‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 75 sur 108 · PLATONIS PH®DO CONTRACTUS · texte numérisé non relu

PLATONIS PH®DO CONTRACTUS

core posse viderem, vclut secundâ navigationc institutâ, aliud ingressus sumiter, etad aliudquoddam causarum genus quod unum mihi supererat, animum converti : quod si non omnia explicet, nihil tamen patiatur dicifalsum. Cœpi nimirùm à rerum ipsarum contemplatione ad formas sive rationes per se consideratas revocare mentem : quæ his non consonant, audacter falsa esse dico, quæ ex illis consequuntur vera, eætera tantisper in medium relinquo. Hoc verô ad demonstrandam menlis immortalitatem sufficere intelligetis. Sed ut clariùs intelligar, cùm pulchrum aliquid dicimus, nonne volumus pulchritudinis esse particeps seu ipsius per se pulchriî Et hanc ipsam possumus causam reddere cur pulchra sit, quæ sit autera rursùs causa lnijus participationis et quomodo aliquid fiat pulclirum, vclut difficile et dubium nuncrelinquemus. Certum est intérim unumquodque pulchritudine esse pulchrum et ipsâ magnitudine esse magnum, et ità de cæteris. Itaque non dicemus aliquem aliquo capite essemajorem, sed majoritate, ne fortè mox eumdem alio eodem capite minorem esse dicerecogaris, quodabsurdum est, idemsimul et majus et minus facere. Sed nec binario dices decem esse plura duobus, sed multitudine : nec si uni addas unum, additionem esse putandum est id quo fiant

mières suffisantes sur les causes des choses tirées de la raison du meilleur, je me suis engagé dans une autre route, j’ai entrepris une seconde traversée. J’ai tourné mon esprit vers un autre genre de cause, le seul qui me restait, genre qui, s’il n’explique pas tout, ne permet point de dire rien de faux. J’ai commencé, de la contemplation même des choses, à ramener mon esprit sur les formes et les raisons des choses considérées en elles-mêmes; tout ce qui n’est pas en harmonie avec les formes, je le déclare hardiment faux; tout ce qui en découle par voie de conséquence, je l’appelle vrai; quant au reste, je le laisse quelque peu en question. Ceci doit suffire, comme vous le verrez bientôt, pour achever la démonstration de l’immortalité de l’àme. Pour que vous me compreniez mieux, quand nous disons que quelque chose est beau, n’est-il pas vrai que nous voulons qu’il le soit par participation à la beauté ou à ce qui est beau en soi? et nous pouvons même donner la cause finale de sa beauté ; mais nous laisserons maintenant de côté l’explication de la cause efficiente et de la manière dont se fait cette participation , vu la difficulté et le doute. Il est certain que chaque chose est belle par sa beauté, grande par sa grandeur, et ainsi de tout. Nous ne dirons point que quelqu’un est plus grand qu’un autre d’une tête, mais par la grandeur, ni plus petit qu’un autre d’une autre tête, ce qui serait absurde, une même chose ne pouvant pas être en même lem ps plus grande et plus petite. Et tu ne diras pas que dix est plus que deux par le nombre binaire, mais parla quantité; ou situ ajoutes l’unité à Kfe-même, que c’est l’addition qui est cause de deux, et

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duo, sed dualitatem, nec divisionem quâ singula fiant unum sed participation e essentiæ cuique propriæ : quod si quis homo instaret, non antè responderes, quàm rationes ipsas per se accuratè consideràsscs. — Hæc cura tantâ claritate dicta essent, ut vel ab hebetissimo quovis intelligi posse viderentur, mirum non est omnes haud gravaüm assensisse, ipsas per se species esse aliquid et horum participatione caetera denominari. — Tùm Socrates perrexit . Nonne Simmias Socrate major, Phædone rainor, magnitudine utique et parvitate ac ipsum per se magnum sive magnitudine nunquàm parvum esse pot est? Idem ergô subjectum contraria potest pati, contraria ipsa se non patiuntur. Sunt tamen et subjecta quæ etiam non nisi certam patiuntur formam, quâ ablatâ destruuntur, ut ignis calore ablato , et nix frigore destruuntur, et ternarius sine imparitate esse non potest, quamvis enim alia sit ternarii, alia imparitatis forma, ilia tamen hanc secum ducit et vcluti perficit : porrô non tantum contraria invicem consistere non possunt, sed et quæ contraria secum ducunt : ut duitas non est contraria trinitati, sed ilia paritatem, hæc imparitatem secum ducit quâ pugnant. Binarius ergô est ad impar, ut ignis ad frigidum aliaque id genus. His ità positis, si quis à me quærat cur calescat, certum aliquod corpus quod mibi fortè ostendit, res-

non la dualité ; que c’est la division qui de un fait plusieurs, et non la participation, l’essence propre à chacune. Si on insistait, tu ne répondrais pas avant d’avoir examiné attentivement toutes les raisons en elles-mêmes. Comme tout cela avait été expliqué avec une clarté telle que le plus ignorant aurait pu le comprendre, il n’est point étonnant que tous les assistants resteraient persuadés que les espèces en elles-mêmes ont une réalité, et que les choses ne reçoivent de nom que par leur participation à ces espèces. Alors Socrate continua : Est-ce que Simmias n’est pas plus grand que Socrate, et Phédon plus petit, l’un par la grandeur, l’autre par la petitesse ? Et ce qui est grand par soi-même, ou par la grandeur, fie peut jamais devenir petit. Donc le même sujet peut admettre les contraires, mais les contraires s’excluent. Mais il est aussi des sujets qui ne souffrent qu’une certaine forme ; si l’on y touche, ils sont détruits eux-mêmes; c’est ainsi que le feu et la neige sont détruits quand on enlève à l’un la chaleur, à l’autre le froid. Un ternaire ne peut exister sans l’impair ; et bien que la forme du ternaire soit autre que la forme de l’impair , la première cependant amène, pour ainsi dire, la seconde et la rend plus parfaite. Or, ce ne sont pas les contraires seulement qui ne peuvent pas subsister ensemble , mais aussi ce qui amène les contraires avec soi; ainsi, la dualité n'est pas contraire à la trinité; mais l’une amène l’égalité, l’autre l’inégalité qui se combattent. Un binaire est à l’impair ce que le feu est au froid, ou toute autre chose du même genre. Cela posé, si quelqu’un me demande pourquoi tel corps pris au hasard de-

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pondéré quidem possum causam esse quôd habeat caliditatem, sed magis illi satisfccero, si speciem calidi nominavero, dixerove ideô quia in eosit ignis et ægrolare aliquem, non quia in eo sit morbus, sed quia febris. Quôd si quis quærat cur aliquid corpus sit vivum, respondebit non quia in eo vita, sed anima quæ vilain secum ducit, ut ternarius imparitatem. Quare ipsa mortem suscipere non potesr, non magis quàm ternarius paritatem : adeôque immortalis est: polest lamen exstingui ternarius, ac tùm succedere poteritparitas; non ergô sufïicit dicere immortalem esse animnm, nisi adjiciamus non posse exstingui Jàm verô aliundè nobisexploratum est Deum et ipsam vitæ formam, et si quid aliud est immortale, etiam indissolubile esse. Nec enim potest indissolubile esse in rebus, si id quod per se particeps vitæ est dissol veretur.

Hic Socrati Cebes assensum præbuit, Simmiasque ipse fassus est non habere se quod ultra objiceret, tantùin rei ipsius magnitudine et humanâ imbecillitate intrà se turbari. Hæc Socrates benignè audivit et crebrâ veritatum meditatione obviàm hisperturbationibus eundum suasit, jàmque à demonstrationibus satis,ut putabat, absolutis ad narrationes quasdam et velut historias de statu animarum post mortem deflexit, quibus mentes fortiùs percellerenlur.

(‘) Sed boc, meàsentenlià, demonslrundum restaliat, quicquid vilæ sit particeps, non posse exliugui. (Nota Lcibnizii manu exarata.)

vient chaud, je puis répondre que c’est parce qu’il contient la chaleur ; mais sans doute je le contenterais davantage si je lui nommais l’espèce de chaleur, si je disais qu’il est chaud parce qu’il y a du feu en lui; et de même, pour la cause des maladies, que c’est la fièvre et non la maladie.

Si quelqu’un demandait pourquoi le corps est vivant, on répondra non pas parce qu’il a la vie en lui, mais parce qu’il a une âme qui naturellement amène la vie ; comme un ternaire suppose l’impair. Cette âme, donc, ne peut mourir, pas plus que le ternaire ne peut devenir pair. Elle est donc immortelle, mais cependant le ternaire peut être détruit et alors l’égalité peut avoir lieu : il ne suffit donc point de dire que l’âme est immortelle, il faut ajouter qu’elle est indestructible. Déjà, d’ailleurs, nous avons vu que Dieu et la forme même de la vie, et toute autre chose immortelle étaient indissolubles. Et en effet que pourrait-il y avoir d’impérissable dans les choses, si ce qui participe par soi-même à la vie pouvait être détruit (*). — Cébès approuva hautement les paroles de Socrate, et Simmias même avoua qu’il n’avait plus rien à objecter, si ce n’est que la grandeur du sujet et la faiblesse humaine étaient la cause du trouble qu’il éprouvait au-dedans. — Socrate écouta avec bienveillance, conseilla de prévenir ces troubles par une méditation fréquente de la vérité, puis laissant là les démonstrations qu’il regardait comme achevées, il crut pouvoir recourir aux histoires et comme aux fables de l’état de l'âme après la mort , pour frapper davantage et

(•) Oui, mais selon moi il restait à démontrer que ce qui participe à la vie est indestructible. [Note de Leibniz.)

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« Et hoc jàm facile agnoscetis, inquit, si anima sit immortalis non liujus tanlùm vitæ, sed universæ futuræ curam nobis habendam esse. Si mors totius dissolutio esset, lucrarentur improbi, quia corpore simul et pravitate liberarentur, nunc verô cùm anima sit immortalis, nulla ei superest malorum declinatio, quàm ut optima et prudentissima fiat. Neque enim aliud ad mânes secum transfert anima quàm cognitionem. » His ità positis, longam et jucundam incepit fabulam narrare de inferis. Animas scilicet corpore egressas per varios anfractus à dæmone (id est genio) duce tandem ad locum destinatum perduci. Ubi ad cæteros venerit, tune omnes malam animam perhorrescere, neminem se ei ducem præbere; itaque vagam errare donec ab ipsâ necessitatc post certas periodos, in habitationem sibi convenientem transferatur. Porrô terram nostram, aere quodam crasso obrutam, quipuros rerum aspectus tam nobis adimat quàm piscibus mare. Sed ut et in fundo maris salsedine, ità hujus aeris contagio apud nos exesa esse omnia. Qui in summum educatur et velut ad superficiem hujus maris perveniat, ei res longé alias appariluras : indè de puriore illâ terrâ disserit gemmis coloribusque fulgentc : quodaerem nobis ætherern illis esse. Varios indè narravit fluvios, Tartarum et Acheronta et Pyriphlegetonta : his üuviis jactari animas, et quas-

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fortifier les esprits. Vous reconnaîtrez aisément, dit-il, que si l’âme est immortelle, ce n’est pas la vie actuelle, mais la vie future qui doit être l’objet de nos soucis. Si la mort était la destruction de tout, ce serait un grand gain pour les méchants d’être délivrés de leur corps et de leur méchanceté ; mais comme l’âme est immortelle, il n’y a pas d’autre moyen de prévenir les maux qui l’attendent que de devenir éclairé et vertueux. Car l’âme n’amène avec elle dans l'autre monde que sa conscience. Cela posé, il se mita raconter une grande et belle fable sur les enfers. Les âmes sorties de leur corps, sous la conduite du démon (c’est-à-dire du génie), sont menées par des chemins détournés vers le lieu qui leur est destiné. Arrivées ainsi auprès des autres âmes, si elles ont été méchantes, toutes en ont horreur, et aucune ne veut leur servir de guide; elles errent jusqu’à ce que la nécessité ellemême, après un temps déterminé, les transporte à l’habitation qui leur convient. Or, notre terre est entourée d’une épaisse couche d’air qui nous enlève le pur aspect des choses tout autant que la mer aux poissons. Et de même qu’au fond de la mer l’âcrelé du sel ronge tout, de même aussi le contact de cet air dévore tout chez nous. Celui qui peut s’élever à son niveau et parvenir jusqu’à la surface de cette mer, celui-là verra les choses sous un aspect tout nouveau. Ensuite, il parla de cette terre plus pure, toute resplendissante de pierreries et de couleurs ; ce qui est de l’air pour nous est un éther pour eux. Il nous dit ensuite le nom des différents fleuves, le Tartare, l’Achéron, le Pyriphlégeton ; les âmes y sont ballottées ; quelques-unes plus lourdes

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dam nimiùm graves, in Tartarum mergi undè nunquàm exeant, alias jactationibus expiari; sed qui piè præ cæteris vixisse inveniuntur, hi sunt qui ex his terrenis locis, tanquàm carcere soluti atque liberati, ad alliora transcendunt, puramque suprà terram habitant rcgionem, inter hos autemquicunque salis per philosophiam purgati sunt, absque corporibus omninô totum per tempus vivunt, habitationesque his ctiam pulchrioves nanciscuntur, quarum pulchritudo neque facilis dietu est, neque præsens tempus ad dicendum suffieeret.

Horum ergôgratiâ quæramusin hâc vitâ virtutem etsapientiam. Præmium namque pulchrum est et spes est ingens. Hæc porrô itàinsingulisliabere se ut narra vi, nemo sanæ mentis dicet, scd talia quædam circà animas et earum sedes periclitando atque tentaudodicere operæ pretium putavi. Honcstum enim periculum est, oportetque hæc quasi carmina quædam, rnajorum ritu, mentibusinfundi. Quamobrem ipse jamdiù protraho fabulam. Quare qui, voluptatibus et ornamentis corporis ncglectis, animam suis propriis ornamentis, temperantiâ, fortitudiue, justitiâ, sapientiàdecoraveritjbonam spem liabeto, cùm fatum vocaverit, migraturque. Et me verô, ô arnici, ut tragicus aliquis diceret, jàm vocat fatum ; et jàm tempus est ut ad lavandum divertam , præstare enim judico, ut lotus venenum bibarn. Surrexit, lavit, quædam cum Critone, cum mulieribus puerisque seorsùm locutus est. Et, his dimissis, cùm

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tombent au fond du Tartare , et y restent plongées éternellement , d’autres y sont ballottées pour leur expiation . Mais ceux qu’on reconnaît avoir vécu dans la sainteté, ceux-là sont délivrés de ces lieux terrestres comme d’une prison, montent vers les lieux élevés ethabitent une région pure, élevée au-dessus de la terre. Parmi eux, ceux que la philosophie a suffisamment puritiés vivent à jamais dégagés de leur corps, et demeurent dans des habitations plus belles que celles des autres. Il n’est pas facile de les décrire à cause de leur beauté, et le peu de temps qui nous reste ne nous le permet pas. C’est pourquoi dans cette vie nous devons cherchera acquérir la vertu et la sagesse, car la récompense est belle et l’espérance est grande. Un homme de sens ne soutiendra pas que toutes ces choses sont précisément telles que je les ai décrites ; mais j’ai essayé, j’ai tenté l’épreuve de vous dire quelque chose de probable; car une telle épreuve est honorable sur les âmes et leurs demeures, et, comme le font les magiciens, il faut en enchanter nos âmes comme d’un philtre. Voilà pourquoi j’ai prolongé si longtemps ma fable. Qu’il prenne donc confiance, celui qui a rejeté les plaisirs et les biens du corps, qui a orné son âme de sa véritable parure, c’est-à-dire de la tempérance, de la force, de la justice, de la sagesse, qu’il prenne confiance quand le destin l’appellera et qu’il faudra partir. Quant à moi, ô mes amis, comme dirait le poêle tragique, déjà le destin m’appelle et déjà il est temps d’aller au bain, car je pense qu’il vaut mieux boire le poison après m’être baigné. — Il se leva, se lava et s’entretintséparément avec Criton et quelques femmes et enfants qui se tro uvaient là . Après les avoir

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yesperasceret, poposcit venenum. — Cui Crito: posse eum adhùc aliquandiù exspeclare, idque alios factitare solitos, qui serô, pasti etiam et fortasse iis quorum amore ducebantur, potiti bibêre. — Tùm Socrates : Mérité illi cùm se lucrari putent , ego mérité aliter, qui nihil aliud lucrarer quàm ut mihi ipsi ridiculus apparerem, velut parcus servator rei cujus nihil mihi ampliùs supersit. — Tùm Crito : Quid ampliùs mandas? — Ego verô nihil, inquit, quàm ut hortationum mearum memores, vestrî curam geratis, quod si feceritis, omnia ex meâsententiâ agetis. — Quæsivit porré Crito : Quemadmodùm, ô Socrates, sepeliri te jubés? — Utcunque, inquit, liber, si tamen me apprehendetis ac nisi ego voseffugero. Acsimulsubridens etadnos conversus: Non persuadeo, inquit, Critoni me esse hune Socratem qui nunc disputo et singula dicta dispono- Sed putat me esse illud quod post videbit cadaver. Itaque corpus meum, mi Crito, sepelito, ut tibi justum videbitur, me verô aliô profectum scito. Intereà venenum allatum est, et Socrates ad carceris custodem conversus: — Cedo, inquit, bone vir, quid me facere oportet, tu enim harum rerum peritiam habes. — Nihil, inquit, aliud quàm post potionem deambulare , quoàd gravari tibi senlias crura, posteà jacere, atque itàtu faciès. His dictis, porrexit calicem Socrali, in quo contritum erat venenum. Socrates verô hilariter, ô Echecrates, ac-

renvoyés, comme le soir approchait, il demanda le poison. — Critonlui fit entendre qu’il pouvait encore attendre quelque temps, comme d’autres avaient coutume de faire, qui ne buvaient le poison qu’après avoir mangé, joui même de leurs amours. — Alors Socrate : Ils croyaient sans doute et avec raison gagner du temps, mais je crois que je n’y gagnerai rien que de me rendre ridicule à moi-même ; pareil à celui qui voudrait épargner une chose dont rien n’existe plus.

— Alors Criton : Qu’ordonnes -tu encore? — Rien, dit Socrate, si ce n’est que mes exhortations ne sortent point de votre mémoire : si vous le faites, vous aurez obéi en tout à mes désirs. — Criton redemanda : Comment, ô Socrate, désires-tu être enseveli ? — Comme il vous plaira, dit-il, si toutefois vous pouvez me saisir et que je ne vous échappe pas. Puis, souriant, il se tourna vers nous : Je ne saurais venir à bout de persuader à Criton que je suis le Socrate qui s’entretient avec vous, et qui ordonne toutes les parties de son discours ; il s’imagine touj ours qu’il va me voir mort tout à l’heure. Ensevelismoi donc, ô Criton, comme tu le jugeras convenable, car sache que je m’en vais ailleurs. Sur ces entrefaites, on apporta le poison, et Socrate se tournant vers le geôlier ; Mon ami, lui dit-il, indiquemoi ce qu’il faut que je fasse, car tu dois avoir l’expérience de ces choses? — Pas autre chose, reprit le geôlier, que de vous promener quand vous aurez bu le poison, jusqu’à ce vous sentiez vos jambes s’appesantir, alors de vous coucher. Faites ainsi. — A ces mots, il tendit àSocratelacoupe qui contenait le poison. Mais Socrate la prit, ô Echecrate,

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