C. DE CaVOUR
CCCCXLIIL
11 janvier 1858.
Je vous félicite d'avoir si fort avancé l'affaire du Dock. La marche que vous vous proposez de suivre, est certes, la meilleure, et celle qui doit amener la plus prompte solution de cette grande affaire. Je n'ai pas d'objections préjudicielles à faire aux demandes que vous entendez adresser au gouvernement, sauf pour ce qui a rapport à la construction des deux môles. Vous savez que celle du môle neuf a été adjugée à un entrepreneur, qui y travaille, depuis deux ans, assez activement. Nous n'avons pas le droit de l'évincer, sans un motif plausible. Ne pourriez-vous pas vous entendre avec lui ? Je crois que le ministre des travaux publics aimerait beaucoup mieux avoir à faire avec vous qu'avec lui.
La crise paraît heureusement passée. Nos banquiers de Turin ne sont pas, toutefois, sans inquiétudes, ils redoutent l'époque oîi il faudra payer les nombreuses traites qu'on
a fait escompter d'ici, à -Genève, Livonrne et autres places. C'est ce qui les a décidés à insister pour que l'escompte fût maintenu à 7 p. %•
J'ai été souffrant deux jours. J'ai gardé le lit, et me suis reposé. Aujourd'hui je me sens bien, et je retourne aux affaires, qui jamais ne m'ont donné autant de soucis qu'à présent (1).
Croyez à ma sincère amitié.
Camille de Càvour.
CCCCXLIV.
23 janvier 1858.
Mon cher ami,
La nouvelle de la dissolution de la société du Dock m'a causé beaucoup de peine. Je ne comprends pas, comment, après tant de sacrifices, d'efforts, de peines, vous renoncez à tout, au moment d'atteindre le but.
Il me paraît que, si vous le vouliez, il vous serait possible de réorganiser l'affaire. Je regrette Pallavicini; mais enfin, ce n'était pas un élément indispensable. Si vous restez
(1) La Chambre, où la droite comptait une 60 de représentants, faisait une guerre acharnée an ministère et surtout à Kattazzi, qu'on accusait de ne pas avoir su, ou voulu, empêcher les événements de Gênes (Lettre CCCXLVII). Celui-ci, en présence d'une opposition aussi violente, dut donner sa démission le 13 janvier, et, le 15, le Roi chargea Cavour de diriger, à sa place, le ministère de l'intérieur, pendant que Lanza se chargerait provisoirement de celui des finances. — A ces difficultés intérieures, s'ajoutèrent encore celles qu'entraîna après lui, l'attentat d'Orsini (14 janvier) contre Napoléon III, les réclamations du gouvernement français contre la presse et les réfugiés italiens et le projet de loi (17 février) présenté par Cavonr, sur l'assassinat politique et les crimes contre les Souverains étrangers.
— Bbbt. Lettres de C. Cavour.
avec Bombrini, Oneto et Balduino, votre société présentera encore les plus amples garanties de succès. . J'ai longuement causé avec Mr Pascal. J'ai été très satisfait de son plan, sauf la partie financière, car il me paraît bien coûteux.
Allons, mon cher, du courage, remettez-vous à T<Buvre? et attachez votre nom à une entreprise qui vaudra à ceux qui la dirigeront, de beaux bénéfices et beaucoup de reconnaissance de la part de leurs concitoyens.
Croyez, mon cher, à mes sentiments dévoués.
Camille de Cavour.
11 février 1855.
Je prends une part bien sincère à la perte que vous venez d'éprouver (1). Bien que vous dussiez vous y attendre, elle n'en est pas moins bien cruelle. Vous avez été plus heureux que moi, puisque vous avez conservé plus longtemps vos parents. Leur perte est le plus grand malheur de la vie, car rien ne remplace l'affection d'un père ou, d'une mère, c'est une vérité que je sens tous les jours d'avantage, à mesure que mes cheveux grisonnent et que mon front se couvre de rides.
Je suis accablé d'affaires. La position est singulièrement difficile (2). Si nous nous en tirons, nous n'aurons pas fait peu.
Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués.