‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 1 sur 154 · Nouvelles lettres de la reine de Navarre · texte numérisé non relu

Nouvelles lettres de la reine de Navarre

Dans la préface des lettres publiées de Marguerite d’Angoulëme, on lit, page xi :

« Je ne sais s’il existe encore d’autres lettres de la reine de Navarre ; je le crois d’après une indication que j’ai trouvée dans Fontanieu , mais de laquelle je n’ai pu tirer aucun fruit. D’autres seront peut-être plus heureux; c’est dans cet espoir que je reproduis ici textuellement la note suivante : — - « 1525 et depuis, pendant tout le règne de « François I". Notice d’un manuscrit de la bibliothèque de « M. l’abbé de Rothelin , égaré de ceux de M. Dupuy, et « remis à la bibliothèque du Roi par M. l’abbé Boudot. » (Fontanieu, tome 197-198.)

Je continuais : — « Cent trente-quatre lettres à Fran- « çois I", quel trésor ! Peut-être est-il enfoui dans quelle que recoin de la Bibliothèque royale ; mais où ? Messieurs « les conservateurs , dont la complaisance et l’érudition « m’ont tant de fois secouru , n’ont pu me donner de ce « manuscrit aucune nouvelle. » — Et après avoir défendu ces lettres contre les appréciations malveillantes de Fontanieu : — « Belle générosité du hasard s’il nous les rendait! »

M. E. Littré , rendant compte dans la Revue des deux

Digitiiéd by Googi

AVERTISSEMENT

viij

Mondes de la publication des lettres de Marguerite , dit à propos de ce passage : « Le hasard a eu cette générosité : le manuscrit vient d’être retrouvé » , etc

Sur quoi un Journal fit paraître la note suivante :

« M. Génin , dans le Recueil des lettres de Marguerite d’Mngouléme, qu’il a publié, signale une noie bibliographique de Fonlanieu ainsi conçue : (Ici la note citée plus haut). Les conservateurs, à ce quil assure, ne pouvaient donner jusqu’ici aucune nouvelle de ce manuscrit la Revue des deux Mondes annonce qu’il vient d’être retrouvé... Il paraît au surplus qu’0/2 prétend à la Bibliothèque que ce manuscrit n’a jamais été égaré , etc. »

D’après cela, il semble évident que je suis coupable de mensonge envers messieurs les conservateurs des manuscrits, ou tout au moins coupable de négligence envers le public et de tromperie envers la société savante qui, se fiant à mes assertions , croyait publier tout ce que l’on possédait de la correspondance de Marguerite. Le manuscrit de l’abbé Rothelin existait, était parfaitement connu des conservateurs, et je n’aurais eu qu’à le demander pour l’obtenir. Voilà ce qu’o« prétend à la Bibliothèque du Roi.

Le soin de ma défense personnelle m’oblige d’entrer dans le détail de faits que sans ce motif j’aurais préféré passer sous silence. Mais je ne consentirai pas à être deux fois victime. Si cette révélation est fâcheuse pour quelqu’un , ce n’est pas ma faute. D’ailleurs, il est certaines choses dont il est bon que le public soit instruit.

AVERTISSEMENT

vij

de Fontanieu , je m'empressai de la communiquer à deux de messieurs les conservateurs adjoints , à qui j’avais déjà beaucoup d’obligations. Les catalogues étaient muets ; ces messieurs ne connaissaient pas le volume ( tout à l’heure on verra pourquoi ils ne pouvaient le connaître ) ; ils me conseillèrent de m’adresser à M. Champollion-Figeac , qui pouvait, en sa qualité d’administrateur, avoir recueilli des renseignements particuliers.

M. Champollion voulut voir dans Fontanieu même le texte de la note dont je lui remettais une copie. Il le vit, il y réfléchit et me promit de faire des recherches.

Au bout de quelques jours , il m’annonça avec chagrin qu’il n’avait rien découvert. Mais , ajouta-t-il , je verrai , je chercherai encore.

Il cherchait, il ne trouvait pas. Il ne perdait pas courage. Toutes les fois qu’il me voyait à la Bibliothèque : Eh bien ! me disait-il , rien de nouveau ! cependant il faut encore voir, il faut chercher. Il faut du temps ! — cela dura plusieurs mois, j’étais touché de sa persévérance et confus de la peine que je lui donnais.

Enfin il m’annonça qu’il désespérait. Ses propres paroles furent : Personne à la Bibliothèque n’a jamais entendu parler de ce manuscrit. La note est inexacte; il y en a bien d’autres! — Vous pensez donc qu’il faut y renoncer? — Positivement.

J’y renonçai, et je travaillai encore deux ans avant d’imprimer ; deux ans , pendant lesquels je vis souvent M. Champollion. Il s’informait avec intérêt de l’état de

avertissement.

d imprimer ; deux ans, pendant lesquels je vis souvent M. Champollion. Il s'informait avec intérêt de l’état de mes travaux , mais il ne me dit jamais qu’il eût rien retrouvé.

Le livre parut. Naturellement je fis hommage d'un exemplaire à M. Champollion. C’était bien le moins, après tant de fatigue que je lui avais occasionnée. Apparemment il n’en lut pas même la préface , car il ne me parla jamais du passage relatif aux conservateurs et au manuscrit égaré. ■ •

Mais quelqu'un la lut , qui, par le plus grand hasard du monde, avait aperçu le manuscrit et me l’indiqua. Ce jourlà, M. Champollion n’était pas de service : le manuscrit me fut montré. Le lendemain , qui était précisément le jour de M. Champollion, je ne pus revenir à la Bibliothèque; le lendemain, le précieux volume était redevenu invisible, et M. Champollion ne fut pas moins introuvable; le lendemain j’obtins un ordre exprès de M. le ministre de l’instruction publique, et après tous ces lendemains, moins plaisants pour moi que ceux de Dufresny , le précieux volume, non sans une dernière et désespérée résistance , sortit enfin du fond de l’armoire particulière où M. Champollion- Figeac serre ses papiers.

M. Champollion-Figeac , à ce qu’on m’assure , soutient que je ne lui ai jamais parlé de ce manuscrit. J'attendrai pour lui répondre qu’il me le dise à moi-même.

On remarquera que le recueil des lettres de Marguerite devait alors entrer dans une collection publiée à grands frais

AVERTISSEMEM'.

par le Gouvernement : je travaillais pour le premier comité historique, et j’étais accrédité par le ministre. C'est dans ces circonstances que le conservateur en chef des manuscrits, de propos délibéré , rendait mon édition mauvaise, incomplète, et mon travail inutile.

Je ne m’arrêterai pas à relever tout ce qu’il y a d’excessif dans cet abus de pouvoir et de confiance-, chacun le voit assez. Je me bornerai à une seule réflexion d’un intérêt général :

Quel pouvait être le but de M. Champollion-Figeac en me dérobant la connaissance du manuscrit que je lui demandais? On ne peut lui en supposer qu’un raisonnable : c’était de se réserver pour lui-même la publication de ces lettres *. Assurément, les conservateurs de la Bibliothèque ne -doivent pas être exclus du droit de publier qui lappartient à tout le monde; mais il est certain que le public doit avoir un privilège sur eux et passer le premier. Sans cela, voyez quels inconvénients : un conservateur qui , par position et par devoir, connaît mieux que personne les richesses du dépôt commis à sa garde , pourra accaparer les plus précieux manuscrits et les mettre en séquestre, sous prétexte qu’il a l’intention de les publier un jour, à une époque incertaine et indéterminée. Ce délai peut durer dix ou quinze ans ; en attendant , le public est privé des manuscrits , et ceux qui auraient eu le dessein de faire sur ces

1 M. Champollion publie, dans la Collection des Documents inédits , un recueil des Lettres des Rois, Reines et autres personnages des cours de France et d Angleterre.

AVERTISSEMENT

textes quelques recherches ou quelque travail , s’en voient enlever les matériaux par les gardiens chargés précisément de les leur communiquer. D’une autre part , la concurrence deviendra impossible contre un conservateur : lui seul pourra traiter avec les libraires, parce qu'il offrira le plus de garanties pour son édition ; et vous , qui aurez longuement élaboré la vôtre , vous n’en pourrez pas même affirmer la valeur, puisque vous ne serez pas sur d’avoir connu tout ce qu’il aurait fallu connaître. Si cet état de choses est autorisé , la position d’un conservateur peut devenir une mine inépuisable d’entreprises industrielles qui paralyseront les travaux sérieux, et le dépôt de la Bibliothèque nationale se transforme par le fait en une propriété privée , en une sorte de patrimoine mis en exploitation régulière par un ou plusieurs individus. Cette magnifique Bibliothèque, une des gloires de la métropole, finirait par n’ètre plus qu’une espèce de comptoir ou de magasin, où des marchands sans patente vendraient des éditions ou des promesses d’éditions, des facilités pour l’étude, des copies, etc.; et qui sait où cela s’arrêterait ?

A Dieu ne plaise que je veuille faire entendre qu’un pareil trafic existe au département des manuscrits ! Je montre seulement quelques-unes des conséquences d’un mauvais système et d’une incertitude de droits qu’il est urgent de régler, car les conséquences du statu quo pourraient être fort dangereuses si l’on avait affaire à des gens moins probes et moins délicats. 11 y a plus : la probité, la délicatesse ne mettent point les volumes à l’abri d’accidents irrépa-

AVERTISSEMENT. xiij

râbles. Supposez, par exemple, que le manuscrit de Marguerite eut été, dans l’armoire de M. Champollion, endommagé , rongé , englouti par les rats ; quel remède ? aucun. Tout ce qu’on peut dire, c’est que, pour le cas dont il s’agit, les regrets auraient été nuis, parce que la perle eût été ignorée. Un ne. peut regretter ce qu’on ne connaît pas. Mais, ou je me trompe fort , ou cet argument n’est pas en faveur des privilèges du conservateur en chef des manuscrits.

Il importe donc d’établir que les conservateurs n’ont droit qu’après le public sur les manuscrits qu’ils conservent; que c’est là une des charges de leur titre. La consécration de ce principe est le seul moyen de prévenir un conflit d’intérêts entre le public et tel ou tel conservateur, conflit dans lequel il serait trop facile à l’individu d’avoir l’avantage sur tout le monde. Il appartient à M. le ministre de l’instruction publique, qui a déjà réformé plusieurs autres abus, de supprimer encore celui-là. Un des plus grands et des plus invétérés permettait au conservateur en chef de cacher l’existence de certains manuscrits , non-seulement au public , mais même à ses collègues; c’est pourquoi ceux de ces messieurs à qui d’abord je m’étais adressé n’avaient pu me fournir aucun renseignement sur le volume que je cherchais.

Car il parait qu’avant la Révolution de 89 , les conservateurs des manuscrits ne voulant pas être mis dans la nécessité de communiquer les richesses quelquefois très -fragiles du dépôt qu’ils administraient, ne portaient pas toujours au

AVERTISSEMENT

catalogue régulier tout ce qu'ils avaient de plus précieux. L’existence de ces pièces n’était constatée que par des bulletins particuliers, indiquant le titre du volume , le vendeur, l’acquéreur au nom du Roi, l’époque et le prix de l’acquisition. Or ces bulletins se trouvant depuis longtemps rassemblés entre les mains de M. Champollion-Figeac , personne , non pas même les autres conservateurs , n’en connaissait le contenu. M. le ministre de l’instruction publique, informé de cet abus , a sur-le-champ donné des ordres pour le faire cesser et pour que tous les bulletins ou catalogues partiels fussent insérés au catalogue général et reçussent une existence officielle. En sorte qu’aujourd’hui il ne doit plus v avoir de notes secrètes à la Bibliothèque royale.

J’ai cru devoir au public cet éclaircissement sur la publication tardive de ces lettres.

Si je les eusse connues à temps , elles m’auraient fourni les moyens d’améliorer mon premier travail et de le mieux diviser. On rencontre en effet dans la correspondance avec Montmorency une douzaine de lettres adressées au Roi, dont la place natuelle eût été dans ce second volume. Mais en imprimant le premier, j’étais loin de m’attendre qu’il serait suivi d’un autre. Pour éviter tout ensemble une lacune et un double emploi , j’ai rappelé ces douze lettres et j’en ai mis l’indication à leur date.

On ne retrouvera pas dans ce volume l'indication autographe ou bien dictée. Il suffit d’avertir ici le lecteur que toutes ces lettres sont copiées sur le texte écrit de la main de Marguerite.

AVERTISSEMENT

Elles n’étaient pas non plus, comme les premières, éparses dans quatre-vingts ou cent volumes. Elles sont rassemblées confusément et sans pagination , mais avec un numéro d’ordre , dans un volume unique qui vient d’être inscrit au catalogue sous le 11 ° 2722 , Supplément français. Il suffisait donc , pour faciliter les vérifications et les recherches , de marquer à la fin de chaque lettre le numéro qu’elle porte dans le manuscrit.

Page 1