‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 146 sur 154 · ÉVÊQUE DE MEAUX · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE MEAUX

Quelques personnes ont paru regretter que je ne l’aie pas fait connaître davantage , et peut-être même imprimée tout entière. Elles ne peuvent se persuader, considérant l’époque, le sujet traité et la qualité des personnages, que cette correspondance soit aussi vide de choses , aussi dénuée d’intérêt que je l’ai annoncé. Après avoir relu ces lettres, je ne puis que persister dans ma première opinion. Toutefois, pour satisfaire la curiosité autant que possible, j’ai extrait de ce gros volume les lignes suivantes, les seules que j’aie pu découvrir dignes d’être lues.

POST-SCRIPTÜM

d’une lettre de marguerite a l’évêque DE MEAUX.

( Novembre 1521.)

« Je ne sçay si je me doibs plus resjouir d’estre estimée d’estre du nombre de ceulx à qui je desire ressembler, etc.... H me semble que plutost clorre la bouche aux ignorans est le meilleur, vous asseurant que le Roy et Madame ont bien deslibéré de donner à congnoistre que la vérité de Dieu n’est point hérésie. » (Novembre 1521 .)

[Fot. 45, recto. ]

274 APPENDICE

Marguerite , après avoir exprimé combien lui sont profitables les lettres de M. de Meaux, le prie de continuer à lui départir

« Sy douce manne dont le profit ne restiendray comme gourmande , que n’en donne , la part aux esprits que en cette compaignie verray enclins à le desirer. Et pour en solliciter, vous renvoyé maistre Michel, lequel, je vous asseure, n’a perdu pour le lieu temps , car l’esprit de nostre Seigneur par sa bouche aura frappé des âmes qui seront enclines à recepvoir son esprit, comme il vous dira, et plusieurs aultres choses dont luy ay prié , congnoissant que ne metterez en doubte sa parole. Vous priant que, entre tous vos piteulx désirs de la reformacion de l’Eglise , où plus que jamais le Roy et Madame sont affectionnés , et le salut de toutes pauvres âmes , ayez en mémoire celle d’une imparfaite, mal ronde, mais toute contrefaite perle 1 , etc. » (Décembre 1521.)

[Fol. 48, a.]

La réponse de Briçonnet remplit 102 pages petit in-folio. Il n’y a de remarquable que le passage suivant , par lequel elle se termine :

« C’est à vous, Madame, à qui je parle. Le vray feu qui s’est logé long tems en vostre cœur, en celuy du Roy et de Madame , par grâces si très-grandes et abondantes que je n’en congnois point de plus grandes. Je ne say si le feu a point esté couvert et assoupy; je ne dis pas estainct, car Dieu ne vous a par sa bonté encore abandonnés. Mais conférez chacun en vostre cœur (aultre que vous n’en peult

■ L’évêque lui avait écrit une énorme lettre sur les perles rondes et pyramidales , par allusion au nom de Marguerite.

APPENDICE

estre juge ne le savoir) si vous l’avez laissé ardre selon les grâces données. J’ay paour que les ayez procrastinées et différées. Je loue nostre Seigneur qu’il a inspiré au Roy vouloir d’exécuter quelque chose que j’ay entendu. En ce faisant se monstrera vray lieutenant-général du grand feu qui luv a données les grâces insignes et grandes pour les faire ardre en son administracion et royaume, dont Rois ne sont que visroys et lieutenants-généraulx du Roy des Rois. Je desire de tout mon cœur que soyez tous vrays salamandres de Dieu *, et que l’effet soit selon la devise, et les œuvres très chrestiennes , selon le mot : à qui plus est donné, plus est demandé, etc — » (A Meaux, le 22 décembre 1521.)

[Fol. 98, a.]

Il paraît que l’évêque de Meaux n’était pas satisfait au fond du zèle de la famille royale, et qu’en l’exaltant si fort , il cherchait surtout à l’exciter, car il écrit à madame d’Alençon :

« Le porteur m’a tenu propos de grande pauvreté, auquel Monsieur Fabry * et moy avons dict nostre advis et conjuré le vous dire. R vous plaira couvrir le feu pour quelque temps. Le bois que vous voulez faire brusler est si verd, qu’il estaindroit le feu, et ne conseillons pour plusieurs raisons.... que passez oultre, si ne voulez du tout estaindre -i le tison, etc. » (Sans date, mais la lettre est du mois de septembre ou d’octobre 1522.)

[Fol. 218, a.]

1 Allusion à la salamandre adoptée par François 1" pour ses armes.

• Lefebvre d’Étaples.

APPENDICE

La duchesse répond :

« Le désir que maistre Michel a de vous aller voir a esté retardé par le commandement de Madame , à qui il a commencé lire quelque chose de la Sainte Escripture qu’elle desire qu’il parface. Mais sitost qu’il sera faict, ou si nous deslogeons, incontinent il partira. Mais louez Dieu qu’il ne pert point le temps, car j’espère que ce voyage servira, et me semble que, veu le peu de séjour que nous ferons pardessa , que vous feriez bien d’y venir, car vous savez la fiance que le Roy et elle ont à vous-, et si, avec vostre vouloir et debvoir, ma parole pouvoit advancer l'heure et mon conseil feust creu, en vérité et désir, regardant seulement l’honneur du seul (sic), vous conseilleroit et prieroit de n’y vouloir faillir la pis que malade

« Marguerite. »

[Fol. 218.]

Toutes ces lettres ne sont pleines que des métaphores les plus singulières : tantôt la duchesse prie l’évêque de l’aider par ses oraisons à ramasser son fuseau tombé à terre, une autre fois elle sollicite un réveille-malin : « Vous priant par vos oraisons impétrcr de l’indicible miséricorde ung réveillematin pour la pauvre endormie, afin qu’elle se lève de son pesant et mortel somme, puisque l’heure est venue. »

[Fol. 284, A.]

Ces courts fragments sont, je le répète, les seuls qui aient paru offrir quelque intérêt dans le chaos de cette énorme correspondance. Si quelqu’un doute de l’exactitude ou de la bonne foi de cette assertion , le relevé suivant le mettra à même de vérifier la chose avec un peu moins de fatigue que je n’ai fait, du moins s’il prétend se borner aux lettres de la duchesse :

APPENDICE

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