II. IO
de vous servir en son absence, si le sens et la puissance estoient courae rafFecsion, vous n’y sauriez lesser millieur lieutenant ; et nonobstant toute l’inutilité que je congnois en moy, j’espère en celuy qui m’a fait naistre vostre seur, qu’il me donnera la grâce de vous faire quelque service, au mains de ne rien gaster de la bonne ordre que jusques icy le roy de Navarre a tenue.
Il est vray, Monseigneur, que nos voisins * ne dormiront pas et s’advanceront à fere le pis qu’ils pourront ; pour laquelle occasion je m’en iray gu Mont de Marsan, pour estre plus près de la frontière, et avecques vos serviteurs , je ne cesseray d’avoir l’euil à toutes choses pour vostre service, afin de vous en advertir, afin de donner ordre à ce que nous voirons qui promptement le requerra. Et si l’Anglois, comme l’on dist, vient à ce printemps par ce cousté, et les Espagnols s’y veulent joindre, mais qu’il vous plese par vostre très saige prudence donner moyen au pais dont vous estes ’ de se défendre et le vouloir secourir, comme vous y congnoyssez le besoing, que vous serez aussy bien servy et d’aussy bon cueur de vostre Guienne que de pais que vous ayez. Je suis seure, Monseigneur, que la connoissance que vous avez de vos affaires vous recoumaude cetuy cy par dessus tous; qui me fera supplier Nostre Seigneur vous donner une bonne paix % selon vostre désir, par laquelle puissions saillir hors de toutes les craintes que
■ I.’armée de Charles-Quint , qui s’était jeté sur la Provence.
1 François I er était né à Cognac.
* Le traité de Bomy fut signé le 5o juillet i53ÿ.
nous avons, non tant de la force de vos ennemys que de leurs meschantes pratiques. Et s’il ne luy plest la nous donner, que par une glorieuse victoire il luy plese mettre à riens vos ennemys visibles et couvers , afin que en cete joye pleine de parfait contentement puisse recouvrer votre desirée veue
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.
[Ms. n“ 53.]