‹ Nouvelles méditations poétiquesChapitre 16 sur 28 · L'ANGE · texte numérisé non relu

L'ANGE

FRAGMENT ÉFIQUE.

Dieu se lève; et soudain sa voix terrible appelle De ses ordres secrets un ministre fidèle.

Un de ces esprits purs^ qiii sont chargés par lui De servir aux humains de conseil et d'appui, De lui^porter leurs vœux sur leujs^ ailefe de flamme, De veiller sur leur vie, et de garder leur âme; Tout mortel a le sien : cet ang'e protecteur, Cet invisible ami veille autour de son cœur.

L'inspire , le conduit, le relève s'il tombe ^ Le reçoit au berceau, l'accompagne à la tombe. Et portant dams les cieux son âme enti^ ses mainà , La présente en tren^lant au juge des humains : €'e|| ainsi qu'entre l'homme et îéhovah lui-iïiême ; Entre le pur néant et la grandeur suprême,

8a MÉDITATIONS

D'êtres inaperçus une chaîne sans fin Réunit l'hoÀime à l'ange et l'ange au séraphin; C'est ainsi que, peuplant l'étendue infinie, Dieu répandit partout l'esprit, l'âme et la vie !

Au son de cette voix , qui fait trembler le ciel ,

S'élance devant Dieu l'archange Ithuriel :

C'est lui qui du héros est le céleste guide.

Et qui pendant sa. vie à ses destins préside :

Sur les marches du trône, où de la Trinité

Brille au plus haut des cieux la triple majesté,

L'esprit épouvante de la splendeur divine.

Dans un saint tremblement soudain monte et s'incline.

Et du voile éclatant de ses deux ailes d'or

Du céleste regard s'ombrage, et tremble encor!

Mais Dieu, voilant pour lui sa clarté dévorante, Modère les accents. de sa voix éclatante , Se penche sur son tnpne et Ijui parle : soudain Tout le ciel, attentif 'au Verbe souverain.

Suspend les chants sacrés , et la cour .immortelle S'apprête à recueillir la parole étemelle.

Pour la première fois, sous la voûte des cieux^ Cessa des chérubins le chœur harmonieux :

On n'entendit alors, dans les saintes demeures. Que le bruit cadencé du char léger des heures Qui, des jours éternels, miesurant l'heureux coufs, Dans un cercle sans fin, fuit et revient toujours ; On n'entendit alors que la sourde harmonie Des sphères poursuivant leur course indéfinie , Et des astres pieux le murmure d'amour Qui vient mourir au seuil du céleste séjour l

Mais en vain dans le ciel les chœurs sacrés se turent; • Autour du trône en vain tous les saints accoururent; L'archange entendit seul les ordres du Très-Haut : Il s'incline , il adore, il s'élance aussitôt*

Telle qu'au sein des nuits, une étoile tombante. Se détachant soudain de la voûte éclatante.

Glisse, Qt d'un trait de feu fendant l'obscurité , Vient aux bords des marais éteindre sa clarté : Tel, d'un vol lumineux et d'une aile assurée. L'ardent Ithuriel fend la plaine azurée.

A peine il a franchi ces déserts enflammés, Que la main du Très-Haut de soleils a semés> Il ralentit son vol, et comme un aigle immense^ Sur son aile immobile un instant se balance : Il craint que la clarté des célestes rayons Ne trahisse son vol aux yeux des nations; Et secouant trois fois ses ailes immortelles, Trois fois en'fait jaillir des gerbes d'étincelles. Le nocturne pasteur, qui compte dans les cieux Les astres tant de fois nomràés pai* ses aïeux , Se trouble ,' et croit que Dieu de nouvelles étoiles A de l'antique nuit semé les somibrès voiles !

Mais, pour tromper les yeux, l'archange essaye en vain De dépouiller l'éclat de ce reflet divin , L'immortelle clarté dont son aile est empreinte L'accompagne au delà de la céleste enceinte ; Et ces rayons du ciel, dont il est pénétré, 'J

Se détaxant de lui , pâlissent par degr^. • 'j

Ainsi le globe ardent, que l'ange des batailles ^

' i Inventa pour briser les tours çt les murailles , é

Sur ses ailes de feu , projeté dans les airs , ^

Trace au sein de la quU de sinistres éqlairs : ImQiobije ml moment au haut de sa carrière.

Il pâlit , il retombe en*perdant sa lumière ; Tous les yeux avec lui dans les airs suspendus Le cherchent dans l'espace et ne le trouvent plusf

C'étoit l'heure où la nuit fait descendre du ciel Le silence et l'oubli , compagnons du sommeil ; Le HçuVe , déroulant ses vagues fugitives , < Réflëchissoit les f^x allumés sur ses rives, Ces feux abandonnés, dont les débris mouvants Pâlissaient , renaissoient , mouroient au gré des vents ; D'ujie antique forêt le ténébreux ombrage Couvroit au loin là plaine et bordoit le rivage : Là, sous l'abri ^acré du chêne , aimé des^f'rancs , Clovis avoit planté ses pavillons errants!

Les vents , par intervalle agitant les armures , En tiroiept dans;la nuit de belliqueux murmures ; L'astre aux rayons d'argent, se levant dans lis cieux, Répandoit sur le camp son jour mystérieux , Et, se réfléchissant sur l'acier des trophées, Jetoit dans la forêt des lueurs étouffées : .

Tels brillent dans la nuit, à travers les rameaux , Les feux treiablants du ciel, réfléchis dans les eaux :

Le messager divin s'avance vers la tente Où. Clovis , qu'entouroit sa garde vigilante j Commençoit à goûter les nocturnes pavots :

Clodomir et Lisois, compagnons du héros.

Debout devant la tente, appuyés sur leur lance, Gardoient l'auguste seuil , et veilloient en silence. Mais de la palme d'or qui brille dans sa main L'ange en touchant leurs yeux les assoupit soudain r Ils tombent ; de leur main la lance échappe et roule, £t sous son pied divin l'ange en passant les foulie.

Du pavillon royal il franchit les degrés.

Sur la pe^u d'un lion , dont les ongles dorés ^. Retomboient aux deux bords de sa couche d'ivoire , Clovis dormoit, bercé par des songes de gloire. L^nge^ de sa beauté, de sa grâce étonné. Contemple avec amour ce front prédestiné.

Il s'approche, il retient son haleii^^e divine, Et sur le lit du prince en souriant s'incline :

Telle une jeune mère, au milieu de la nuit,

De son lit nuptial sortant au moindre bruit,

Une lampe à la main, sur un pied suspendue.

Yole à son premier né, tremblant d'être entendue ,

£t, pour calmer l'effroi qui la faisoit frémir ,

En silence long-temps le regarde dormir!

Tel, des ordres d'en haut, Texécuteur fidèle

Se penchant sur Clovis , l'ombrageoit de son aile.

Sur le front du héros il impo$e ses mains :

Soudain, par un pouvoir ignoré des humains.

Dénouant sans efforts les liens de la vie.

Des entraves des sens son âme se délie :

L'ange qui la reçoit dirige son ^essor,

Et le corps du héros paroît dormir encor!

Dans l'astre au front changeant, dont la forme inégale

Grandissant , décroissant ^ mourant par intervalle , f-

Prête ou retire aux nuits ses limpides rayons,

L'étemel étendit d'immenses régions , V

Où des êtres réels , images symboliques , . ^

^8 songes ont bâti leur palais fantastiques.

Sortis derai-formés des mains du TouIrPuissant,

Ils tiennent à 1^ fois de l'être et du ^é^i ;

Un soufre aeriçn est to^te leur as^sfpçe,

Et leur vie est à p^ine uixe ombre d'existence.:

Aucune forme fixe, aucun çonfpur.prpcis^.

N'indiquèrent jamais ces êtres ii^ddc^;

Mais ils sont, aux regards du Dievi qui l6s i^t paître ^

L'image du ppssi^e^ et )çs ombres. ^ l'être!

La matière elle temp^ sont sqwms à leur^ Ipifi.

Revêtus tour-à-tpur de foires 4^ Içur choix,'

Tantôt de ce qui fut, ils rendent l^s imag^;

Et tantôt s'élanç^nt d^nsjelpint^ des âges?

Tous les êtres futurs, ^^ né^pt arrsK^hés, Apparoissent d'avancp ea lei^rs jeux éb£^uc}if s.

Quand la nuit des mortels a fermé la paupière, Sur les pales rayons de, l'astre du mystè^:e ^ j

Ils glissent en sileiice;^ ef, leqrs nombtre^ux essai^ps f Ravissent au s^pm^n^i] les ân^es^ de^ hun^ins , * ^ Et , les portant d'un trait à If urs palçÂs nptet^qu^^ , i Font éclore à leurs yeux des mondes fu^t^cstiq^es. { De leur globe natal les divers Cléments, . |

Subissant à leur. vpix d'é^rpels changeipentç , «

^ss':

Ne sont jaip^s &8:és dans dés formes prescrites , Ne connoissent ni }oi$^ ni repoiSy ni limites; Mais sans oe$8e en tr^?ail, Fun par. l'autre pressés, Séparés, confppdus , attirés, repoussés, Comme le3 jflots mouvants d'une mer en furie Leur forme insaisissable à chaque instant varie : Oïl des fleuves couloient, où mugissoient des mers, Des sommets escarpés s'élancent dans les airs; Soudain dans les vallons les montagnes descendent. Sur leurs flancs décharnés des champs féconds s'étendent, Qui, cliangés aussitôt en immenses déàerts, S'abîment à grand bruit dans des gouffres ouverte! Des cités , des palais et des temples superbes S'élèvent , et soudain sont cachés sous les herbes ; Tout change, et les cités, et les monts et les eaux, S'y déroulent sans terme en horizons nouveaux : Tel rouloit le chaos dans les déserts du vide. Lorsque Dieu séparant la terre du fluide.

De la confusion des éléments divers, Son regard créateur vit sortir l'univers!

C'est là qu^Ithuriel , sur son aile brillante ,

Du héros endormi portoit l'âme tremblante :

A peine il a touché ces bords mystérieux L!ombre de l'avenir édot devant ses yeux!

L'ange l'y précipite; et son âme étonnée Parcourt en un cUn d'oeil l'immense destinée!

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