‹ Nouvelles lettres inâeditesChapitre 40 sur 57 · A MONSIEUR LE PRESIDENT FABRE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE PRESIDENT FABRE

Saint François s'entretient avec lui de plusieurs affaires de sou diocèse, et des différentes personnes de leur connaissance mutuelle.

Le 21 novembre 1620.

J'ai reçu tout à coup cinq de vos lettres ou billets , mon très cher frère, à mon retour dans cette ville du voyage que j'ay fait à Sixt, à Vin, à M élan , pour diverses affaires. Toutes les nouvelles que vous me donnez sont bonnes , Dieu nous fasse jouir des effets entiers de tant de bonne volonté qu'il inspire à notre bon prince. O que l'établissement des PP. de l'Oratoire, réussira heureusement à Thonon et à Rumilly et comme Dieu le favorisera, car voilà Monsieur le Prieur dudit lieu qui, ce soir, m'est venu dire qu'en la recompensation il donnera son prieuré pour les intentions de S. A. et il ne sera nullement mal aisé de le récompenser sur Chindrieu, affin que d'abord les PP. de l'Oratoire soient logés et dans l'église et dans le prieuré à Rumilly. Or il ne sait pas pourtant le projet, si non par conjecture, qu'il tire de l'entrée que fit il y a deux jours M. de Saunaz en l'Oratoire de Lyon , dont il m'a écrit avec beaucoup de tesmoignage de consolation. Pour Ripaille, je

ne pense pas que S. A. y puisse loger plus à propos aucuns religieux que les Chartreux en se réservant ce qu'il lui plaira pour y bâtir son palais. Au reste enfin M. de Chatelard est doyen avec mille contradictions , et avec autant de promesses d'y faire des merveilles, et à moi de faire tout ce que je lui conseilleray. Le bon M. Buccio m'a prié de le vous recommander en son affaire, que son frère vous dira ce qu'est ce me semble grandement favorable. Madame de la Fléchère de Fossigny m'a aussi prié de vous recommander son fds à qui elle dit que vous avez déjà fait bien des faveurs. Certes tandis que sa prestention durera et qu'il y aura apparence qu'elle doive réussir, non-seulement je ne voudrois lui nuire, mais je le voudrois servir de mon sang propre: car comme sa mère est ma très chère fille, je le chéris aussi comme mon fils.

Voilà la réponse de monsieur l'Abbé qui a maintenant dit sa messe avec beaucoup de dévotion. Mon frère et ma sœur de Connillion vous saluent chèrement et vous prient de les excuser s'ils ne vous écrivent si souvent. Notre sœur Marie est toute guérie et reprend grandement son bon visage. Je ne sais plus que vous dire, mon très chère frère pour cette fois, ayant le cœur si oppressé de la douleur de la perte de ce misérable qui vous escrit, que je confesse de n'avoir jamais eu tant de sensible desplaisir, que j'en ay eu : mais parce que je sens encore un peu d'espérance en Dieu pour son retour, je vous écris la lettre ci-jointe afin que vous la lui envoyiez. Qui sait si conservant un peu de crédit sur son esprit par cette voie Dieu s'en servira pour le retirer. Maisje ne sais pourtant que vous dire là-dessus, sinon que bienheureux sont les humbles, car à eux appartient le royaume des cieux. Ce misérable ne fut

LETTRES INEDITES

jamais que vanité. Or sus, Dieu soit à jamais votre tout, mon très cher frère.

264e LETTRE.

L'autographe est conservé aux archives de la cour de Turin. A S. A. CHARLES EMMANUEL Ier, DUC DE SAVOIE.

Sur l'extrême misère de la sainte maison de Notre-Dame de Thonon, et sur les moyens d'y porter remède.

H décembre 1620.

Monseigneur,

L'extrême désolation qui est en la sainte mayson de Nostre-Dame de Thonon ne peut recevoir remède que de vostre sérénissime providence; la pauvreté y est démesurée; et les enfans du séminaire tout fin nuds deschaux et transis de misère ; le prestre de la mayson, et les pères Barnabites n'ont justement que pour manger et habiter et non pour se vestir ; et le reste va très mal en point; mays ce qui est le pis, c'est que cette calamité y fait naistre une lamentable désunion, tandis que chacun s'essaye de tirer à soy le peu de moyens et d'argent qu'on y porte.

Le remède, Monseigneur, à ce mal qui, à la vérité, est de plus grande conséquence qu'il ne semble, consiste en ces pointz.

Le projet de cette mayson a esté fait fort grand et ample et falloit quatre mille escuz pour le soustenir annuellement. Despuys on a de beaucoup amoindris les moyens , qui y devoyent estre employés et pour un seul coup on a osté le prieuré de Nantua , qui sont mille es-

ut>. taANÇÛH m. AâLBS. 283

eus de revenus; et environ deux mille ducatons que S. A. par sa libéralité y a destinés, ne sont pas touches à commodité; il est vray encore, avec tout cela, Monseigneur, que la inauvayse intelligence des membres de cette mayson, et la mauvayse conduite de ses affaires Tapauvrit de plus en plus.

Monseigneur, si Y. A. fait re'ussir le projet d'establir là des vrays prestres de l'Oratoire, en lieu de ceux qui y sont, on sauvera de ce costé là 300 dilatons, car faysant une vie tout à fait commune, il ne faudra aucun gage, connu il en faut aux autres, layssant à part le lustre et le proffit spirituel qu'ilz apporteront; si V. A. fait réussir le dessein d'appliquer toutes les prébendes de Contamine aux PP. Barnabites , ormis cinq ou six ou mesme sept pour y faire faire le service paroissial et célébrer les messes de fondation, on sauvera cinq cents escus de revenu ; et les finances de S. A. deschargées d'autant. Et puis, Monseigneur, si 4c projet de la réformation des monastères et du clergé réussit on trouvera bien encore des bons et gracieux moyens d'accommoder pour le reste. Mays tandis que tous ces biens s'acheminent sous les auspices et par les soins de V. A. Sér., je croy qu'il sera requis que pour le présent elle fasse recevoir l'argent des assignations à ce porteur, le sieur Gilette , affin qu'il en secoure les nécessités pressantes de la ditte sainte Mayson, et je me promets de votre bonté, Monseigneur, que V. A. me pardonnera aysément Vimportunité de cette lettre escritte de la main et du cœur,

Monseigneur, De vostre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur ,

François , Evesque de Genève.

LETTRES INEDITES

265e LETTRE.

L original est conservé au monastère delà Visitation d'Annecy. A UN GENTILHOMME DEMEURANT A PARIS.

Il le remercie d'une lettre qu'il avoil reçue de lui, pleine de lémoiguages de bienveillance,

Monsieur,

Je garde toujours et regarde souvent la lettre que M. le président Fabre, mon frère m'apporta de votre part. Je la garde parce que c'est le seul titre par lequel je vous puis demander l'étroite bienveillance qu'elle promet. Je la regarde pour y voir cette même bienveillance si courtoisement dépeinte, que je ne la saurois voir ailleurs avec plus de douceur et plaisir. Rencontrant donc cette commodité d'envoyer des lettres à Paris au jour anniversaire de celui auquel vous me fîtes l'honneur de m'écrire la vôtre , j'ai voulu vous en rafraîchir la mémoire et vous supplier de me continuer toujours cette même faveur qu'il vous plut me témoigner. Je regrette toujours de n'avoir eu autant de bonheur pour la connoître pendant que je fus à Paris, comme j'ai de devoir maintenant à la reconnoître. Ce que je fais avec toute la sincérité d'un homme , duquel vous avez entièrement acquis le service et volonté, comme je vous supplie de croire et de nourrir cette amitié, que votre seule bonté à fait naître pour m'en favoriser; tandis que de mon côté je prierai Dieu qu'il vous comble de ses grâces et demeurerai inviolablement.

DE S. FRANÇOIS DE SALES. 2cS5

L'original est conservé aux archives de la conr do Turin. A S. A. VICTOR-AMEDEE, PRINCE DU PIEMONT.

Saint François répond à S. A. relativement à l'envoi qu'il fit il y a environ un an , du Mémorial sur la Resiauralion de la discipline

iCilcsiastnjuc en Savoie.

Monseigneur,

V. A. Ser. me commande que je luy envoyé un mémorial de ce qui est requis d'estre impétré à Komine pour la restauration de la discipline ecclésiastique en ce pais. Mais, Monseigneur, V. A. l'a remis à M. Garron dès il y a environ un an , que je l'envoyay, ainsy que m'asseure mon frère qui estoit lors en cour et ne faut en cela que de le faire traduyre en italien ; car quant à la forme, avec laquelle la provision nécessaire doit estre demandée au Pape , il en faut laisser le soin à ceux que monsieur l'Ambassadeur de S. A. employera.

Dieu par sa bonté veuille bientost faire réuscir cette sibonn œuvre, pour ensuite combler de bonheur V. A., De laquelle je suis,

Monseigneur,

Très humble et très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

Fbancois, Evesque de Genève,

267e LETTRE.

L'original est conservé aux archives de la cour de Turin. A MONSIEUR CA.RRON.

Saint François lui rappelle d'avoir envoyé l'aimée passée le Mémorial sur la Restauration de la discipline ecclésiastique], et le prie de le faire chercher.

Monsieur,

Par la lettre que Monseigneur le Sér. Prince m'a fait despécher il nie commande encor de luy envoyer un mémoire des concessions qu'il faut obtenir à Rome pour la restauration de la discipline ecclésiastique deçà les monts. Mays M. de Calcedonie mon frère, m'asseure que vous Monsieur, avés receu les articles du projet qui en fut fait icy et que j'envoyay il y a bien long-temps , et que Monseigneur le Sér. Prince vous l'avoit remis pour les faire traduire en italien , pour les donner à M. d'Aglié qui devoit aller à Rome; il vous playse donq Monsieur de les faire chercher, et comme je croy ils seront aysés à treuver puisqu'ils sont en quatre ou cinq feuilles jointes ensemble; car, quant à la forme en laquelle la demande doit estre faite à Rome, c'est chose qu'il faut qui se fasse à Rome raesme; cependant, Monsieur, je vous supplie très humblement d'avoir un soin particulier de l'introduction des PP. de l'Oratoire à Rumilly par où il faut commencer puysque c'est un affaire qui ne peut souffrir aucun délay; et

excuaéa mon Unportuoité puisque je suis de tout mon cœur,

Monsieur

Vostre très humble et très affectionné serviteur,

François, Evesque de Genève.

268e LETTRE.

L original est conservé dans le monaslèrc de la Visitation de Turin,

V l m GENTILHOMME DE LA COUR DE S. A.

Saint François lui parle du désir de faire donner à M. de Valbouue, fils du premier président Fabrc, l'office de son père, sans gages pendant sa vie; et l'entretient de la situation des bénéfices , curés , cl des religieux de son diocèse.

Vous verrez par la lettre et le mémoire de nostre frère , la proposition qu'il désire estre faite à S. A. ou à Monseigneur le prince. Or, il a une grande espérance que par ce moyen il rendra un bon et fructueux service à la couronne , car ceux qui entendent en l'affaire l'asseurent qu'elle est fort bonne et digne d'estre entreprise. Pour moi , je le désirerois bien fort, et croy que S. A. n'ayant rien à délivrer présentement ni mesme a 1 advenir, ains seulement à authoriser maintenant f entreprise el tirer à l'advenir presque tout le fruit de ce travail, elle accordera volontiers ce qu'on demande j

de quoy ce garçon apportera response puisqu'il va exprès pour cela.

Monsieur le premier président voyant que sa jambe ne luy pourra guère meshuy permettre d'aller aux audiences , avoit fait une pensée de supplier S. A. de vouloir donner son office à son filz Monsieur de Valbonne , qui l'exerceroit dès à présent, et sans autres gages que ceux qu'il a pendant la vie de son père après laquelle il succédast aux gages comm' à Testât.

Or , pour parvenir à cela, il seroit requis d'user des préparatifs ; en quoy vous pouvez obliger l'un et l'autre es occasions , comme seroit de faire naistre des propos parmi les quelz vous puissiés, par ci, par là , jetter dans l'esprit de leurs Altesses et de Madame, les conceptions suivantes :

Que Monsieur le premier président est le plus grand jurisconsulte de ce temps , et que c'est dommage qu'il ne puisse plus si aysément meshuy prononcer les arrestz et se treuver à toutes occasions comm' il faysoit. Que sa maladie luy donne également cette incommodité , et presque asseurance de longue vie , puisque elle le descharge des humeurs peccantes. Que c'estoit une belle chose es occurences de le voir haranguer, et représenter le sénat. Puys que Monsieur de laValbonne paternise en cela , qu'il est grandement eonscientieux , qu'il harangue heureusement et fait fort bien toutes sortes de complimens. Qu'il préside merveilleusement bien et prononce avec beaucoup de grâce les arrestz , qu'il est fort docte, qu'il a esté dix ans au sénat, trois ans juge-mage et trois ans président icy, et que par ces degrés il s'est aquis une grande habitude à bien distribuer la justice, qu'il a environ 38 aage de maturité et propre pour rendre beaucoup de service, Et ainsy semblables cho-

ses les quelles sont fort véritables , de sorte que sans doute il n'y 61) a pas un au .sénat que peut mieux succéda? i[ue luy, car les uns sont si vieux quilz n'en peu- Miit plus, les autres sont bas de naissanee et fort peu bien disans , les autres n'ont pas tant d'estude ni tant d'habileté*. En somme toutes eboses bien considérées , il n'y en a pas un qui à tout prendre puisse mieux ni Mîtes si bien réussir en cette eliarge.

Car à ce qu'on me dit , M. de Montouz est désiré en la ehambre et ne veut pas prétendre ailleurs pour encor. Or , tout cela doit estre discrètement, sagement et dextrement semé comme pour préparatoire et disposition es occurrences. Et Monsieur le Premier espère que Monsieur le Marquis de Valroncey contribuera bien à c et effet de sou costé. Et partant vous pourrez bien en conférer avec luy , mays il faut tenir le tout fort secret. Puis M. le président estant icy où il espère tousjours de venir bien tost , il prendra résolution de ce qu'il aura à faire, et surtout si vous me faites soavoir s'il y pourroit avoir de l'apparence.

Je treuve M. le Prieur de mesme fort à mon gré, propre, bonne mine, bon langage et bon esprit et des moyens suftisans pour bonorer l'office. M. l'abbé que j'ay treuvé fort refait et façonné , m'a grandement prié de vous recommander monsieur le prieur Curtes que son père et ses parens désireroient grandement voir aumosnier de Madame. Si donc vous le jugez à propos, ce seroit bien fait de leur procurer ce contentement.

Ces Messieurs de N. D. ont par commune conspiration un grand désir que vous acceptiez le doyenné estimans qu'ilz ne sçauroyent mieux relever leur église. Leur désir ne peut nuire , et qui pourroit transporter nostre Eglise en la leur , par les moyens et avec les ii. 19

articles convenables , selon qu'on en a parlé ci- devant ; non seulement je ne verrois point d'inconvénient en cela , mais j'y treuverois beaucoup de bien , car comme doyen vous gouverneriés l'un des^chapitres, comme chantre le chœur de l'un et de l'autre uni , et comme évesque tous deux, et tout le clergé de la ville , parmi le quel on pourroit faire renoistre toute sorte de bonne discipline. Et vostre canonicat pourroit estre donné à mon neveu. Mays ce que je vous dis n'est que pour sçavoir vostre pensée sur cette proposition, car cependant monsieur le doyen achèvera son noviciat. Je suis grandement en peine des paroisses d'Armoy et Draillens , pour les quelles on ne sçauroit avoir un liart , et ceux qui les servoyent accablés de pauvreté et de dettes dont je suis respondant, se sont retirés par force. Monsieur le président d'Hostel qui me tesmoigne de l'amitié autant que jamais , me dit qu'à l'advenir on sera payé année par année, mais que pour le passé il faut treuver quelque moyen , que pourtant il ne voie pas; si vous voyez lieu d'en parler à propos, j'en serai bien ayse. Car monseigneur le Prince m'a tousjours asseuré qu'il vouloit que nous fussions payés. Et c'est merveille que cinq cents escus coustent tant à retirer en un sujet si plein de justice et de piété.

J'ay bien envie de sçavoir que deviendra le monastère de Turin , encor que je sois bien ayse que ce retardement donne loysir à ma sœur Fabre de fonder celuy de Clermont, et à Madame de Chantai celuy d'Orléans et de Nevers. Nous avons esté contraint de destiner Madame de Monthouz à Moulins , pour y estre supérieure, par ce que M. Grandis dit que si elle ne changeoit d'air elle mourroit dans peu de semaines , eonim' ell a pensé faire ces jours passés ; et l'office de

nr s. François M salfs. J!)l

maistresse des novices occupoit trop son esprit qui se portera mieux des affaires extérieures.

Nous verrons si M. la Signora D. Gencva, ma très chère fille , viendra ; je voutlrois bien pour le service de Leurs Altesses et de nostre maistressc que Madame de Saint Georges arrestast encor quelques années. Voylà un livre de l'introduction en françois. Le Père Antoniotti l'a bien mieux traduit qu'on n'a pas fait à Rome ; j'attens de sçavoir des nouvelles de nostre P. Général des Feuillans, eonim' aussi de nostre Monsieur l'abbé d'Abondance, selon l'advis que vous m'ave's donné de son affaire que je luy ay fidèlement envoyé. O mon Dieu que Monseigneur le Sérénissime prince aura dr bénédictions si la réformation se fait ; toutes 1 «onnes religieuses sont alarmées de ce que M. l'abbé de Ceyserieu a dit à son retour qu'on les vouloit régler. Les unes veulent prévenir en apparence , mays n'ayant pas de supérieurs réformés, je ne sçai connu' elles pourront faire. Ce sont des tentations parfumées. Nous avons eu icy le père Alexandre Ficber , ces festes de Pentecoste , qui a de grandissimes talens pour prescber excellemment, je dis mieux que plusieurs dont on fait si grand estât.

L'original appartient à la maison Manlegazza de Monza, près de Milan.

A SA PATERNITÉ LE PERE GÉNÉRAL DE LA CONGRÉGATION DES PRÊTRES DE SAINT-PAUL, A MILAN.

Saint François lui recommande un jeune homme, eunuque de naissance , qui désire d'entrer dans la Gongrégration des prêtres de Saint-Paul.

In Aunessi, 0 geunaio 1021 .

Molto Rev. Paclre mio off° ,

Habbiamo qui un giovine di casa honorata , il quale mi è caro per più rispetti ma massime per chè è buon secolare e molto clivoto , hora desidere sommamente di poter entrare nella religiosa congregazione vostra e dubita di non esser ricevuto perché ab utero matris è eunuco. Onde vuole chè io supplichi V. P. molto Reverenda ad esser propizio alli suoi tanto pii desiderii e perché io so chè etiandia è stato assunto al somrao pontiiicato un eunuco , e chè nella compagnia di Giesù vive pur adesso il Padre Valerio Reginaldi author del Thésaurus fort pœnitentialis chè è eunuco molto volentieri, vengo a supplicare V. P. M. R. di voler favorire questo chè con tanto affetto brama di esser admesso allô stato religioso , e chè per altro è di buono spirito mansueto allegro e pio. E cosi pregando il signor

DES. rnwois Ml SALES. 293

Iddio chè a V. P. et a lutta la sua religionc dici ogni vero accrescimento di prosperita resto dilei,

Humiliâsîmo roue lYatcllo e servitore ,

Fbanclsco , Vcscovo di Ginevra.

Très Révérend Père ,

Nous avons ici un jeune homme d'une maison honorable, lequel m'est cher sous beaucoup de rapports , particulièrement parce qu'il est bon séculier et très dévot. Actuellement il désire entrer dans votre congrégation religieuse , et il craint de n'être pas reçu , parce (pie, ab utero mutais, ( dès le sein de sa mère, il est eunuque ); il veut que je supplie V. P. Très Révérende , d'être favorable à ses pieux désirs, comme je sais que l'on a élevé au suprême pontificat un eunuque, et que dans la compagnie de Jésus on compte actuellement le Père Valère Réginaldi , auteur du Thésaurus Jori pœiiitentialis , qui est eunuque, je viens très volontiers supplier V. P. R. de vouloir bien être favorable à ce sujet, qui avec tant d'ardeur , désire devenir religieux, <i qui est d'ailleurs d'un esprit bon, doux, décidé et pieux. En priant Dieu qu'il accorde à V. P. et à tout son ordre, un accroissement de prospérité, je suis son très humble comme frère et serviteur,

l k Ufçois , Evesque de Genève.

29i LETTRES INÉDITES

L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.

AS. A. VICTOR-AMEDEE , PRINCE DU PIÉMONT

Saint François recommande à S. A. le frère Adrian , la réformation des monastères, et l'établissement des frères de l'Oratoire, à Thonon.

Anneci, 50 avril 1621.

Monseigneur ,

Ce porteur, frère Adrian, va auprès de V. A. Sér. pour des affaires de si bonne condition pour le service de Dieu et du publiq, et luy mesme est si zélé sujet de S. A. qu'il n'est nul besoin que je le recommande à la bonté de V. A. Mays puisqu'il le veut , je le fay très humblement, Monseigneur, et avec lui encor l'affaire de la réformation des monastères de deçà les montz et l'establissement si nécessaire des PP. de l'Oratoire à Thonon et Rumilly ; qui suis à jamais de V. A. Sér.,

Monseigneur,

Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur ,

François, Evèque de Genève.

DE S. FRANÇOIS DE SALES. 29t>

27 i« LETTRE.

L'original existe aux archives de la cour de Turin. A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Sur sou voyage à la sainte maison de Thonon.

Annecy* 14 mai 1621.

Ayant receu le commandement de V. A. pour m'achcminer à la sainte mayson, je ne manqueray pas de me rendre à Thonon au premier jour et de luy rendre compte de tout ce que j'y auray fait et treuvé puisque je suis,

De V. A. Sèrénissime,

Monseigneur,

Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

François, Ev. de Genève.

LETTRES INEDITES

L'original est conserve aux archives de la cour de Turin.

A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Saint François met sous les yeux de S. A. la pauvreté de la maison des enfans de Bressieu-Rouer, et recommande une affaire que cette maison a en Piémont.

"^ Annecy, 15 mai 1621.

Monseigneur ,

La multitude des enfans et notamment des filles? qui sont en la mayson de Bressieu-Roiïer, est véritablement cligne d'extrême compassion, or ils ont une prétention en Piémont, la quelle ilz sollicitent il y a longtemps ; et ne peuvent en voir l'issue , qui retient toute cette famille en langueur, et parce qu'ilz ont désiré mon intercession auprès de V. A. affin qu'il luy playse d'ordonner au Magistrat de leur faire bonne et briève justice, je la supplie en toute humilité, Monseigneur, de leur départir cette si juste et charitable faveur, qu'elle ne refuse à personne et que plus que nul aultre je me prometz de la véritable bonté et équité de V. A. Sér., de la quelle j'ay l'honneur d'estre,

Monseigneur,

Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

François, Ev. de Genève.

L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.

A S. A. CHARLES EMMANUEL 1 er, DUC DE SAVOIE.

Sur l'exécution delà réformation des monastères en Savoie.

Annecy , le 14 mars 1C21.

Monseigneur ,

Je feray au plus tost le voyage de Thonon selon le commandement de V. A., ne mepouvant empescher de me resjouir avec elle du commencement qu'elle donne à 1 exécution du saint projet qu'elle fit estant en cette ville pour la réformation des monastères et le bien publiq de l'Eglise en cette province; ne doutant point que comme c'est un très grand service de Dieu, aussi Sa Divine Majesté n'en récompense V. A. des très grandes bénédictions que je luy soubaite incessamment comme estant sans fin,

Monseigneur,

Vostre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et orateur,

P. S. Bien qu'il semble qu'il n'importe pas beaucoup de sravoir. à qui les prieurés et abbayes que l'on veut unir appartiennent, puisque on ne prétend pas d'unir les portions des abbés et prieurés ains seulement celles des moynes. Si est-ce que pour obéir à S. A. je marque

ici les noms des possesseurs des dittes abbayes et des prieurés:

L'abbaye d'Aux est à Monseigneur le Sér. prince cardinal ;

Cheyseri , à R. M. Gaspard Ballon , ausmonier de Madame;

Tamiè, à R. P. François-Nicolas de Riddes, ausmonier de S. A., sénateur au sénat de Savoie qui en est abbé titulaire,

Bellevaux, à M. Aymé Mermonio de Luirieu, commendataire ;

Contamine , à la Sainte Maison de Tonon ;

Chindrieu , à M. Louys de Gerbaix dict de Saunax , clerc de l'Oratoire de Lyon ;

Rumilly, à R. P. F. Bernard de Graillier, titulaire;

Le prieuré du Chesne, à R. P. Robert Jacquerod de Bonnevaux, religieux, talloire titulaire ;

Bonneguette, à la Sainte Maison ;

Saint Paul près Evian, à M. Jean-François de Blonnay, commendataire ;

Silingie, à M. Berard Portier dit de Mieudri, commendataire;

Vaux, à M. Jacques deLosche, commendataire;

L'abbaye d'Entremont, à M. Pierre-Gaspar de Roncas, commendataire ;

Saint Joive près Chambèri, à la Sainte Maison de Thonon;

L'abbaye de Six, à M. Humbert de Mouxi , commendataire.

Pellionex , à. M. Claude Reyder dit de Chpysi, commendataire;

Le Saint-Sépulcre-lès-Annessi, à M. Claude deMeuthon de Montrottier, commendataire ;

Dli S. FRANÇOIS DE SALES. 299

L'abbaye d'Autecombe, à M. l'Abbé de la Mente.

Les monastères des filles appartiennent comme s'ensuit :

Sainte Claire, liors ville de Chambéri, à dame de Ribod;

Bonlieu , à dame de Lucey ;

Sainte-Catherine-lès-Annessi, à dame Péronnc de Cyrisier ;

Le Betton , à dame Saint Agnès.

274e LETTRE.

L'original est conservé aux archivés de la cour de Turin.

Avis particulier pour les nécessités présentes de la sainte maison de NoUe-Dame-de -Compassion, fondée par S. A. , à Tlionon.

Les huit prestres de la congrégation qui font le service en l'église de N. D. et portent la charge des âmes , vivent véritablement en bons ecclésiastiques séculiers sans scandale et célèbrent les saintes messes journalière^ qui ont esté establies.

Mays premièrement l'église n'est pas entretenue proprement, ni assortie des meubles convenables, parce que les ditz prestres tirant un chacun son gage à part, il n'y a pas de quoy fournir aux nécessités communes, les quelles ensuite sont négligées; secondement l'office des heures eanonicales n'y est pas fait avec la bienséance et dévotion extérieure qu'il seroit requis, les ditz <<< lésiastiques n'estant pas duitz et nourris à cela ains seulement assemblés sous la condition des gages.

Ticrcement les maysons sont en mauvais estât, parce que la dite congrégation n'en a point de soin, et ce d'autant que tout le revenu d'ieelle s'employe à l'entretenement des personnes et payementMes gages : de sorte que, l'argent de S. A. manquant il n'y pas où prendre les commodités requises aux réparations.

Quartement le revenu de la ditte congrégation n'est pas bien ramassé parce que chascun y estant à gage particulier nul ne fait le mesnage commun , ains donnent tout le bien à censé, et l'admodiateur gaigne une grande partie, de laquelle par conséquent la congrégation est privée.

L'unique remède à ces inconvéniens seroit de composer cette congrégation non de prestres à gages, mays de vrays prestres de l'Oratoire ainsy que la bulle fondamentale de la sainte mayson porte, puisque mesmement il y en a en France qui pour la communion du langage pourront faire convenablement la charge des âmes, et qu'il y en a qui sont sujetz de S. A. et que tous demeurent entièrement sousmis à la jurisdiction des Evesques, en sorte que l'Evesque de Genève qui sera tousjours#dépendant de S. A. aura l'authorité de les contenir sans qu'il soit nécessaire de recourir hors de Testât. Et ainsy le revenu que possèdent à présent les ecclésiastiques séculiers de N. D. n'estant point employé en gages particuliers , ains estant mis tout en commun, il y aura de quoy faire une congrégation de beaucoup davantage de pères , que mesnageant par leurs frères les biens, auront de quoy entretenir les meubles de l'église les offices et ce qui dépendra d'eux en une grande révérence et politesse : et cette partie de la Sainte Mayson qui est la fondamentale et la quelle paroist le moins paroistra indubitablement le plus et édifiera infiniment.

Et d'autant que Les prestres qui y sont maintenant sont gens de bien, on pourra teur prouYoir dentretenement convenable leur via dînant , estans presque tous vieux, cependant que Ton introduira les PP. de l'Oratoire petit à petit par les moyens qui seront advisés.

Il y a encore un défaut notable en la Sainte Mayson, car il n'y a point de refuge pour les convertis qui néanmoins y doit estre selon la première intention pour la quelle fut érigée eett1 œuvre: de sorte que mesme le sieur de Corsier converti auquel on avoit assigné entretien , non a nulle sorte de commodité et monrroit de faim si d'autres gens que ceux de la Sainte Mayson ne s ineommodoyent pour luy ; et néanmoins il est gentilhomme de bon lieu et duquel la parentée a beaucoup souffert pour le service de S. A.; il est très homme de bien et bon ecclésiastique mais non pas propre pour la charge des âmes. Et de plus il se convertit de temps en temps des honnestes hommes comme de nouveau le sieur de Prez, sujet de S.A. et homme de grande capacité qui demeure tout à fait sans secours de ce i -là.

Or à cela il n'y a point de remède si non en faysant bien revenir les deniers de la fondation de S. A. et ordonner que l'on fasse un établissement particulier pour ce membre de la Sainte Mayson.

A S. A. VICTOR-AMEDEE , PRINCE DE PIEMONT

Saint François recommande à S. A., M. de L'Espine.

Thonon, 1 juin 1G21.

Monseigneur,

Ce porteur, le sieur de L'Espine , se treuvant accablé de la recherche qui se fait par la chambre des comptes des restatz et deniers des quelz feu son père estoit demeuré débiteur et obligé, sans moyen quelconque ni espérance de pouvoir exiger les ditz restatz qui sont deuz par les communes les quelles ont assez à faire de fournir aux charges présentes, il recourt à l'unique remède, qui est la bonté et débonnaireté de S. A. et à la vostre, Monseigneur, affin qu'il luy playse d'estre propice à son impuissance , et le délivrer de cette recherche , et parce qu'il est grandement chargé d'enfans et d'ailleurs homme d'honneur, je l'accompaigne de ma très humble supplication et recommandation auprès de V. A. Sér., de la quelle je suis,

Monseigneur,

Très humble , très obéissant et très fidèle serviteur et orateur,

François, Evêque de Genève.

L'orginal appartient aux archives de la cour de Turin.

A S. A. VICTOR-AMEDÉE , PRINCE DU PIEMONT.

Saint François envoie à S. A. le rapport sur la sainte maison de Tlionon, et lui parle du besoin de réformer le clergé, tant séculier que régulier de la Savoie.

Annecy, 12 juin 1G2I.

Monseigneur,

V. A. verra par le résultat ci-joint ce qui a esté treuvé bon pour les sieurs de Lesclieraine et Bwtier et moy touchant Testât présent de la Mayson de Thonon , en la visite que par le commandement de S. A. et de la vostre , Monseigneur, j'y ay faite ces jours passés.

Mais les moyens de remédier aux manquemens qui y sont je les ay mis à part en un feuillet que je joins à cette lettre, la quelle je finis suppliant très humblement V. A. de ne se point lasser en la poursuite et résolution que Dieu luy a inspirée de faire au plus tost réformer l' estât ecclésiastique tant régulier que séculier de la province de deçà estant chose très asseurée, que Dieu contreeschangera ce soin de V. A. de mille et mille bénédictions que luy souhaite incessamment,

Monseigneur, Vostre très humble , très obéissant et très fidèle serviteur et orateur,

François , Eveque de Genève.

277e LETTRE.

L'autographe est conservé aux archives de la cour de Turin. A S. A. CHARLES-EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Sur la sainte maison de Nolre-Dame-de-Compassion , et sur les moyens de la faire fleurir.

Annecy, 12 juin 1621.

Monseigneur,

Ayant visA* la Sainte Mayson de Noire-Dame-de- Compassion , elle en recevra la relation , qui est toute la mesme que celle de Messieurs de la chambre des comptes, et verra, s'il luy plaît, les nécessités qu'il y a d'y faire des establissemens permanens pour la faire fleurir selon la très pieuse intention de V. A. qui l'a fondée, de quoy escrivant un mémoire à part dans le paquet que j'adresse à Monseigneur le Sér. Prince , pour moins importuner V. A., il ne me reste que de continuer mes supplications à Dieu qu'il fasse de plus en plus abonder V. A. en ses saintes bénédictions , qui suis à jamais et invariablement,

Monseigneur , ,

Votre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

François , Ev. de Genève.

278e LETTRE.

L original est conserve aux archives de la cour de Turin.

A S. A. CHARLES-EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Saint François parle à S. A. de la réforination des religieuses audelà des monta , et de celle des Chartreux de Ripaille el d'Aux.

Annecy, 12 juin 1691.

Monseigneur,

Puisque j'ay occasion d'escrire à V. A. Sér. , je la supplie très humblement d'avoir aggréable que je luy représente l'extrême besoin qu'ont les religieuses de Cisteaux de deçà les mons, et celles de Sainte-Claire hors la ville de Chambéri (sujettes au général des Conventuelz surnommés de deçà de la Grand'-Manche), d'estre ou réformées, ou changées selon le projet ci-devant envoyé à V. A. , et cela est d'autant plus désirable que la pluspart des religieuses mesme le désirent et souspirent après ce bien.

J adjousteray de plus, Monseigneur, qu'il seroit requis pour l'establissement des PP. Chartreux à Ripaille et en 1 abbaye d'Aux, que V. A. commandast et fit commander par leur général au P. D. Laurens de Saint-Sixt, leur procureur en Savoye , de se rendre auprès d'elle terminer ce projet ainsi qu'il est requis.

Car, Monseigneur, de réformer ces religieux d'Aux qui y bout maintenant, il est impossible. M. l'abbé de h. 20

Tamie a fait ce qu'il a peu pour cela; et M. le président de Lescheraine ayant esté là cette semaine au retour de Tonon , y a trouvé un si extrême scandale qu' il ne sçait plus qu'en dire. Et par aventure , Monseigneur, qu'il seroit à propos que V. A. ou Monseigneur le Prince Cardinal appelast le dit sieur Président pour ouir plus de particularités sur ce sujet et sur celuy de la Sainte-Maysou que les escritz n'en peuvent déclarer, ce que je dis d'autant plus volontiers que j'ay reconnu au dit sieur de Lescheraine une grande suffisance d'esprit et beaucoup de bon zèle. Dieu par sa bonté fasse de plus en plus prospérer V. A., de la quelle je suis tout à fait ,

Monseigneur,

Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

François, Ev. de Genève.

279e LETTRE.

L'original existe aux archives de la Religion des saints Maurice et Lazare, à Turin.

Mémoire sur les bénéfices situés en Chablaix , que demande l'éTfi. que de Genève.

Outre tout ce que les ecclésiastiques tiennent maintenant, l'Evesque de Genève demande :

Les censés de Bellerive pour deux ans;

Les prétentions que les dits seigneurs chevaliers pourroyent avoir sur Vullioiniex avec tout ce qui dépend du dit Vullioiniex ou eu dépendoyt ;

Pouvoir de racketter tous les biens dépendant des cures et chapelles de quelle nature qu'ils puissent extre. Et parce que les seigneurs chevaliers rachetant les biens des autres bénéfices pourroyent ou par mesgardes ou autrement prendre les biens des cures en guise des autres seront obligés monstrer les contracts aux députés de l'évesque , par lesquels il sera regardé si les dits biens sont ou aux cures ou aux autres bénéfices.

L'autographe appartient à madame la comtesse Beuso de Gavour, née de Sales, à Turin.

A MADAME DE CHANTAL

Saint François insinue à la sainte mère de soigner 6a santé; il lui parle des affaires des monastères, des constitutions , du désir de deux monastères romains de se réduire sous la règle de la Visitation , et l'entretient de différentes personnes de leur connoissance mutuelle.

Le 21 septembre 1G21.

Je viens finalement à vous, ma très chère mère, pour vous dire que j'ai receu trois de vos chères lettres, et vous rends grâces du soin que vous avez de mrescrîre ainsy souvent, aussi est la plus grande

308 LETTilES INÉDITES

consolation que j'aye en ectt' espèce , car vos lettres sont en comparaison de toutes les autres ce que m'est votre chère ame en parangon des autres, selon qu'il a pieu à Dieu de le faire. Vous avez donc este bien malade, puisque votre cœur n'a pas peu dissimuler qu'il ne pouvoit pas donner assez de force à votre corps pour aller à Bourges. Ayez en soin encore de ce corps , car il est à Dieu, ma très chère mère. Ce qui ne se peut faire aujourd'hui se fera demain, et ce qui ne se peut faire ici se fera au Ciel.

Le porteur, M. Crichaut, que j'aime grandement, vous dira en quel estât nous sommes en ce pays ; et dans quinze jours ou trois semaines nous verrons, comme j'espère , clair en nos affaires. Alors si je voy qu'il soit à propos, je vous envoyerai un homme pour vous accompaigner. Si moins je vous laisserai encore là en paix , quoy qu'avec quelque sorte d'impatience de vous revoir de deçà, puisque, comme vous m'escrivez, l'air de Paris ne vous est pas salutaire.

Voilà les constitutions, de sçavoir si en les faisant réimprimer il faudra les faire de rechef appreuver par les docteurs de Paris : c'est à l'imprimeur dte le sçavoir. Je pense, quant à moi, que non, puisque mesme M. de Damas, qui a appreuvée la première impression, est docteur de Paris. Il est vray qu'il ne faut plus recourir à Rome, puisque on peut éviter cet incomparable tracas qu'on y a en telles matières. Le Pape a ouctroyé encor pour dix ans le petit office , reste de sçavoir si on fera tirer le despèche, car il coustera encore peut-

estre beaucoup.

Deux maysons de congrégation de Provence, qui ne sont es terres du Pape, veulent estre réduites en monastères «.le nostre institut et en ont escrit à Grenoble,

DE S. l'HANCOlS DE SALES. 301)

afïin d'y pouvoir envoyer des filles pOttT faire le noviciat ; si cela réussit ce sera par l'ordre de Rome, et cela affirmera de plus en plus L'approbation, eomm' aussi un autre monastère ancien 3e la val d'Aouste, qui fera mesme supplication. En somme, si ces examinateurs et censeurs sans authorité, qui font tant de questions sur toutes choses1, se peuvent donner un peu de patience, ils verront que tout est de Dieu. Je ne pense pas qu'il faille pour encor employer votre argent en des chandeliers. J'en diray la rayson à M. Grichaut, si je m'en resouviens tantost qu'il va partir. M. Jentat ne part pas encor, et je réserveray à ce tems-là d'eserire à beaucoup de daines auxquelles il ne m'est pas possible de faire response maintenant. Je reçeu hier des lettres de Paris, mais je n'ay eu loisir encor de les voir, à cause de nos troubles qui m'entretindrent hier au soir bien tard avec M. le Président, pour conférer de plusieurs choses. O certes ! il est vrai , la mort de M. de Termes ma infiniment tourmenté le cœur ; je ne puis m'empescher que je n'en sente de temps en temps des vives atteintes. Mays il est bien heureux d'estre mort si chrestiennement et pour une si juste cause. Je recommande à Dieu M. votre fils et votre beau-fils et M. votre neveu , et tout ce à quoi votre maternité m'oblige. J'ay grand' envie d'eserire à notre Monseigneur l'Arche- * '^uue quand il sera dehors de Bourges, Il me semble que Dieu l'ayme bien. J'escriray à nos sœurs Anne- (>atherine-Jeanne-I\Iarie et Hélène- Angélique. Nos sœurs d ici sont toutes bien , et nous avons des braves et douces novices que j'ay confessées avec les autres pour l'extraordinaire d'aoust, et je les trouve à mon gré. Il y a quantité de bonnes et braves postulantes, non en la niayson car il n'y en a plus, mays parmi ce pays. Quand

LETTRES INEDITES

je sçauray ce que je pourray faire pour ma très chère fille de Port-Royal, je le feray mays de quel cœur. C'est beaucoup que sa mère soit gaignée. Hier je receu une lettre de Madame la Première de Bourgoigne, qui m'escrit que nos sœurs seront receùes à Dijon pour la St.- Martin. Si cela est, voylà une nouvelle peine pour vous. Je n'ay point veu Madame de Royssière ni ne sçai pas où elle est; bien que par la lettre de Madame la Première, il semble qu'elle ne soit plus à Dijon.

Il sembleroit bon que l'on mît es constitutions que la supérieure puisse changer les officières à son gré parmi l'année, mais je n'ay pas eu le loysir de l'insérer : faites-le, s'il vous plaît, à l'endroit le plus convenable. En somme je me porte bien , mais je confesse que je suis plus accablé d'affaires que jamais. Mon diocèse m'en donne à cause de quelques accidens et d'une prétention que M. Crichaut vous dira. Le bon père Binet ne me presse point de vous laisser. Je luy escriray par M. Jantat et Madame la marquise de Menelay, qui me sont si cordialement. Nous vivons de règle quant au manger, et je n'escris plus le soir parce que mes yeux ne le peuvent pas porter ni certes mon estomach. Il ne tiendra pas à moy que je ne soys longuement vieux. J'escriray par M. Jantat à Orléans à nostre supérieure, et à toutes nos soupérieures, et à la bonne mère des Carmélites d'Orléans , et à la sousprieuse. Cette bonne mère m'est

une si parfaitement bonne fille déjà il

y a vingt ans. Dieu vous conserve, Dieu vous bénisse, Dieu vous remplisse de plus en plus de son très saint amour. Amen^ ma très chère mère.

DE S. FHANr.OIS DE SALES. 311

iBf! LETTRE.

L'original existe aux archives de la cour de Turin.

A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Saint François remercie S. A. de l'avoir conservé au service de Madame , et d'avoir choisi j pour page de Madame , un des en fans de son frère.

Anneci^l octobre 1621.

Monseigneur,

C'est la plus grande ambition, mays la plus juste que je puysse avoir, que celle d'estre conservé au service#de Madame, puysque V. A. par sa seule bonté m'y a appelle, et parce que ma charge ne me permet pas d'y rendre mon devoir par ma présence non plus que mon insuffisance d'y estre utile. Je remercie en toute humilité V. A. de quoy elle aggrée que l'un des enfans de feu mon frère entre au nombre des pages de Madame pour apprendre en son enfance les premiers élémens de ce service, auquel sa naissance l'oblige de faire l'employ , de toute sa vie, tenant lieu d'une marque visible, que V. A. me fait l'honneur de m'advouer, Monseigneur,

Son très humble , très fidèle et très obéissant orateur et serviteur,

François, Evêque de Genève.

LETTRES INEDITES

28a<= LETTRE.

L'original appartient à madame la comtesse de Camerano , née de Tornon.

A MADAME DE CHANTAL

Saint François lui parle d'acheter la maison de mademoiselle de vCreil , pour y établir probablement le monastère.

Ma très chère mère, voicy le conte de ma journée ayant passé toute la matinée à Saint-Germain , et deux heures qu'au chemin qu'en chaire, et une heure et demie avec des dames qui me sont venu voir ; après le sermon, j'ay treuvé le bon M. Berger, qui ira voir M. le Grand-Vicaire pour luy annoncer et faire treuver bon le jour auquel vous commencerés à paroistre, estimant que ce compliment estoit nécessaire. De là, je suis allé chez Madame la marquise de Verneuil que j'ayme certes bien, car ell' est à mon advis bien franche. Or, elle m'a dit enfin qu'il failloit prendre la mayson qui est près de l'hostel de Guise et qui est , ce dit-elle , à Madamoiselle de Creil; et qu'elle la nantira d'une rente, qu'elle respondra de valoir 24 mille escus ; dont par après vous luy tiendrés conte à commodité ce qu'elle veut donner de trait. Elle dit plus, que l'hostel du cardinal de Guyse qui est proche de cette mayson , nous sera encore vendu si nous voulons. Mais prenés garde

Dl s. François DE SALES. 3 I 3

néanmoins qu'on ne luy desrobe pas ses tapisseries. No \oylà pas une bonne négociation ? Dieu soit au milieu de nostre cœur, ma très chère mère.

283e LETTRE.

L'original existe dans les archives de S. M. la reine de Sardaigne , Marie -Christiue .veuve de S. M. le roi Charles-Félix.

SAINT FRANÇOIS DE SALES A LA MERE SUPERIEURE DE LA VISITATION DE SAINTE-MARIE, A LYON.

Sur les vérités de la Foi.

28 novembre 1G21.

Selon votre lettre, ma très chère fille, du 14e novembre , nous avions desjà pensé de choysir icy une supérieure pour Valence, mais Dieu soit loué, de quoy pour maintenant vous n'en aurez pas besoin, puisque par sa miséricorde celle qui y est, est hors de danger, ainsi que vous nous escrivez du 19 de ce mesme moys, et je suis grandement consolé de ce que vous me dites qu'elle et ses compaignes sont si bien disposées à souffrir pour Nostre-Seigneur, qui ne leur aura pas donné ce courage qu'avec plusieurs autres vertus ; je vous prie par la première commodité de les bien saluer toutes , spécialement la supérieure, la fondatrice et mademoi- I a Gamelle. J'ay certes grande compassion du cœur de la mère de vostre malade ; car qu'en bien qu'en vérité cet accident de la fille soit honorable devant Dieu

LETTRES INEDITES

et ses Anges, et par conséquent doyve estre souffert avec amour et douceur, si est-ce néanmoins que je sçay combien les cœurs des mères sont tendres et sujets à s'inquiéter en des pareilles occasions, es quelles selon les yeux vulgaires des hommes, il y a quelque sorte d'abjection, et c'est l'abjection des maux qui mortifie principalement l'esprit du sexe ; que si j'ay du loysir j'escriray quatre motz à ceste bonne mère. Les vérités de la foy sont quelquefois agréables à l'esprit humain , non pas seulement parce que Dieu les a révélées par sa parole et proposées par son Eglises, mais parce qu'elles reviennent à nostre goust, et que nous les pénétrons bien , nous les entendons facilement et sont conformes à nos inclinations, comme par exemple, qu'il y ait un paradis après cette vie mortelle, c'est une vérité de la foi ( le reste comme dans le volume x, lettres ni, lettre 598, pag. 371 jusqu'à ). Voilà ce qu'il m'a

semblé vous devoir estre dit sur vos deux demandes. Je désire fort de scavoir comme vous aurés fait sur la ré-

ception de la fille, pour laquelle M. de Saint-Nizier faisoit difficulté. Je vois bien qu'il n'y aura pas loisir d'escrire à nostre sœur Colin, c'est pourquoy je vous prie de la saluer cordialement de ma part, et de me recommander à la miséricorde de N. S. , puisque je suis de tout mon cœur parfaitement et tout à fait invariablement tout vostre , qui salue toutes nos sœurs et M. Brun.

DS Si l-T»\Nr.ois ni: êéOJLS, 315

284e LETTRE.

L'original est conserve dans les archives de la Visitaliou d'Annecy.

A MADAME DE CHANTAL

Saint François la rassure contre les craintes d'une guerre entre la Savoie et Genève; il lui parle de plusieurs affaires.

Enfin, ma très chère mère, M. Cricliant est Jonc arriva puisque, comme je vois par votre dernière lettre, vous avez reçu celle que je vous envoyois par lui ; mais je suis marri de l'alarme que vous avez prise pour l'état de nos affaires de deçà, qui grâces à Dieu, jusqu'à présent, n'a rien d'extraordinaire, si non que ceux de Genève s'étant mis en extrême défiance, font contenance de se préparer à la guerre, mais on ne croit pas pourtant qu'ils veuillent commencer, puisque s'ils l'entreprennent sans le commandement du Roi, ils seroient tout à fait ruinés, et l'on ne peut se persuader que Sa Majesté les veuille porter à ce dessein , de sorte que nous dormons les nuits entières et fort doucement sous la protection de Dieu.

Nous avons vu Madame de Royssieu, qui n'eut loisir de demeurer ici que deux jours : elle nous a dit tout ce qui s'est passé à Dijon , où il sera à propos que vous arrêtiez deux ou trois mois pour appaiser ces messieurs du parti contraire qu'il faut combattre et abattre par la

douceur et humilité, encore qu'à mon avis nous ayons l'avantage, puisque M. le duc et Madame la duchesse de Bellegarde, Madame de Termes et la plus part du parlement est pour nous, et particulièrement M. l'Evêque de Lan grès qui a le zèle, la prudence et l'autorité apostolique en ce pays là, et qu'outre cela nous aurons l'assistance de Monseigneur notre bon Archevêque.

Madame de Royssieu m'a dit que M. le premier Président avoit quelque amertume contre moi, à raison de ce qui s'est passé de la part de M. de Sauzéa, en quoy, s'il est vrai, il a un tort très grand, car non seulement je n'envoyois par M. de Sauzéa au Puy-d'Orbe, mais avec toute la dextérité qui me fut possible , je m'essayai de divertir la poursuite que l'on faisoit pour l'y attirer, comme sachant bien que son courage étoit trop fort et trop verd pour la conduite d'une telle maison, que je voyois devoir être conduite doucement et avec respect ; mais , ma très chère mère, je vous supplie de ne point parler de ceci, si vous ne voyez tout à fait qu'il en soit tems, et je crois que son cœur se laissera gagner par la vérité, puisque même, comme m'assure Madame de Royssieu, Madame la première Présidente est toute portée à nous favoriser, comme aussi elle me l'a témoigné par une sienne lettre, et que la bonté et sin-. cérité de son cœur me le fait croire fermement.

Nos sœurs de Grenoble avec leur père spirituel, M. d'Aoste, qui est un grand serviteur de Dieu, désirent que l'on fasse imprimer le formulaire de la réception des prétendantes au noviciat, et des novices à la profession , avec les règles et les constitutions ; mais je crois pourtant que cela doit être en deux petits volumes, et que le formulaire des réceptions soit en lettres assez grosses pour être lues aisément.

J'ai grandement regretté la mort du bon M. le comte de Fiesque, qne j'honorais certes avec amour, dès il y a tantôt vingt ans que j eus le bien de le voir à Paris, à quoi ii m'avoit même oblige à ce dernier voyage qujil me fil la laveur de me voir de si bon cœur chez les PP. de l'Oratoire, mais je me réjouis de quoi ayant vécu si dévotement, on ne peut douter qu'il ne soit trespassé saintement entre les bras de la miséricorde de Dieu, ni même qu'il a exposé sa vie pour une si juste et digne cause. Je me suis imaginé en cette occasion là les douleurs du cœur de Madame la Comtesse, sa chère femme, et n'ai pu contenir le mien d'en recevoir de la tendreté, bien que j'ai eu confiance en Dieu à qui elle est qu'il la tiendrait de sa main paternelle, en la tranquillité et résignation qu'il a accoutumé de donner à ses en fans bien aimés quand ils sont afiligés. Je ne me ressouviens pas d'avoir jamais vu cette dame qu'une fois chez Madame de Guise, où je ne lui parlai presque point, et une autre fois chez M. de Monthelon, où je l'entretins environ une heure; mais je confesse la vérité que je trouvai son âme tellement à mon gré, que je ne puis ne la chérir pas et ne l'estimer pas autant qu'il m'est possible , et je lui écrirais fort volontiers pour le lui témoigner, si ce n'étoit la pensée que j'ai que vous ferez aussi bien cet ofiiee pour moi comme moi-même, puisque vous connoissez mon cœur comme le vôtre, lequel je vous prie de lui offrir avec mon très humble service.

Je suis extrêmement consolé que cette bonne dame ait été soulagée en ses douleurs parmi nos sœurs de Bourges., qui , je m'assure, auront réciproquement reçu grand contentement de sa présence; et à ce propos, ma très chère mère , je ne fais nulle difficulté que les ÉvêqueSj et en leur absence les Pères spirituels des maisons

de la Visitation, ne puissent, ains ne doivent charitablement faire entrer les dames en telles occurrences, sans qu'il soit besoin quelconque que cela soit déclaré dans les constitutions, par la douce et légitime interprétation de l'article du concile de Trente qui est mis en la constitution de la clôture, car on le pratique bien ainsi en Italie et par tout le monde, même pour des moindres occasions ; car je vous laisse à penser si l'on fait bien entrer des jardiniers , des jardinières, non seulement pour l'agencement nécessaire des jardins, mais aussi pour les embellissemens non nécessaires, ains seulement utiles à la récréation , comme sont les berceaux , les pallissades, les parterres, les entrées de telles gens étant jugées, non parce que ce qu'ils font soit nécessaire, mais seulement parce que ces gens là sont nécessairement requis pour faire telle besogne, si nous ne pouvons pas justement estimer l'entrée des dames désolées par quelque événement inopiné être nécessaire, quand elles ne peuvent pas aisément trouver hors du monastère les soulagemens et consolations si convenables. En Italie tout communément on fait entrer les filles des quelles on craint en quelque sorte le péril de leur pudicité ; les mal mariées, quand elles sont en doute d'être grandement maltraitées de leurs maris ; les filles qu'on veut instruire non seulement en la dévotion, mais aussi à lire, écrire, chanter, de sorte qu'à mon avis M. de Langres pourra prendre résolution sur cela , qui suffit es occasions de grande piété qui tiennent lieu de nécessité morale , et qui à mon avis n'a pas dû être exprimé , pour éviter la censure de tant de gens qui ont tant de complaisance à contrôler semblables choses, selon le zèle qu'ils se forment en leur rigueur.

Je vous ai déjà écrit que vous preniez la peine de

voir si rien n'aura été oublié es constitutions, afin que vous le fassiez ajouter ; car je ne puis jamais gagner tant île loizir, que tout ce que je fais ne se ressente de mon tracas, et me semble qu'il va tous les jours croissant.

Vous pourrez bien, ma très-chère mère, complaire à M1Ie la princesse de Montpensier , en ce qui regarde l'addition des commèmoraisons des saints qui occurrent, et de Paris porter cet usage es monastères dans les quels vous passerez venant à Dijon, et de Dijon ici, m'étant avis que la grande pieté et vertu de cette grande princesse mérite que l'on reçoive ses désirs, comme quelque sorte d'inspiration.

M. Duret qui vous présenta sa petite nièce, tandis que nous étions là, m'avoit, il y a quelque mois, prié de vous remercier avec lui de la réception de cette fille; mais maintenant il me fait prier de vous ramentevoir le désir que je vous avois témoigné pour la consolation de cette iille et de ses parens, qui me fait croire qu'il y a eu quelque changement en cette affaire, ou bien qu a la façon de la Cour il désire mon remercîment pour engager davantage celle à qui il sera fait, mais comme que ce soit, en tout ce qui se pourra bien et légitimement passer, je vous le recommande comme mon bon et ancien ami.

M. Ci ichant m'a dit que notre très chère et très bonne Mllc Villesavin avoit une de mes lettres qu'elle aimoit bien fort, et parce que je croîs que ce soit celle par la quelle je lui envoyai X Exercice du Matin et de la Réunion a Dieu, que j'écrivis avec une grande affection, je vous prie de lui en demander une copie dextrement comme de vous-même, m'étant avis que l'affection que je porte à cette âme me fit exprimer mieux qu'à mon ordinaire.

Pavois écrit jusqu'ici quand j'ai reçu votre lettre du 2G octobre, la quelle me donne sujet de vous supplier, comme je fais de tout mon cœur , de ne vous mettre nullement en peine de ce qui se passe en ce pays-ici, puisque, comme vous dira M. de La Pesse, présent porteur, grâces à Dieu , il n'y a rien à craindre.

M. Cri chant m'a véritablement écrit du brûlement des deux ponts , mais il ne me donne point avis comme ce sera passé cet accident pour le regard de Mme Bondeau, marchande gantière, qui demeuroit sur le Pont aux Oiseaux , de la quelle je ne puis pourtant m' empêcher d'être en souci , et à la quelle j'avois écrit par luimême.

Je fais réponse au Rév. P. Binet. Après que vous l'aurez vue, je vous prie de la lui faire recevoir cachetée. Quant au bon M. Duval, je crois que s'il eût été à ma place , il eût fait comme moi , qui encore à présent ne me puis résoudre que comme j'ai fait, estimant de ne pouvoir nommer un meilleur arbitre en l'affaire dont il s'agit que le Pape , le quel accordant la demande de Port-Royal, témoignera suffisamment de la volonté de Dieu et spéciale, puisqu'il s'agit d'un point où il y a beaucoup de difficultés.

Mme de Villeneuve ne m'écrit nullement de i affaire de notre chère sœur Hélène-Angélique, ni de rien qui en approche ; mais M. Crichant m'écrit bien que M. et Mlle d'Interville désireroient extrêmement que vous fussiez présente à la profession de cette très chère fille, à la consolation de la quelle je ne sais ce que je ne voudrois pas contribuer ; or pour toutes telles affaires , il me semble que vous pouvez vous résoudre plus aisément que je ne saurois faire ici, puisque ce que vous voyez sur les lieux mêmes vous donne meilleure instruction que

DE S. FRANÇOIS DE SALIS. <\2l

je non saurois prendre; c'est pourquoi je vous supplie Je nous servir en cette occasion à*ë votre propre jugement ; car, comme VOUS dites, il se pourroit bien faire que les affaires de Dijon vous donneroient assez de loisir pour être encore à Paris au mois de février ; attendu même qu'aussitôt que j'aurai l'assurance de cette affaire, et que je saurai comme elle se devra conduire, j'écrirai à notre grande fille de Montf errant , aiin qu'elle aille vous attendre là, et parmi tout cela, il se passera fort aisément deux ou trois mois.

Certes et moi aussi je désirerois bien fort de revoir la bonne MI,U la présidente Amelot, mais je ne le désire pas pourtant, puisque je ne vois rien qui me puisse faire espérer ce contentement en ce monde. 11 faudra donc attendre après cette vie; cependant je vous prie de la saluer très chèrement et très cordialement de ma part.

Je recommande à Dieu le cœur du bon M. de Marillac, qui, je m'assure, a bien su trouver une sainte et véritable consolation au déplaisir de sa perte.

Je me ressouviens fort bien d'avoir vu M. Guichard , et à Paris du Belley.

ii. 2J

IETTRES INEDITES

L'original est conserve aux archives de la cour de Turin.

A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Saint François recommande à S. A. l'affaire de la restauration de la discipline ecclésiastique , et lui envoie la note du nécessaire pour établir les PP. de l'Oratoire à Rumilly.

Anneci, 29 novmbre 1C21.

Monseigneur,

Je loue Dieu de quoy V. A. persévère au dessein de la restauration de la discipline ecclésiastique en ce pais, asseuré que je suys qu'à mesure que le zèle de V. A. fera croistre en ses estatz la gloire de la Divine Majesté, vostre couronne, Monseigneur, fleurira de plus en plus ; et selon qu'il a pieu à V. A. de m'ordonner je luy envoie ce qui est présentement requis pour l'establissement des PP. de l'Oratoire à Rumilly, qui est une chose pressante, et demeure cependant de toutes mes affections,

Monseigneur ,

Vostre très-humble , très obéissant et très fidèle orateur et serviteur ,

François , Evêque de Genève.

a8ô» LETTRE.

L'autographe existe aux archives de la cour de Turin. A MONSIEUR CARltON.

Saint François lui parle de la nécessité d'introduire les PP. de l'Oratoire à Kumilly, et de l'intention de M. de Saunaz, prieur à Chhulricu , d'unir son prieuré à celui de Rumilly.

Auncci, 29 nov. 102t.

Monsieur ,

Je vous rends mille actions de grâces du soin qu'il vous a pieu de prendre pour me faire avoir réponse de Monseigneur le Sér. Prince, en faveur de l'introduction des PP. de l'Oratoire à Rumilly, où l'on ne sçauroit dire combien leur venue est nécessaire; car, Monsieur, imaginez-vous, qu'en cette seule église il y a quatre diverses espèces d'ecclésiastiques : 1° le prieur, qui est religieux de l'Ordre de Cluny, dépendant du prieuré de Nantua qui est à présent en France; 2° le sacristain , séculier qui est dépendant du prieuré ; 3° le curé et le vicaire, et quatre, cinq ou six altariens qui font un petit corps à part. Il n'est pas croyable combien cette petite troupe, ainsy composée, m'a donné de peine depuis 20 ans, et ça à cause des continuels procès et altercats que les uns ont eu perpétuellement avec les autres, avec un extrême scandale du peuple ; or, par l'introduction des PP. de l'Oratoire, cette église demeure toute unie, et administrée par un mesme esprit de paix

et de douceur. Car les PP. de l'Oratoire ne sont pas comme les autres religieux -qui ne peuvent pas avoir la charge des paroisses, et de plus encore il ne sont pas exempts de la juridiction des évesques, ains demeurent en leur sujettion comme les curés, de sorte qu'on n'a pas besoin, en cas de desordre , de sortir du païs pour les ramener au devoir ; et de plus encor il se trouve déjà des très-bons ecclésiastiques du pais qui n'attendent que leur venue à Rumilly pour s'associer à eux et se ranger à la congrégation. Au reste, M. de Saunaz est fils de M. de Saunaz qui fut pendu à Genève pour le service de S. A. lors de l'escalade, et va achever aux festes de Noël son noviciat, en la mesme congrégation et mesme de désir que son prieuré de Chindrieu soit uni à l'église de Rumilly pour ce bon œuvre. Et quant au prieur de Rumilly on pourra traiter avec luy. Et ce qui est grandement à noter c'est que le prieuré de Rumilly dépend de Nantua qui en prouvoir ce Nantua est hors de Testât de S. A., et encore ledit Nantua a le droit de présenter le curé. Comme aussi le prieuré de Chindrieu dépend de Cluni, et bien que le prieur moderne n'ayt pas esté institué de la part de M. de Cluni, ça esté par une grâce spéciale que fit le Pape Clément à ce jeune gentilhomme qui estant lors un enfant, à ma remonstrance et supplication, en considération de la mort du père qui mourut à moytié martyr dans Genève , en faveur de quoy Sa Sainteté se contenta de donner ce morceau en commande pour cette fois tant seulement. Or, monsieur, je vous escrit ainsy au long, tantost toutes ces particularités afin que vous voyés que cette introduction des PP. de l'Oratoire sera non seulement utile au service de la gloire de Dieu et des âmes, mais encore selon le service de S. A. Sm<J et l'utilité de notre patrie.

DE S. FRANÇOIS DE SALES. J'i-')

Qui me fait (Vantant plus hardiment vous supplier do nous procurer au plustost les expéditions que je demande puisque que je n*ay plus presque que deux moys de loysir pour disposer de la cure de Rumilly après lesquels la provision tombera es mains du Pape. Monsieur, je suis tout à fait,

Votre très humble et très affectionné serviteur, François, Evêque de Genève.

287e LETTRE.

L'autographe est conservé aux archives de la cour do Turin.

A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Saint François marque à S. A. qu'il n'attend que les ordres nécessaires pour remettre l'église de Rumilly aux PP. de l'Oratoire, qui seraient également d'un graud secours à la sainte maison de Thonon.

Anneci, 3 février 1G22.

Je suys tousjours attendant les despêches nécessaires pour remettre l'église de Rumilly entre les mains des PP. de l'Oratoire, bien en peyne de quoy je n'ay plus que seize jours de loysir pour disposer de la cure vacante, après quoy elle vaquera en cour de Rome, et c'est sans doute qu'il ne manquera pas d'impe'trans, qu'il sera par api es malaysé de ranger au salutaire dessein de V. A. Que si elle me permet de joindre à cette remonstrance un mot pour la mayson de Thonon, je luy diray,

LETTRES INEDITES

qu'elle n'a pas moins besoin de la venue des mesme* PP. de l'Oratoire que l'église de Rumilly, parce que sans cela tout ce qui regarde l'église de Nostre-Dame et les bastimens qui en dépendent s'en va ruiné, ainsy que MM. les députés de la chambre ont reconnu et ont tesmoigné à V. A., la providence et piété de laquelle je réclame en toute humilité qui suis,

Monseigneur,

Votre très humble , très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

François , Evêque de Genève.

288e LETTRE.

L'original se conserve au monastère de la Visitation de Turin.

A MADAME DE TREVERNEY.

Sur des affaires de famille.

17 février 1622.

Madame ma très chère fille,

Jay loué Dieu de vostre santé et du contentement que madame la comtesse de Saint-Maurice vous a donné et à tous ceux qui l'honorent, par sa grossesse, et si mes vœux sont exaucés, il réussira à la parfaite jouissance du fruit que vous en désirez.

Quant aux papiers que vous avez désirés de mes frères pour les affaires qu'ils ont eu avec feu M. de Tre-

\erney, puisque Lia De les trouvent pas il vous plaira d'en faire dresser telle déclaration pourfaquit. que vostre conseil jugera convenable, et ilz la passeront vous suppliant de croire que l'égarement a este fait s»ns dol ni dessein par seule inadvertance. Et pour la eeclule des intérêt! remise à I\I. Rollant, quand il sera revenu de Pai is où il est allé prendre madame de Chantai pour 1 accompagner à son retour, je les luy feray ehcrelier et en tout je m'essayerai de vous tesmoigner que c'est de toute mon affection que je suys à jamais, Madame, Vostre très humble et très fidèle compère et serviteur,

François , Evesque de Genève.

289e LETTRE.

L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.

A S. A. CHARLES-EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Privilège de la confrérie de la Sainte-Croix , de Ghambéry, d'avoir le Jeudi-Sainl la délivrance d'un criminel. Saint, François supplie cette année pour un galérien d'Annecy.

février 1G22.

Il a pieu à S. A. d'accorder à la confrérie de la Sainte- Croix, autrement dite du Crucifix de Chambéri , la délivrance d'un criminel prisonnier tel quelle nommeroit chasque année, le jeudi saint, en révérence de la mort et

passion de nostre Seigneur; et la pitoyable famille d'un homme de ce mandement d'Annessi, a obtenu que il fut nommé et demandé en grâce , cette année , par ladite confrérie, pour estre libéré de la galère, et par ce, Monseigneur, que véritablement sa femme et ses enfans qui sont en grand nombre sont dignes de compassion , et qu'en la grâce du père est enclose la grâce des enfans, de la femme et de toute la famille , qui ne peut vivre sans l'assistance actuelle de ce pauvre homme. Je joins à la très humble supplication que la confrairie fait à V. A. pour ce sujet ma très humble recommandation , qui suys,

Monseigneur ,

Vostre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

François , Ev. de Genève.

290e LETTRE.

L'original est conservé aux archives de la cour, de Turin. A S. A. CHARLES-EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Sur rétablissement des PP, de l'Oratoire , à Rumilly et à Thonou.

Anueci, 25 avril 1G22.

Monseigneur,

Le pauvre peuple de Rumilly attend tousjours en bonne dévotion la venue des PP. de l'Oratoire en leur ville et moy j'attends de V, A. les expéditions nécessai-

ni: S. FRANÇOIS DE SALES. IW

res pour les faire venir et là et à Tbonon, ou c'est la vente que rien ne peut remédier au mal qui y est quant au mauvais ordre qu'il y a eu l'administration des biens, que par cette venue de ces Pères, V. A. me pardonne si je luy suys aucunement importun. Mon excuse est toute faite au eommandement qu'elle m'a fait d'avoir le soin de cette affaire. Et priant Dieu qu'il prospère de plus en plus la personne de V. A.,

Monseigneur,

Je demeure vostre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

François , Ev. de Genève.

L'original est conserve aux archives de la cour de Turin. A S. A. VICTOR AMÉDÉE PRINCE DU PIEMONT.

Saint François informe S. A. de l'ordre qu'il a eu de S. S., de se trouver au chapitre général des PP. Feuillantins à Pignerol , et s'excuse de ne pouvoir lui faire révérence qu'après la célébration du chapitre.

Anucci, 17 mai 1022.

Monseigneur,

Ayant receu un brevet de Sa Sainteté, du 28 avril, par lequel elle me commande de me trouver au chapiti< général des PP. Feuillantins qui se doit célébrer d'aujourd'hui en quinze jours à Pignerole, je prévoy

qu'il me sera presqu' impossible de partir assez tost dicy pour pouvoir aller faire comme je serois obligé, la révérence à S. A. Sme et à vous, Monseigneur, et à Madame, avant que de me rendre au lieu de l'assignation ; de sorte que je seray contraint de différer la très humble reddition de ce devoir, jusqu'après la célébration de l'assemblée : ce que je supplie en toute humilité V. A. Sér. de vouloir aggréer et de m'honorer des commandemens de S. A. et des siens, si d'aventure j'estois si heureux de luy pouvoir donner quelque contentement en cette occasion, en laquelle comme en toute autre j'y seray invariablement ,

Monseigneur,

Vostre très humble, très obéissant et très fidèle • orateur et serviteur,

François, Evêque de Genève.

292e LETTRE.

L'original appartient au monastère de la Visitation de Nice-Maritime.

A MONSEIGNEUR LÉvÊQUE DE MONTPELLIER.

Saint François lui parle des qualités du prince Thomas et de sa cour. Il lui recommande M. de Bellecombe.

Annecy, 23 mai 1622.

Monseigneur,

Les affaires qui se sont passées au Languedoc dès quelques temps en çà, m'ont ôté les commodités de vous es-

D£ S. rHAftÇOIS OK SALES. ••■

crire si souvent nomme je souhaite et deyrois faire, et bien qu'en cela il n'y ait poinl de coulpe de mon costé, je ne laisse pas d'eu sentir de la pénitence, puisque véritablement ce m'est une très grande consolation quand je puis me ramcnievoir en votre chère souvenance, et vous rafraîchir les offres de mon inviolable affection à vos

services.

Nous avons ici maintenant l'honneur et le bonheur de la présence de Monseigneur le Sér. Prince Thomas, des grandes qualités et parti du quel je vous écrivis mon sentiment l'année passée ; or, Monsieur de Bellecombe est l'un des principaux suivants ordinaires de S. A., et son maître-d'hôtel, actuellement servant maintenant, chevalier que je regarde avec un honneur extrême, non seulement parce qu'il est serviteur d'un si grand prince et qu'il est de mes principaux amis, mais aussi parce que véritablement il est plein de tant de vertu et de mérite qu'il est impossible de le connoître et ne l'affectionner pas ardemment. Or, Monseigneur, il a besoin de votre faveur pour les affaires dont je vous envois la note en mémoire ci -joint, et je vous supplie donc très humblement de l'en gratifier volontier, en sorte qu'il connoisse que vous avez agréable mon intercession et que j'ai véritablement le bonheur d'être aimé de vous en la qualité que je porte de si bon cœur,

Monseigneur, De votre très humble et très obéissant frère et serviteur ,

François, Év. de Genève.

LETTRES IN EDITES

293e LETTRE

Communiquée par M. l'abbé Thomas , économe de l'institution , rue du Regard.

Page 1