LETTRE LXXX1V
Aü ROI.
(Juin 1537.)
Monseigneur, j’ay tant à tous mercier très humblement de tant et tant de grâces qu’il tous plest fere au Roy de Navarre et à moy, que je ne sais par quel bout coumencer. Par quoy, Monseigneur, j’ay supplié M. le Daulphin et M. le cardinal de m’ayder à tous dire combien l’honneur que tous nous faites de vous soulcier de sa maladie et de mon ennuy, nous donnent de santé et de consolacion. Je n’ay peur sinon que la maladie tant honorée de vostre risitacion veuille demourer plus longuement que je ne pensoys. Toutesfois, Monseigneur, la joye que le malade receut après avoir veu M. le grand maistre ', l’a tant amendé, que soudain il perdist deux ou trois signes qui me faisoient peur et mettoient les médecins en desliberacion d’une segonde saignée; mais je croy qu’ils se contenterout de la médecine qu’il a prise aujourd’huy, qui luy a ousté la jaulneur qui depuis trois jours luy estoit venue. Mais quelque fieuvre qu’il ait eue et grande sueur, jamais il ne s’est fasché ny ennuyé despuis qu’il paria à M. le granl maistre; car au plus fort de son mal, il ne fait que parler et s’esbattre. Ce qui me fait vous en escripre
' Ceci fut écrit avant tuai i538, date de la nomination de Montmorency à la connétablie. Le roi de Navarre fut malade en juin t53 7 . ( Voyez t. I , lettre 1 36. )
I)E LA REINE DE NAVARRE
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si au long , c’est pour vous monstrer combien peult l’aise que vos serviteurs ont d’estre en vostre bonne grâce, et de savoir que vostre santé et vos affaires se portent si heureusement. C’est pour les faire non seulement guérir, mais ressusciter. Et pour ce , Monseigneur, que les tesmoings qui , pour l’amour de vous , ont pris la peine de venir exercer leur charité en cet hospital ' sont plus suffisans que nous ne méritons, nous avons mis nos très humbles mercis, recommandacions et excuses entre les mains du fils, par lequel présentées ne vous peuvent estre désagréables. Suppliant celuy qui peult sactifaire à nostre impuissance vous donner avec tout ce que vous aimez aussy bonne et longue vie que plus que la sienne vous souhaite
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.
[ Ms. n° 66. ]