‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 57 sur 154 · LETTRE LVII · texte numérisé non relu

LETTRE LVII

ATJ ROI.

( Du château de Blois, juin 1530. )

Monseigneur, et unde hoc michi veniat, tant d'honneur, tant de grâce, de contentement qu’il vous plest donner à vostre très humble seur, que en une telle joye si digne de faire oblier toutes choses, avez eu mémoire et pris la peine de l’en faire participante ', dont assez très humblement ne vous en saurois mercier; mais je supplie celuy qui peult tout sactifaire mon impossibilité et vous donner tel contentement que je vous desire, espérant fermement que ainsin le fera, car jamais ne vous a oblié, après vous avoir esperimenté en longue pacience. Et de ce qu’il vous plest. Monseigneur, nommer Messieurs vos enfans miens, je ne puis désavouer cet honneur, estant seure que je n’aimeray jamais tant ceux que j’ai portés que lemaindre d’eux; et si celuy qu’il vous plest dire vostre, eust peu saillir par la bouche, les yeux ou les oreilles, je suis seure, Monseigneur, qu’il eust obéy à vostre coumandement , et fust venu dehors à l’heure que nous eusmes ces bonnes nouvelles; car il me monta si hault dans l’estoumac , où il a demeuré toute cete nuyst,

' L’heurenx événement dont François I" avait écrit la nouvelle à sa sœur doit être la rentrée prochaine des enfants de France, qui arrivèrent à Bayonne, avec Eléonore leur belle-mère, à la fin de juin. (Voyez t. I, lettres 8 1 , 82 .)

qu’il sembloit qu’il vouloit voir et ouir vostre lectre. Dieu me doint grâce que, pour recompence de l’ennuy que j’ay d’estre si longtemps, et encores en ce temps, hors du pouvoir dont j’ay si grant désir, je puisse accoucher de chose qui puisse estre pour le service de vous et des vostres. Vous asseurant, Monseigneur, que majoye est si grande, que, vienne peine, douleur, voire la mort ne peult plus empescher d’oreanavant de vivre ou mourir contente

Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.

[Ms. n° 57.]

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