‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 101 sur 154 · LETTRE CVII · texte numérisé non relu

LETTRE CVII

Monseigneur, sitoust que j’eus receu la lectre qu'il vous pleust m’escripre par le sieur de Saint Paul 1 , pour parfaire le mariaige de la fille de Neigre Pelice' avecques son filz 3 , pour accomplir vostre coumandement j’envoyay quérir les deux tucteurs 4 , pour leur desclairer l’honneur que vous leur faisiez de vous dai-

■ Jean de Villemur, seigneur de Saint-Paul.

* Anne, fdle d’Antoine de Carraain, seigneur de Negrepelisse, décédé, et de Françoise d’Aure d’ Aster.

1 François de Villemur.

* Manaud d’Aure, seigneur d’Aster, et Antoine d’Ébrard , seigneur

gner mesler de cet affaire. Je ne vous diray point, Monseigneur, la responce qu’ils me firent, car la rudesse du pays me doit plustoust contraindre à les escuzer que à vous en faire le rapport. Pour conclusion, ils me prièrent qu’ils allassent devers vous pour entendre vostre voulenté, je n’ose dire comme doubtans que sans vostre coumandement je leur portasse cete parole. Je ne leur dis sinon : faites ce qu’il vous semble bon , et je feray ce que le Roy me coumande. Mais si vostre niepce ne le veult , je ne la presseray ne persuaderay jusques à ce que je soye devers le Roy.

Or, Monseigneur, je vous supplie entendre qu’ils avoient baillé à cete fille une femme toute telle de visaige et condicion coume la Rousseliere, qui par argent vendroit sa mestraisse. Cete femme par trois fois lui a fait faire la malade pour la faire demeurer par les chemins et la me desrober; en sorte que, à force de desclairer sa folie, je fus contrainte de la renvoyer aux tucteurs, ce qu’elle ne voulut, mais maulgré mes dens s’en alla à Toulouze ', en la maison du seneschal, où il n’estoit, et de là au palaiz, faire partout plainte de moy, comme une femme furieuse. Mais, Monseigneur, après qu’elle fust partie , la fille de Nei- S 1 ' epelice vint à moy me dire que cete femme l’avoit

<le Saint-Sulpice. Le testament (du 4 juillet iSaj) en désigne un troisième, frère Jean de Solages, prieur de Saint-Martin de la Graulet.

Le même acte donne à mademoiselle de Negrepelisse, en dot, la somme, prodigieuse pour le temps, de 12,000 livres tournois.

1 M. de Negrepelisse était, en 1627, lieutenant général de Languedoc.

menassée de verges 1 si elle parloitau filz de Saint Paul et si elle se consentoit au mariage, quelque commandement que vous en fissiez; et qu’elle dist qu’elle n’avoit pas onze ans , toutefoys qu’elle en avoit treize ; et qu’elle aymoit fort le filz de Saint Pol, et qu’elle me prioit de faire le mariaige sans attendre les tucteurs , car elle savoit qu’ils en vouloient fere leur proufist et que sa mère et M. d’Asté, son oncle, avoient proumys ce mariaige.

Monseigneur, voyant la voulenté de la fille et les menées faites contre vostre intencion, il m’a semblé que je ne devois tarder d’accomplir vostre coumandement. Le Roy de Navarre, de qui la fille est plus proche que des tucteurs ’, avecques quatre ou cinq de ses parens, ont tous esté d’opinion qu’il se devoit faire. Par quoy, en bonne compaignye nous fismes les fiansailles par parole de présent, et le lendemain, vint un des tucteurs, qui m’apporta une lectre de vous, Monseigneur, par laquelle vous me coumandez mener la fille devers vous; qui me met en merveilleuse peine, quant l’obéissance de vostre coumandement m’empesche de l’accomplir. Qui m’a fait perdre la crainte de vous en-

■ 11 paraît que c’était alors la coutume suivie dans ces occasions. la reine de Navarre faisait fouetter aus-i sa fille, Jeanne d’Albret, pour la contraindre à épouser le duc de Clèves ( Voyez la note 5, p. 259 , et la protestation de Jeanne à la fin de ce volume- )

» Ils étaient les oncles de leur pupille, mais les maisons de Foix et d’Albret s’élaient alliées deux fois avec celle de Carmain ; au xiv' siècle, par le mariage d’Arnaud de Carmain avec Rosine d’Albret, et tout récemment, en août i54o, par celui de Louis de Carmain (frère d’Anne) avec Marguerite de l’oix Candale.

nuyer de longue lectrepour vous monstrer ce que j’ay fait et les estranges tours que l’on m’a fait ; afin, Monseigneur, que si l’on vous en parle il vous plese respondre que j’ay fait vostre coumandement. Et, ne desplaise à ceux qui sont plus hardis à mentir que moy à dire vérité , vous ne tenez point de tort à la fille de la mettre en la maison de Saint-Pol , coume j’espère le vous dire. Vous suppliant, Monseigneur, me mander s’il vous plest que je la maine devers vous pour entendre d’elle coume je l’ay trectée, ou si je parferay ses nopces pour la lesser en son mesnaige. Car , quant à moy, je l’ay receue par vostre coumandement, mariée par vostre coumandement, et ne m’en defferay que par vostre coumandement, pour lequel acomplir n’aura regart à parent ny amy de ce monde

et mignonne Marguerite.

[Ms. n° 32.]

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