‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 59 sur 154 · LETTRE LIX · texte numérisé non relu

LETTRE LIX

AU SOI

( PDu Béarn , — automne de 1530.)

Monseigneur, s’il vous plest faire l’honneur à ce jeune messaiger de l’escouster, il vous contera de nostre voyaige * plus au long que mon escripture, de peur de vous donner ennuy, ne l’ouse entreprendre , et croy qu’il n’oubliera la bonne chère que nous ont

■ Éléonore, sœur de Charles V, mariée à François I*', le juillet t53o, à Veries, dans l’abbaye des Urbanistes. ( Rec. du marquis d' Aubajr, t. I.)

’ Favyn et Olhagaray disent que le roi et la reine de Navarre se retirèrent chez eux en i53o. (Voyez t. I, p. 55.) Je conjecture que c’est de ce voyage qu’il est ici question. Il ne put se faire qu’en automne , puisque la Reine lit ses conches à Blois environ le t5 juillet.

Il paraît que, chemin faisant, le Roi et la Reine de Navarre s’étaient arrêtés en un logis où ils avaient été reçus parles fils du Roi. Il faut réunir à cette lettre la lettre 167 , t. I, p. 4 ° 4 > que je n’avais pas su dater.

LETTRES INÉDITES fait Messieurs vous' enfans; qui nous a esté une aise si grande que nostre voyage s’en fera plus aiseement qu’il n’a esté commencé. Vous asseurant , Monseigneur, que pour porter l’ennuy de l’eslongnement de vostre veue , nous avions bon besoing de voir cete parfaite compaignie, qui ne se peult regarder sans avoir la lerme à l’euil , tant de la joye des grâces que Dieu y a mises , que de l’ennuy que bientoust avecques les deux, nous [n’jayons ce bien de. les voir avecques vous et Madame. Mais il me semble, Monseigneur, que si encores ces trois y estoient , que jamais vous deux ne sauriez avoir mal , et je vous supplie. Monseigneur, aultant que vous aimez vostre consolation et celle de Madame , que vous les tirez près de vous ; et si je savoye chose qui vous feust de plus grant plesir, je croy que vous estes scur qu’il ne vous seroit celé; et si c’estoit marchandise à vendre, je n’ay veu chose ny à Paris, ny à Tours où sitoust je misse tout mon bien. Or, Monseigneur, avant que vous finer ce propous, qui jamais ne m’ennuyroit, je vous supplie faire tant de bien à celuy qui se va jetter à vos pieds , que de luy faire dire ce qu’il vous plera qu’il fasse et coummander à ceux qui ont l’heur d’estre près de vous, d’y avoir l’euil , afin qu’il preigne si bon coummencement à suivre vostre voulonté , que vous en fassiez un gentilhomme digne d’estre nommé vostre serviteur par les vertus que l’on acquiert seulement de connoistre les vostres ; à quoy il m’a proumis mettre bonne peine.

' On a déjà vu plus haut vous pour vos ; les ous pour les os, etc.

Et ce qui me fait espérer qu’il y parviendra, est qu’il a desja le sens de vous aimer plus que tout le monde, par quoy l’advoue pour fdz et comme tel le vous recommande

Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.

[ Ms. n” 59. ]

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