A M. DE BLONAY, PREFET DE LA SAINTE MAISON DE THONON
Saint François lui annonce le bref du Pape , de commission sur la Sainte-Maison.
Monsieur, • J'attends tous les jours un bref du Pape que mon frère m'escrit avoir veu entre les mains de Monseigneur le Nonce, par lequel je suis commis pour ranger au meilleur ordre qu'il se pourra toutes affaires de la sainte maison, et je vous prie que Ion attende jusques à ce temps là de remplir la place que M. Thomas laisse. Le quel il me fait mal de voir partir de ce diocèse par la vertu qu'il a toujours tesmoignée, bien que d'ailleurs je suis grandement consolé qu'il aille en la vigne de Lyon qu'on me dit avoir tant besoin de cultivateurs.
Je suis, Monsieur, votre très humble confrère , François , Ev. de Genève.
P. S. M. de Boys m'a dit que je ne pouvois faire autre décret sur la requête de M. Didal.
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298e LETTRE.
L'autographe est conservé au monastère de la Visitation de Turin.
A MADAME DE CHANTAL
Sur les constitutions des religieux de la Visitation , et sur madame <\v Port-Royal, qui désire de se retirer dans une autre religion en laquelle l'observance religieuse est en vigueur.
C'est tousjours ainsy, ma très chère mère, que je vous eseris sans loysir et sans haleine ; voylà que M. de Tellier, gentilhomme de Madame de Mercœur, envoyé prendre mes lettres et faut que je les finisse avant que de les avoir commencées. J'ay accommodé les constitutions le plus que j'ay seu, au gré du très bon P. Binet et au vostre. Et ne voy pas que pour des constitutions on y puisse guière plus rien adjouster. Reste à voir comme on pourra tenir toutes les maysons jointes; et certes je ne scai pour le présent aucun moyen qui ne trayne quant et soy des grandes répugnances; mays je vous en escriray plus'long après que pendant ces festes , j'y aurai un peu mieux pensé avec l'advis de Monsieur l'Abbé d'Abondance que nous avons de conversation. Que je seray content si je vous puis voir bien logées. L'hostel de M. Zamethz n'est ce me semble que trop beau; néanmoins, à faute d'un assez beau, il se faudra contenter d'un trop beau. Par la première occasion je vous supplie un peu des nouvelles de Madame la générale des galères, de M. de Frounville, et de Madame de Villesmin, et de Madame de Montigni, si elle est tousjours malade ou non.
Hélas ! il n'est nullement vray que je me soys fasché en la partie supérieure des advis que vous m'avez envoyés sur les constitutions. Mais ayant de prim' abord jette les yeux sur celuy de l'exclusion des maladives qui est tout à fait contre mon esprit et sentiment, je dis par un' inconsidérée soudaineté qui laissera gouverner la prudence naturelle, elle gastera la charité et ne sera jamais fait.
D'escrire à présent à Madame de Port-Royal, ma fille ; il n'y a nul moyen. Que ne ferois-je pas pour contenter son cœur? Voici mon advis. Puisque elle n'a jamais peu croire que ce fut la volonté de Dieu qu'elle demeurast en cet ordre, et que parmi toutes ses actions de vœux, de profession, de susception de charge, eh" a tousjours, excepté devant Dieu, de se retirer dudit ordre à la première bonne occasion ; je pense qu'elle fera donq bien de faire un essay pour cela; et de faire escrire à Rome pour avoir dispense; laquelle si ell' exprime bien son intention ne sera pas, si je ne me trompe, difficile d'estre obtenue; car, quand elle^dira que ce n'est pas pour retourner au monde, mais pour se retirer en une religion en laquelle l'observance religieuse est en vigueur, il n'y aura rien à dire; mais il ne faut pas qu'elle nomme la religion en laquelle elle se veut retirer ains seulement qu'elle die qu'ayant la licence elle se retirera en un monastère pour y faire profession, auquel l'observance est en vigueur. Or, il suffira que cela s'essaye par la voie d'un banquier ordinaire, mays auquel par le moyen du commis d'un secrétaire d'estat qu'elle mescrit luy estre grandement affectionné, on envoyé une lettre qui puisse obliger M. l'Ambassadeur de favoriser l'affaire en cas de besoin. Avec cela, et le mémorial estant bien fait, comme il ne peut manquer de l'estre si elle même s'ex-
DBS. FRANÇOIS de SALES. 341
plique Mon à celuy qui le drossera, je ne cloute point qu'elle ne soit con; olée d'un despêche favorable, estant une chose assez ordinaire.
Pms quant à l'exécution, il faudra prendre le biays le plus doux et avantageux qu'on pourra. Mays, ma très chère mère, voyez une fascheusé rencontre* Car il seroîl expédient que cette Bile fut un peu assistée et drespar vostre amour tout affectionne, et néanmoins voylà qu'à Turin ie monastère est accepté et le P. D.
299c LETTRE.
L'original appartient à M. l'abbé Ghuit, chanoine à ChambOry.
A MADAME DE CHANTAL
Saint François n'ayant pu la visiter la prie de lui envoyer de ses nouvelles.
Tyrannisé de visites et entretiens importuns , me voyei à la fin du jour sans vous avoir vue, ma tendre fille : j'excepte pourtant la visite de la petite sœur qui ai Ht de me laisser maintenant, et laquelle m'a laissé avec bon goust, parce que nous avons parlé de bonnes
choses; mais ne laissez pas, ma chère fille de me
faire sçavoir comme vous vous portez cett' après diner, et après souper, en peu de lignes, de peur de vous travailler. O Dieu me donnera demain quelque heure pour vous voir. Croyez que ce ne sera pas si tost que je le souhaite. Vive Jésus, Maria.
342 LETTRES INEDITES
3ooe LETTRE.
L'original appartient à M. Revel , doyen de la métropole de Cham-
béry.
A MADAME DE CHANTAL
Saint François lui envoie des psaumes.
Voylà donc, ma très chère Mère ma fille , les pseaumes • vous en pourrez prendre ou les trois derniers , pour tous les troys jours, ou varier de trois en trois pour chasquejour. Cependant quel contentement à ma pauvre âme de vous saluer encor un peu par cett' occasion , vous dis-je, ma très chère Mère , que mon âme chérit comm' elle-mesme. Dieu soit à jamais l'unique âme de nostr unique vie et l'unique vie de nostr' unique âme.
3oi* LETTRE.
L'original est conservé dans le monastère de la Visitation d'Ahano , près deBergame.
A MADAME DE CHANTAL
Saint François l'informe que Roland ne peut pas aller célébrer la messe.
Pensez, ma très chère Mère, si je fus hier bien mortifié , que je n'eus pas seulement le loisir de vous en-
voyer un petit bon soir. Au moins [bon jour pour ce matin, ma très chère Mère, or je vous demande si vous pourrez avoir un père Barnabit, car monsieur Roland est à compter d'argent. Que s'il no lé pour, bonnement renvoyez-moi, or je vous pourvoirai bravement, et tout au fin pis, ce sera d'un pauvre évoque que vous aimez comme vous-même, aussi est-il tout, à vous.
3o2« LETTRE.
L'original eti cousené chez S. G. Monseigneur l'Évêquc d'Annecy.
A .MADAME DL CHANTAL
Trois billets de convenance.
Ma très chère Mère , je m'en vay à la réception de la Religieuse ; de là je vay disner avec M. vostre frère chez M. Dorigni ; de là à l'assemblée qui se fait pour nos affaires où j'aurois besoin d'une règle , car on en parlera, et je n'en ay plus. Recommandez l'affaire à N. S. et m'envoyez doneques encore une de ces règles , et bon jour de tout mon cœur.
Et pourquoy non moy à ma mère ? Vrayment, bonsoir, ma très chère mère, j'ay fait avec le procureur Latour qu'il ira jeudi à Duzonche, c'est un bon personnage qui fera fort bien l'office. Or sus, portez-vous bien, ma très chère mère; Dieu vous comble de paix, bénédiction et arupur. Amen.
Ma très chère fille, je vous donne le bonjour , et peutestre iray-je vous donner le bonsoir en personne, cependant si je puis , et mesme parce que Madame Lancienne est venue, laquelle on m'assure ira vers vous avec intention d'avoir plus de commodités de me parler, bien que je voy qu* elle en aura peu, ou que ce soit à rayson de nostre synode, duquel les abois commencent demain. Bonjour, ma très chère fille , et priez pour moi.
3o3e LETTRE.
L'original est conservé dans le monastère de la Visitation de San Remo , diocèse de Ventimiglia.