A UN GENTILHOMME DE LA COUR DU DUC DE SAVOIE
Saint François lui parle des entretiens qu il a avec les ecclésiatiques qui vont le visiter : il le prie de le protéger auprès de S. A. contre les calomnieuses accusations.
Année i , 4 avril 1G16.
Monsieur ,
J'ay receu la lettre de S. A. par la quelle elle tesmoigne d'agréer que je face les sermons du caresme venant à Grenoble ; et ay veu par celle qu'il vous a pieu m'escrire le soin que vous avés eu de lire ce que j'escrivois à Sadite A. sur le sujet de la venue de Mon-
Dli S. FRANÇOIS DE SALES. 100
sieur l'Àrcheveaque de Lyon en cette ville. Dont je vous rens grâces, Monsieur, d'autant plus alïeetionnément et humblement que ces bons offices, n'ont origine
que de votre honte et courtoysic, la quelle je vous supplie de vouloir exercer en toutes telles occasions qui îu'arrivent plus souvent que je ne désirerois pas ; plusieurs prélats de France, me faysant l'honneur de in'aymer, et de me vouloir visiter encore qu'ils ne me connoissent pas, peut estre par ce qu'ils ne me commissent pas. Mays, monsieur, ce sont visites de simple pitié et affection spirituelle , n'ayant grâces à Dieu , jamais rien eu à desmeler avec homme de monde, ni ne m'estant jamais meslé , de chose quelconque, qui regarde Les affaires séculières ; et en vérité, onques il ne m'est advenu d'avoir esté seulement essayé par homme qui vive , ni qui ayt esté de ce costé là, qui me rend d'autant plus estonné quand on me dit que les visites de ces seigneurs ecclésiastiques sont considérées comme suspectes, ne pouvant seulement deviner ni pourquoy ni en quoy, puisque mesme , je suis en toutes façons savoyard , et de naissance et d'obligation, qui n'ay ni n'eus jamais , ni pas un des miens, ni office, ni bénifice, ni chose quelconque hors de cet estât, et qui ay vescu tellement lié aux exercices ecclésiastiques, qu'on ne m'a jamais treuvé hors de ce train , et qui suis meshuy tantost envielly dans la naturelle et inviolable fidélité que j'ai vouée et jurée à S. A.
Or , Monsieur , je vous donne la peine de lirc tout ceci, affin que s'il vous plaist de me favoriser en ces occurrences vous sachiés ces généralités de mes conditions, qui sont fondaments comme je croi bien solides pour bastir sur iceux les défenses dont j'auray besoin si ce malheur continue, qui m'a desja si souvent fâché
toujours sans ma coulpe , grâces à Dieu , ainsi que le teins u fait voir, que de plus en plus descouvrira l'invariable ingénuité et franchise que j'ay en mon devoir de sujestion naturelle envers la couronne sous laquelle je suis né et nourri.
Ces jours passés monsieur l'archevesque de Bourges , estant à Nantua vint icy me visiter et une sœur religieuse qu'il y a. De quoy j'advertis soudain monsieur le marquis de Lans , et je croy qu'il aura fait passer l'advis vers S. A. Tout cela , Monsieur , sont offices d'amitié , de civilité et de pijgté rendus à la bonne foy , par ces prélats et que je ne puis empescher par aucune sorte de légitime prétexte, puisque je n'oserois seulement penser de leur faire semblant de la peine que mon esprit a de quoi leur visite me fait regarder. Votre charité, Monsieur , me protégera , s'il lui plaît , et je l'en conjure par celle de notre Seigneur, que je supplie vous être propice et vous combler de ses bénédictions, demeurant pour tousjours ,
Monsieur ,
Votre très humble et affectionné serviteur, François, Évêque de Genève.
L'original est conservé aux archives de la cour de Tarin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Sur le Prieuré de Contamine pour dotation des pères Barnabites de Tlionon.
Anneci, 1G avril 1010.
Monseigneur,
Les grâces que la bonté de V. A. nous a faites me donnent confiance d'en requérir tousjours de nouvelles; puisque même elles tendent toutes à la gloire de Dieu, que vostre piété ne se lasse jamais de servir et accroistre. Les PP. Barnabites sont establiz à Thonon ; reste de les y conserver, et pour cela il est requis que le prieuré de Contamine , surquel leur entretenement est principalement assigné, soit mis en asseurances pour eux, et délivré de la conteste que le sieur abbé Scaglia en fait, ce que la prudence de V. A. fera fort aysément par les moyens convenables. Dieu soit à jamais au milieu du cœur de V. A. pour le remplir de bénédictions , et je ->uis invariablement,
Monseigneur ,
Vostre très bumble, très fidèle et très obéissant orateur et serviteur ,
François, Ev. de Genève.
187e LETTRE.
L'original esl conservé clans Le monastère de la Visitation de Ghambéry (1).
A MA TRÈS CHÈRE FILLE EN N.-S., MA SOEUR MARIE JACQUE- LINE FARRE, RELIGIEUSE DE SAINTE-MARIE , A LYON.
Manière de connoître les bons désirs : ce qu'il faut faire lorsque , dans la méditation , on se trouve inquiété d'imaginations obscènes.
Annecy , le 17 avril 1616.
Je revins hier de Chablais , ma très chère fille , où , grâce à Dieu , j'ay laissé les PP. Barnabites establis selon le commandement de S. A. et du Prince Cardinal , demain je vay consoler madame la comtesse de Tournon sur le trespas de son mary, y estant obligé par le parentage qui est entre nous , et par les obligations que j'ay à la mémoire du décédé. C'est pour vous dire, ma très chère fille, que je vous escris sans loysir, et néanmoins je vous veux répondre aux deux questions que vous m'avez faites cy-devant, car je vois bien que pour
(l)Nous avons déjà publié cette lettre , mais elle a moins de développemens que celle-ci. [Voyez tome 2U des Lettres, n° 374. page 474. )
néant j'attend les commodités de mieux l'aire puysque je suis destiné au continuel accablement du tracas.
Ma trè.s chère fille, il y a deux sortes de bous désirs. L'une de ceux qui augmentent la grâce et la gloire des serviteurs de Dieu, l'autre de ceux qui n'opèrent rien. Lies désirs de la première sorte s'expriment ainsi, je désirerois de faire, par exemple, l'aumosne, mais je ne la fay pas parce que je n'ay pas de quoy, et ces désirs accroissent grandement la charité, et sanctifient l'âme ; ainsy désirent les âmes dévotes le martyre, les opprobres et la croix , qu'ils ne peuvent néanmoins obtenir. Les désirs de la seconde sorte s'expriment ainsi : je désirerais de faire l'aumosne, mais je ne la veux pas faire; Ot ces désirs ne sont pas empeschés par l'impossibilité, mais par la lascheté, tiédeur et défaut de courage, c'est pourquoy ils sont inutiles, et ne sanctifient point l'âme, ni ne donnent nul accroissement de grâce, dont saint Bernard dit que l'Enfer est plein. Il est vray que pour l'entière résolution de votre difficulté, il faut que vous remarquiez qu'il y a des désirs qui semblent estre de la seconde sorte, qui sont toutefois de la première, comme au contraire il y en a qui semblent estre de la première et sont de la seconde. Par exemple nul serviteur de Dieu ne peut estre sans ce désir : O! que je désirerois bien de mieux servir Dieu! Hélas! quand le serviray-je à souhait? Et parce que nous pouvons tousjours aller de mieux en mieux, il semble que les effets de ces désirs ne sont empeschés que faute de résolution. Mays il n'est pas vray, car ils sont empeschés par la condition de i ette vie mortelle en laquelle il ne nous est pas si aysé de faire que de désirer. C'est pourquoy ces désirs en général sont bons et rendent meilleure l'âme les ebaufiant , et affectionnant au progrès. Mais quand en parti-
culicr il se présente quelque occasion de profiter, et en lieu d'en venir à l'effet on en demeure au désir, comme par exemple il se présente occasion de pardonner une injure, de renoncer à la propre volonté en quelque particulier sujet; et en lieu de faire ce pardon, ou renoncement, je dis seulement je voudrois bien pardonner, mays je ne sçaurois; je voudrois bien renoncer, mays il n'y a moyen. Qui ne voit que ce désir est un amusement ainsy qu'il me rend plus coupable, d'avoir une si forte inclination au bien , et ne la vouloir pas effectuer. Et ces désirs ainsy faits semblent estre de la première sorte, et sont de la seconde. Or, maintenant, il vous sera aysé de vous résoudre comme je croy que s'il vous reste quelque difficulté, escrivez-la-moy et tost ou tard je vous répondray de tout mon cœur qui est certes tout vostre , ma très chère fille.
Celles qui sont tendres, des imaginations messéantes es imaginations de la vie et mort du Sauveur, doivent tant qu'elles peuvent , se représenter les mystères simplement par la foy, sans se servir de l'imagination : par exemple mon Sauveur a été crucifié, c'est une proposition Je la foy, il suffit que je l'appréhende simplement sans m'imaginer comme son corps pendait sur la croix; et lorsque les imaginations déshonnestes veulent naistre, il faut se revancher, et destourner par des affections procédantes de la foy. O! Jésus crucifié, je vous adore, j'adore vos tourmens, vos peines, vostre travail! vous estes mon salut. Car, ma très chère fille, de vouloir pour ces sales représentations quitter la méditation de la mort et vie de N. S. ce serait faire le jeu de l'ennemy qui tasche par ce moyen de nous priver de nostre plus grand bonheur. Il faut donc gauchir et se destourner ainsy par le moyen de la simple foy, En vérité je suis sans lia-
tope, mays vous suppléerez par vostrc douceur. J'escriray une autre lois à nia SCOUT (1. iM . et puis à ma sœur 31. A., et cependant je salue leur dilection, que je prie île me bien recommander à N. S. comme aussy ma sœur
1Y. Thérèse et toutes les autres sœurs que je chéris extresmement en la croyance du Sauveur. Je salue monsieur i'anmoenier, et suis tout sien. Adieu , ma très chère fille, à Dieu soyons-nous éternellement pour l'aynicr et bénir sans cesse.
Je salue humblement M. de Saint-Nizier et le R. P. Philippe, et vous prie, quand vous verrez le R. P. Recu m, de lasseurer de ma très humble et sincère affection. Je salue mesdames Vuliat et Colin.
1 88e LETTRE.
Loi igiual se conserve au monastère de la Visitation d'Annecy
A MADAME DE CIIANTAL.
11 lui parle de la maladie d'une des sœurs. Motifs d'espérer la guëi Î500 : ce qu'il faudra faire , en cas de mort , pour sa profession et son enterrement.
A la Roche , le jour de Saint-Jean 1610.
vérité, nia très chère mère, et moi èlout suis grandement touché de la maladie de cette pauvre
ï()0 LETTRES INEDITES
chère fille, digne certes d'être bien aimée. Il faut attendre ce que Dieu fera, et non seulement l'accepter, mais autant que nous pourrons, il faudra l'accepter agréablement et amiablement. J'espère qu'il la nous laissera, il y en a tant d'autres qui sont échappées, après avoir jeté le toc, et qui ont été moins assistées qu'elle ne sera. Toutefois je réplique : Ainsi que la volonté de Dieu sera au Ciel, soit fait en terre.
Si elle étoit prête à passer, on pourroit lui faire faire la profession simplement, en lui lisant devant l'oblation et les vœux qu'elle confirmeroit, sinon qu'elle-même la pût prononcer. On la pourroit enterrer à l'église, car elle est assez bénite en la bénédiction des fondemens que nous fîmes en la position de la première pierre. Il faudroit faire venir le vicaire de Saint-Maurice et trois ou quatre prêtres avec lui pour faire l'office et mettre simplement quatre cierges blancs aux quatre coins du corps. Vous pourriez donner audit vicaire un ducaton, et aux autres prêtres à chacun huit sous d'aumône, afin qu'ils disent messe pour elle. Pour le reste, vous vous conseillerez. Mais qu'elle vive ou meure, je lui donnerai en la sainte messe que je vais dire la sacrée bénédiction de Dieu et de son Eglise. O ma très chère mère , mon cœur , mes esprits et mon âme s'émeuvent en disant ceci ; car j'aime toutes nos filles très cordialement et celle-là avec une spéciale tendreté.
Mais surtout, en pleurant, déchargez bien votre cerveau ; reposez-vous convenablement et vous divertissez le plus doucement que vous pourrez ,• prenez bien souvent des raisins un peu amollis au vin et eau chaude, et en somme ayez soin de vous conserver-là , car ici ne doutez point , je suis un certain homme qu'il n'y a rien à craindre, sinon quand je le dirai moi-même, ma
très chère mère. Saluez el bénissez mille fois ccitc chère fille de ma part , et ma sœur M. Michel.
Dieu soit à jamais notre foui, et sa volonté notre
amour. Amen.
P. S. On negpeut partir que le tems ne saccoise a cause dos ruisseaux, mais soudain qu'il sera remis, je ferai porter la présente.
L original est conçoive- clans les archives delà Visitation d'Annecy.
Saint François fait l'éloge du prince de Piémont, et raconte l'emprisonnement de M. Bonfils.
Anneri , le 14 août 10 10.
Ma très chère fille ,
Je vous écrivis déjà l'autre jour la lettre ci-jointe, mais l'homme qui accompagna M. de Monthouz qui in'avoit rendu la vôtre, ne vint point prendre ma lettre que je sache. Depuis, comme vous avez su, monseigneur le Prince vint ici, à la bonté duquel je suis infiniment, obligé, et avec tout le reste du pays.
Je dois mille et mille actions de grâces à la Divine h. 11
Providence qui nous a donné un homme tout plein de vertu et de bénédictions pour dominer un jour entre nous. Il falloit que mon cœur rendît ce témoignagne à celui de ma très chère fille, de la consolation que j'ai de voir ce prince tout rempli de la sainte crainte de Dieu. ^
Vous pourrez venir ici à votre gré , car notre mère n'aura point de plus grand plaisir que de vous voir; et ne crois pas qu'il y ait aucun danger en chemin; et ne faut non plus faire difficulté pour mademoiselle de Beaufort. Mais voyez-vous, ma très chère fille, vous savez bien cela que la Visitation est toute vôtre , et notre mère et toutes les sœurs, et à mademoiselle de Beaufort, ainsi que vous le jugerez à propos. •
La chère nièce est si grandement consolée , que son âme est comme une petite pouponne aux mamelles de la douceur céleste. Je ne lui ai point parlé qu'une fois, il y a trois semaines; mais je n'ai pas laissé de connoître la bonté que Dieu exerce en elle. En somme, Dieu est bon, et bienheureux est le cœur qui l'aime.
Le sieur Bonfils a été saisi ce soir passé environ les onze heures , et mené prisonnier à Chambéri ou Miolans , par ordre de monseigneur le Prince. On a , quant et quant, cacheté les coffres et son logis. Gela rendra plus malaisé votre payement. Je parlerai à Messieurs de la justice , pour voir ce qui se pourroit faire pour votre payement. Ce bonhomme ne me voyoit point dès il y a quelque temps, et avoit protesté à Seyssel de ne me vouloir jamais aimer sans qu'il eût ni sujet ni raison quelconque de faire telle déclaration.
C'est pourquoi, quoique diverses fois il fût venu ici, je n'avois pas eu moyen de lui parler de votre affaire. Hier seulement, en passant, il me salua et moi lui.
Hélas! ma très < hère fille, Dieu sait si je lui souhaite les biens infinis de la paix, consolation et grâce du Saint-Esprit. Mais à vous, ma tics chère fille, cela ne se peut dire combien mon aine en souhaite et à notre, chère sœur de Mieudri.
P. S. Je salue très humblement madame la Comtesse et Uesdames ses filles et les miennes ; car il faut dire ainsi.
liginal est conservé aux archives de la cour de Turin. A S. A. VICTOR AMEDEE , PRINCE DU PIEMONT.
Saiiit François présente à S. A. un homme qui désire proposer quelque dessein pour Genève.
Aiincci > 23 août 1010.
Monseigneur,
V. A. aura mémoire, que je tu y dis dans sa chainhrc, qu'il y avoit un homme, lequel dès quelques an? avoit désiré de proposer quelque dessein pour Génère à S. A. Maintenant donc il est revenu à moy qui le 1 eus porteur de cette lettre, aflin que si V. A. le treuv< 1 propos l'escoute sur ce sujet. Car à cette
1G4 LETTRES INEDITES
seule intention je l'ay renvoyé vers elle, à laquelle faysanttrès humblement la révérence, Je suis,
Monseigneur,
Votre très humble et très obéissant orateur et serviteur,
François , Évêque de Genève.
191e LETTRE.
L'original est conserve aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL Ier, DUC DE SAVOIE.
Saint François recommande à S. A. un homme qui veut proposer un projet pour Genève : dessein déjà déclaré à S. A. le prince du Piémont.
Anneci, 29 août 10 1G.
Monseigneur,
Il y a deux ans, que ce porteur m'a communiqué un dessein qu'il a pour le service de V. A. et sur la commodité de la présence de Monseigneur le prince, il le lui a déclaré ; et croy que mesme il aura receu commandement de le représenter à V. A., bien qu'à mon advis il ne soit pas temps de rien toucher du costé auquel le dessein vise. Mays en toute façon, j'atteste en bonne foy,
que despuys que j'en ai eu la communication , ce porteur 11a cessé de désirer <le K> proposer, et s'est engagé fii la trouppe, de la(|iielle il es! exprès pour avoir sujet et moyen d'approcher V. A., ainsi qu'u m'a tousjours asseuré et qu'il a désiré que je fisse sçavoir à V. A. à laquelle je fa y très humblement la révérence et suis,
Monseigneur, Vostre très humble, et très obéissant servi-
François , Evêque de Genève.
192e LETTRE.
L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. VICTOR AMÉDÉE , PRINCE DU PIEMONT
Sur l'introduction des pères de l'Oratoire dans la sainte maison de N.-D. de Compassion , pour en empêcher la décadence; et sur leur établissement à numilly.
Anucci , 51 août 16 1G.
Monseigneur,
Puisque M. le président de Lescherame aura l'honneur de vous faire la révérence et qu'il fut l'autre jour à Tonon pour voir , de la part de S, A., Testât de la
EETTltES INEDITES
sainte mayson de N.-D. de Compassion, je nïassetire que V. A. désirera de sçavoir toutes les particularités des défautz qujl y aura remarquez. Et je ne doute point qu'il ne représente à V. A. qu'entre tous les remèdes par lesquelz on peut le mieux empêcher la décadence de ce lieu de piété, l'introduction des PP. de l'Oratoire seroit le plus propre, ainsy qu'estant à Tonon ensemblement, nous l'avions jugé; dont j'ay desjà donné advis à V. A. S., laquelle je supplie très humblement de protéger tousjours cette sainte mayson, comme un œuvre de grande qualité pour la gloire de Dieu, et le lustre du nom de la sérénissime mayson de S. A. de la main de laquelle est sortie cette pièce de dévotion, afin qu'elle ne périsse pas, ou du moins qu'elle ne perde pas , faute de bon ordre , la grande réputation sous laquelle ell' a esté fondée contre l'hérésie et pour'J'accroissement de la sainte religion catholique. Je supplie encor V. A. S. de se ressouvenir de l'establissement des prestres de l'Oratoire en l'église de Rumilly, en l'occasion qui Se présente maintenant, que le sieur de Saunaz, sujet de S. A., un jeune gentilhomme des plus savans théologiens de son âge, y désire contribuer sa personne desjà vouée à cette congrégation et son prieuré de Chindrieu, et que le curé de Rumilly décrépite et extrêmement malade est jugé à mort par les médecins qui asseurent que dans bien peu de jours il décédera; je supplie encor V. A. de jetter les yeux de sa bonté et de son zèle sur les monastères des Cisteaux de Saint-Benoist et de Saint-Augustin, de deçà les montz , où la régie n'est point observée : et où elle ne peut estre restablie , ni mesmes es religions des filles où elle est si nécessaire sans l'exécution des projets que V. A. fit ici en cette ville dont je luy envoyay le mé-
de s. imivncois de sales. 1 f>7
moire l'année passée : et faysanl , ni toute humilité, la révérence à V. A., je demeure,
Monseigneur,
Vostre très humble, très obéissant et très fidèle m i \ iteur et orateur,
François, Ev. de Genève.
ILLETTRE.
L'autographe existe aux archives de la cour de Turin.
Saint François supplie S. A. de s'informer du président Lcscheraine , des abus qui se sont introduits dans la sainte maison de Thonon.
Anncci , 31 août 1GIG.
Monseigneur,
Entre toutes les œuvres de piété par lesquelles V. A. a signalé sa dévotion envers la très sainte Vierge, mère de nostre Sauveur, il n'y en a peut-être point de plus illustre, que celle de la fondation de la sainte mayson de Thonon. Mais pour l'affermir, il faut remédier à quelques defautz qui y sont, et parce que monsieur le prési Lescheraine qui vint sur 1^ lieu aux fi
<!.• PentecMte de la pan de V. A., en sait toutes l« .
particularités, je la supplie très humblement de l'ouïr ou faire ouïr sur cela , et de seconder de sa protection une si digne fondation , qui suys invariablement ,
Monseigneur ,
Vostre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
François , Ev. de Genève.
i94« LETTRE
Tirée du registre des lettres de Saint François de Sales, conservé aux archives de la cour de Turin.
Saint François offre à S. A. le Traité de L'Amour de Dieu.
Le G septembre ICIG.
Monseigneur,
J'offre à V. A. un Traité de V Amour de Dieu que j'ai mis en lumière ces jours passés, non que je l'estime digne des yeux d'un si grand prince, mais afin qu'en ce que je puis je fasse hommage à V. A. lui présentant les fruits de mes labeurs , comme issus d'une personne
qui ne pensera jamais d'avoir rien de plus cher en ce inonde que 1 honneur d'être advoué,
Monseigneur ,
Vostre très-humble, très obéissant et très fidèle t serviteur,
François , Evèque de Genève.
i;)5e LETTRE
Copiée sur l'autographe par M. Pierre Joseph Gervclli , juge au tribunal de préfecture, séant à Acqui.