaler à son attention le livre si bien fait et malheureusement inachevé de M. P. Quack, Desocialisten. Il est regrettable que M. Quack, devenu directeur de la Banque néerlandaise, ne trouve pas le loisir de poursuivre une œuvre si bien commencée. Pour la Belgique, il trace un tableau très exact du mouvement coopératif, d'après le livre de M. Léon d'Andrimont et d'après les comptes rendus des Banques populaires, et il donne une idée juste du système de Collins et de ses disciples, Agathon de Potier et Frédéric Borde, qui ont pour organe la revue la Philosophie de l'Avenir. Qui chez nou? connaît le baron de Collins, né à Bruxelles en 1783 et mort à Paris en 1859, malgré le résumé très fidèle que M. de Potter a fait de ses doctrines? Cependant, M. Zorli pense que c'est à lui qu'il faut faire

remonter l'idée du collectivisme qui, maintenant, est devenue la formule généralement adoptée par les groupes socialistes les plus nombreux. Les ouvrages de Collins sont nombreux et il a laissé, paraît il, beaucoup de manuscrits. Sa première publication, le Pacte social, date de 1848. Ses ouvrages sont composés, en grande partie d'extraits des économistes et des politiques, qu'il groupe et invoque à l'appui de son système.

Je sais que Proudhon allait voir parfois Collins, et il ne serait pas impossible de retrouver la trace de l'influence du réformateur belge dans les écrits du « révolutionnaire * français.

M. Zorli termine son volume par une étude de ce qu'il appelle c les applications spontanées de l'utopie socialiste » . Le jeune auteur appartient évidemment à la nouvelle école économique des « réalistes », et il fait siennes les remarquables appréciations de Comte au sujet de l'école déductive, qu'il cite et que nous transcrivons :

« Il faut soigeusement remarquer que l'aveu général de nos économistes sur l'isolement nécessaire de leur prétendue science, relativement à l'ensemble de la philosophie sociale, constitue implicitement une involontaire reconnaissance, décisive quoique indirecte, de l'inanité scientifique de cette théorie. Car, par la nature du sujet, dans les études sociales, comme dans toutes celles relatives aux corps vivants, les divers aspects généraux sont, de toute nécessité, mutuellement solidaires et rationnellement inséparables, au point de ne pouvoir être convenablement éclaircis que les uns parles autres. * A propos du fameux aphorisme : Laissez faire, laissez passer , Comte ajoute : « Cette vaine et irrationnelle disposition à n'admettre que ce degré d'ordre qui s'établit de lui-môme, équivaut évidemment, dans la pratique sociale, à une sorte de démission solennelle* donnée par cette prétendue science de l'économie politique à l'égard de chaque difficulté un peu grave que le développement industriel vient à faire surgir. »

Je me permettrai de recommander à M. Zorli de mieux

corriger, à l'avenir, les fautes typographiques qui se glissent

dans les noms d'auteurs étrangers et dans les citations en langue étrangère. Je sais, par expérience, combien il est difficile de les éviter complètement; mais, sous ce rapport, M. Zorli aurait pu se montrer plus exigeant à l'égard de son imprimeur, qui, du reste, a parfaitement soigné le papier et l'impression de cet élégant et instructif volume.

Cognetti de Martis. — Le forme primitive nella evolmione economica. — Livre très important, où l'auteur décrit, avec une grande érudition, les premières phases du progrès économique, qu'il voit commencer déjà chez certaines espèces animales. A comparer : de M. Oliveira Martins, Quadro dos instituicôes primitivas. M. de Martis enseigne l'économie politique à l'université de Turin.

Vadalà Papale. — Morale e Diritto nella vita. — L'idée fondamentale de ce livre est bien indiquée par l'épigraphe empruntée à Lucrèce :

Omnia migrant Omnia commutât natura et vertere cogit

Les théories de Darwin appliquées à la morale et au droit. Dans un livre récent, Darwinismo naturale e Darwinismo sociale (1884), l'éloquent professeur de l'université de Catane poursuit l'application de ses idées aux phénomènes économiques.

Carlo F. Ferraris. — Saggi di Economia e statistica. — Ces études du savant professeur de l'université de Pavie prendront place à côté de celles de Cossa et de Messedaglia. Il approfondit les questions qu'il traite à l'aide des chiffres comparés avec soin. Ses travaux sur la question monétaire sont parmi les meilleurs qui aient été publiés à ce sujet!. Monométalliste, il s'est récemment converti au bimétallisme.

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