LETTRE L
AU KOI.
( Janvier 1528. )
( La reine de Navarre étant sur le point d’accoucher de Jeanne d’Albret. )
Monseigneur, l’honneur et bien qu’il vous a pieu me faire de m’escripre une lectre telle que je ne suis suffisante pour la savoir assez estimer et louer, m’a donné si grant contentement que tout le mal que despuis votre veue j’ay eu , ne me peult garder de retrouver la santé que je pensois m’avoir du tout lessée. Et crois. Monseigneur, que vostre bonté a bien senty ma nécessité, en quoy n’eusse seu avoir millieur remède que la connoissance qu’il vous plest me donner de vostre bonne souvenance , avecques la seureté de vostre bonne grâce. Vous asseurant , Monseigneur, que la peur que j’ay eue d’essayer le mal que je doy aultant craindre que je l’ay désiré pour beaulcoup de
1 H paraît que Marguerite s’attendait à avoir une fille. Elle ne se trompa point : Jeanne d’Albert naquit le 7 janvier i5a8.
raisons, s’est convertie en vœu quant j’ay veu qu’il vous plest tant faire de cas de ma peine que de vouloir faillira vostre santé, qui m’est si très chère, que de bon cueur pour la vous conserver y vouldrois mettre la vie, et ne saurois avoir mal si grant qui me soit riens au prix de ce qui vous touche. Espérant toustesfoys que Dieu me fera la grâce vous attendre. Mais si je n’ay cet heur, je m’aideray de vostre lectre que je feray lire en lieu de la vie de Sainte Marguerite ', pour ce qu’elle est escripte de la main que, j’espère, m’aidera plus que nulle aultre recepte. Car je ne puis croire que ma fille ousast naistre sans vostre commandement;. qui fera mettre peine d’attendre jusques au dernier jour vostre desirée venue
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.
[Ms. n° 41. ]