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voyésàleur poursuite. Ces tourbillons duraient longterop effaçaient toutes les empreintes laissées sur le sol. Cette constance décida la belle Arabe à user, comme der moyen, d'un stratagème singulier. Au moment où ses en mis croyaient la tenir et fondaient déjà sm* elle avec des sauvages, elle profita d'un de ces nuages de poussière \ changer brusquement de direction. Rebroussant chemin, passa à côté des Arabes, presque à les toucher^ sans qu'au lieu du bruit de la tempête et du soulèvement des sablei pussent Tapercevoir; puis elle disparut derrière un mame tandis que les émissaires du cheik continuaient leur p( suite dans le même sens et couraient toujours vers le Nil manœuvre avait réussi ; les chasseurs avaient perdu la p Dans ce mouvement, le rôle de notre héros avait été pi ment passif ; il s^était abandonné machinalement à Tim sion donnée par Tamazone ; son admirable monture avail le reste : ils étaient sauves.
La tempête durait encore ; mais c'était son dernier ef Au bout de deux heures d'une course combinée de man à tromper toutes les recherches, le vent s'était calmé, le avait repris un peu de sérénité. Ainsi ce simoun^ ordini inent si malfaisant, n'avait eu cette fois qu'une influ heureuse. Avec un air plus frais. Roquet avait recouvi sentiment de ses forces et de sa dignité. Tant qu'avait du péril, il avait eu le plus petit rôle ; il n'enlevait pas sa b c'était elle qui l'enlevait. Cette situation l'humiliait, il vo s'en relever en faisant le galant auprès de sa conqi Fatmé résista d'abord; mais l'artiste se montra pressant, dre, persuasif; elle capitula. A la nuit close, un petit V2 se trouva sur leur route : ils s'y arrêtèrent pour le repa soir. Un palmier fournit les dattes, une source la provi d'eau. Quelques brins d'herbe qu'enti-etcnait l'humidit teiTain formaient une pelouse naturelle. Roquet y re voluptueusement ses membres brisés par une course foi
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L'atmosphère avait recouvré sa limpidité, les étoiles baignaient dans un ciel transparent. De ce bouleversement météorologique, il n'était resté qu'une grande tiédeur dans Tair, et des odeurs pénétrantes, transportées des lieux cultivés jusque dans ces solitudes arides. Tout invitait les sens à la langueur, et le souvenir des dangers courus ajoutait encore au plaisir de se sentir libre. Loin de l'œil du maître, les femmes de rOrient ont peu de scrupules; elles saisissent les occasions au vol. De leur côté, les Français conduisent rondement les choses, et ne remettent rien au lendemain. Le couple fugitif s'oublia donc pendant quelques heures, et cette halte dans le désert paya notre artiste de toutes ses infortunes.
Fatmé, au milieu de cet abandon, raconta son histoire à son amant. Elle était chrétienne. Fille du prince qui gouvernait Toasis de Syouah, elle s'était vu enlever à l'âge de treize ans par le cheik des Hennadis, et depuis lors elle avait vécu dans le désert sans que son père pût savoir ce qu'elle était devenue. Cette vie lui était odieuse : à tout prix elle voulait en sortir, et pourtant son esclavage avait duré huit ans. Dès qu'elle avait vu le Français, elle avait jeté les yeux sur lui pour sa délivrance. Elle Taimait ainsi à un double titre. Maintenant ils allaient regagner l'oasis, qui n'était plus qu'à une journée de distance; et là le père, enchanté de revoir son enfant, bénirait leur union. Les tribus de Syouah étaient nombreuses, elles pouvaient se défendre contre tous les cavaliers hennadis. Roquet devait d'ailleurs être le plus heureux des hommes. Il aurait des dattes et du riz à discrétion^ une belle maison, des chevaux, des troupeaux, et, à la mort du prince, il régnerait sur les peuplades de Toasis.
Notre héros écoutait ce récit avec une satisfaction mêlée d'orgueil. Il lui en coûtait sans doute de renoncer à la France et à la soixante-neuvième demi-brigade, qu'il appelait sa patrie ; mais être prince du désert, époux d'une princesse dont il avait apprécié les charmes ; avoir tout en abondance, vivres.
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et chevaux; passer du grade de fifre à celui de gouyememei tout cela formait une perspective capable d'adoucir bien t regrets et d'opérer une diversion puissante à Tamour du natal. Roquet n'y résista pas : les fumées du commandemt lui montèrent à la tête; et pour récompenser la belle Fal du sort qu'elle lui faisait, il lui prodigua les métapho orientales accompagnées de témoignages moins équivoques sa satisfaction. On fit des plans pour l'avenir. Roquet v( lait que ses sujets fussent heureux^ et il se promettait déjà les constituer en république une et indivisible. Fatmé le h sait déraisonner tout à son aise et riait comme une folle qua elle ne le comprenait pas.
Cependant il fallait pai*tir et profiter de quelques heures nuit pour se rapprocher du terme du voyage. Notre héros résigna, et bientôt le sable fut de nouveau soulevé par le lop de leurs montures. Le lendemain la chaleur était enc vive^ mais tolérable. Le vent avait passé au nord ; il te pérait les ardeurs du soleil. Malgré toute la vitesse de marche, ce fut seulement vers le soir qu'ils aperçurent la fc d'oliviers qui marque la limite de l'oasis de Syouah. On saurait se faire une idée du contraste qu'offre cette v dure avec la paiiie aride du désert. Les yeux fatigués, de monotonie des poi'spectives, se reposent avec douceur sur massifs d'arbres qui attestent le retour de la vie végétale. 1 animaux eux-mêmes reconnaissent de loin la brise qui ii verse les archipels féconds que la nature a semés sur a mer de sables. Â mesure que Toasis se rapprochait des d( fugitifs, les cimes de ses bois, se découpaient mieux sur l'hc zon et tranchaient d'une manière plus vive avec l'azur ciel. Roquet était dans l'enthousiasme ; il se voyait roi de Ëden et trouvait que, vu à cette distance, son royaume a^ un fort bel aspect.
Le retour de la fille du prince ou émir de Syouah produ dans l'oasis une sorte de révolution. Depuis longtemps or
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croyait morte. On lui fit donc une réception magnifique, et Roquet en partagea les honneurs. Vingt moutons furent tués, et plusieurs saints de mousquetcrie témoignèrent de la joie publique. Quoique la poudre soit un objet rare dans ces déserts, la tribu se piqua d'honneur. Le vieux père de Fatmé voulait que les choses se fissent dans toutes les règles. Quand sa fille lui parla de ses amours avec Tartiste français et des circonstan* ces de leur fuite, l'émir commença par trouver que Taventure avait été conduite d'une manière un peu leste ; mais, en père de comédie, il finit par s'apaiser. Il était cophte, chrétien par conséquent : la religion n'était pas un obstacle à cette alliance. Seulement il voulut que la cérémonie nuptiale légitimât ce qu'elle n'avait pu précéder. Il fut convenu que, dans la semaine suivante, le mariage serait célébré dans une chapelle bâtie sur les ruines mêmes du temple de Jupiter Ammon, et près de la source connue dans l'antiquité sous le nom de source du SokiL
Au jour désigné, toute la population de l'oasis, au nombre de deux mille âmes, se trouvait réunie dans l'enceinte de ces ruines imposantes, désignées dans le pays sous le nom d'Omm- • Bej/dah. Une portion seulement de l'ancien temple est encore debout ; mais il est facile de reconnaître la double enceinte qui Tenveloppait dans une étendue de trois cents mètres. Le stylo du monument est égyptien, et les débris qui jonchent le sol ont aussi ce caractère. On y rencontre des restes de chapiteaux en forme de lotus, et plusieurs tronçons de ces colonnes à cannelures qui abondent dans les temples deTÉgypte moyenne. Toutes les décorations qui ornent ces décombres, sculptures, revêtements, rinceaux, frises, entablements, peintures, l'ordre et la disposition des constructions, la nature des matériaux, rappellent les édifices de la vallée du Nil et accusent la même origine. Seulement le temple de Jupiter Ammon, assis sur un plateau de calcaire coquillier, semble avoir beaucoup plus souffert que les autres de l'action du temps. La base friable sur
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laquelle il repose a compromis sa consenration. Que de soi venirs se rattachent pourtant à son existence ! C'est eu mai chant vers ce temple, si célèbre alors, et au moment de s*cn parer des richesses qu'il renfermait, que Tarmée de Camby: fut dévorée tout entière par le vent du désert et abandonni par ses guides à la colère des dieux. C'est dans ce temple qu'i lexandre vint en personne faire constater sa généalogie et a racher aux prêtres du lieu la déolaration solennelle qu'il éta fils de Jupiter. Roquet allait figurer dans la même enceinte, la suite d'Alexandre et de Cambyse^ sans avoir ni Fambitlo de Tun ni la cupidité de Fautre. Son histoh'e devait aussi iaii moins de bruit que la leur.
Quand il parut avec sa brune fiancée, des cris de joie s'âe vèrent de toutes parts. Roquet était naturellement bon prince il répondit de son mieux aux effusions de ses sujets. L'émi était vieux; son gendre devait naturellement lui succédei et le fifre français préludait à son pouvoir futur. Quelque ablutions avec l'eau de la source du Soleil servirent de pn lude à la cérémonie. Elle fut achevée dans la chapelle^ o officia, d'après le rite local, un prêtre cophte à demi aveugle Un voile jeté sur la tête des deux époux marqua le m< ment de leur union, qui fut célébrée par de nouveaux crij Un repas, aussi somptueux que le permettaient les ressource de la localité, acheva de donner à la fête le caractère le plu brillant et le plus inouï. Le pilau de riz fut prodigué; de distributions gratuites de dattes répandirent l'abondance dan toute la population, et Roquet monta ce jour-là sur ui trône entouré de TafTection unanime. 11 réservait cependan une surprise à ses sujets. Quand le soir fut venu et qu l'ombre eut répandu quelque fraîcheur, il demanda le silène à la foule, tira son fifre de sa poche et se mit à exécuter un composition musicale tempérée par des mélodies expressives 11 faut renoncer à décrire l'effet produit par le magique in strument; l'enthousiasme était au comble, l'ivresse n'eu
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plus de bornes. Séance tenante, le vieil émir abdiqua en faveur de son fils d'adoption, et Tartiste put slntituler Roquet K, prince de Toasis de Syouah.
Fatmé et lui régnèrent dès lors, et non sans gloire. Il fallut d'abord se défendre contre la tribu des Hennadis, qui voulait tirer vengeance du rapt fait à son cheik. Syouah^ beiureusement, est une ville fortifiée. Située sur un rocber conique, elle est en outre fermée par un mur de cinquante pieds de hauteur dans lequel douze portes ont été pratiquées. Pour des troupes pourvues d'artillerie, ce n'était sans doute pas là un obstacle ; contre les cavaliers du désert ce rempart suffit. Les Hennadis vinrent chevaucher autour de Syouah en poussant leurs cris habituels; mais quand ils ^reot Roquet et ses guerriers prêts à les coucher en joue du haut de leurs parapets, ils comprirent que le jeu avait quelque danger et transigèrent. On parla alors d'une rançon pour Fatmé, et les plénipotentiaires la fixèrent à dix chameaux et trente moutons. Roquet ne voulait entendre à rien ; heureusement, le vieil émir lui persuada que ce n'était pas payer trop cher l'avantage d'être à l'abri de toute surprise. Le pacte fut donc conclu et l'indemnité acquittée. Il ne restait plus aux deui époux qu'à couler des jours sans nuages.
Faut-il le dire? A peine Roquet eut-il assuré sa situation, que le mal du pays le gagna. Souverain à Syouah, il se prit à regretter le temps oii il n'était que simple fifre dans la soixante-neuvième. L'ingrat ! Sa femme lui avait pourtant apporté en dot l'une des sept merveilles du monde, le temple de Jupiter Ammon ; il avait de paisibles sujets qu'il conduisait au fifre, et qui ne lui demandaient pas d'autres droits; ses greniers regorgeaient de dattes et de riz, ses jarres étaient toujours pleines d'huile. Que demandait-il donc, cet infatieable ambitieux? Hélas ! la patrie, même au prix de la misère. Hoquet avait de bons sentiments ; il chassa d'abord cette pensée. Pour se distraire, il voulut se livrer à des réformes et
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donner à ses sujets une foule de libcités politiques. Pers ne le comprit, et tout marcha comme d'habitude. Roque sista : il avait vu des clubs en France ; il tenait à importi bienfait dans Toasis. Pour obtenir que les notables se réi sent sous sa présidence, il attacha comme prime une n de dattes à leur présence dans l'assemblée. On y vint manger la prime ; mais ce fut tout. Battu de ce côté, i prince -troubadour chercha d'autres délassements. L' comptait quelques jolies femmes. Gomme souverain et coi Français, Roquet crut leur devoir ses hommages. Mais rencontra une lionne. Fatmé était jalouse, et le moi soupçon d'infidélité amenait des tempêtes dans le méi Pendant quelques années, notre héros prit patience; ma jour en jour, l'oasis, sa femme, sa royauté, l'ordinaire dattes et du riz lui pesaient davantage. Enfin i'explosioi lieu:
— Ah ! c'est de ça qu'il retourne, se dit-il un matii veux rendre mes sujets libres, et ils préfèrent demeura vils esclaves. Je veux inculquer à mes sujettes les prim de la galanterie française, et mon démon de femme s^i de trouver cela mauvais. Au diable la patrie des chamèai des dromadaires; j'en ai suffisamment. Un peu qu'un de mon talent se laissera mettre en disponibilité ! Ro( mon ami, il est temps de quitter ce pays de cocodrilles France t'appelle, mon garçon, la belle France, pays des et du riquiqui. En marche et vivement !
Vers les derniers jours de juillet 1801 , la garnison du G à la suite de la capitulation signée entre le général Bel et le général anglais Hutchinson, se disposait à s'embar sur le Nil. Des bâtiments attendaient ces troupes dat rade d'Aboukir^ pour les transporter en France. Après lutte héroïque^ attaqués d'un côté par une armée d'Ai Gipayes, de l'autre par des flots de cavalerie turque corn par le grand vizir, décimés par une peste affreuse, sans c
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munication avec Menou, qui occupait Alexandrie, les Français avaient dû cesser une lutte inégale et inutile, pour accepter les conditions honorables qui leur étaient offertes. Cependant la tristesse régnait dans les rangs, et un morne ilence présidait à cette évacuation. La soixante-neuvième, commandée par le général Lagrange, était au nombre des troupes capltulées, et des bateaux amarrés le long des berges de Boulaq étaient préparés pour la recevoir. Le premier bataillon venait de s'ébranler^ et le corps de musique effectuait le même mouvement, quand on vit accourir, à fond de train, un cavalier vêtu d'un bournous, et que ses traits bronzés firent prendre pour un Arabe. Arrivé devant le bataillon, il arrêta court, descendit de cheval, tira un fifre de sa poche, et se mit à exécuter la marche des Tartares.
Allons, mes belles.
Allons, mes belles, suivez-nous.
— Tiens, c'est le fifre Roquet ! s'écria le chef de musique.
On l'entoura, on lui fit raconter ses aventures. Pendant plusieurs jours, ce fut la distraction de la demi-brigade. Cependant Roquet *ne perdait pas son affaire de vue. Il se fit réintégrer dans son poste de premier fifre et demanda que, sur ses états de service, ou justifiât ses trente mois d'absence par ces mots : En congé dans le déseri.