II
nelle bonté dont vous avez toujours unsé ' envers elle, et envers nous ; mais par la perfecsion que Dieu a mise en vous supporter nos imperfecsions et nous corriger couine père , et non pas vous couroucer. Car si vostre courroux donne crainte à vos subjets , croyez, Monseigneur, qu’il nous donne la mort ; et ne nous sauriez faire plus grande pugnycion que de nous ouster vostre bonne grâce , de quoy nous avons tousjours fait nostre reaulme et nostre trésor, coumepar toute nostre vie l’avons monstre. Par quoy, Monseigneur, je vous supplie ne nous ouster point le bien que de si longtemps vous nous avez fait procéder, et au pris duquel tous aultres biens et houneurs ne nous sont riens; perdant lequel , n’y a peine dont nous fassions estime. Car, après la perte de vostre bonne grâce perdre les biens, les houneurs de ce monde et la vie , nous seroit grant contentement, car jamais n’en avons fait cas que pour vous en servir.
Par quoy , Monseigneur , s’il vous plest que le père, la mère et la fille vivent eu vostre service, il vous plera doneques leur redonner la vie par la seureté de vostre grâce ; car aultrement ceux qui en ont désiré la fin la voiront bientoust ; car nostre amour et nostre cueur n’est point semblable au leur, qui peuvent avoir joye eslongnés d’ung tel bien. Et afin. Monseigneur, que vous entendez par le menu, s’il vous plest tant vous humilier, coume tout est passé, nous envoiryons l’esvesque de Séez qu’il vous a pieu nous près ter, lequel , je suis seure, vous est tel servi- ' Usé.
teur que s’il connoissoit nostre voulonté aultre que la vostre et quelle ne vous feust totalement vouée et desdiée, il n’eust pas demeuré avccques nous, car il vous est né fidele et léal serviteur. Par quoy, Monseigneur, je le foys juge , et say qu’il ne vous en dissimulera riens de nostre obéissance et voulonté et de la peine où nous soumes, où nous n’avons ny ne voulons ayde ne secours que de Dieu et de vous ; lequel je supplie vous donner en santé très bonne et longue vie , et n’eslongner de vostre bonne grâce
Vostre ti’ès humble et très obéissante subjecle
Marguerite.