‹ Nouvelles méditations poétiquesChapitre 6 sur 28 · A M«. DE P · texte numérisé non relu

A M«. DE P

Il est pour la pensée une heure... une heure sainte, Alors que s'enfuyant de la céleste enceinte De l'absence du jour pour consoler les cieux, Le crépuscule aux moûts prolonge ses adieux.

On voit à l'horizon sa lueur incertaine Comme les bords flottants d'une robe qui traîne, Balayer lentement le firmament obscur Où les astres ternis revivent dans l'azur.

Alors ces globes d'or, ces îles de lumière, Que cherche par instinct la rêveuse ||Mipière, Jaillissent par milliers de l'ombre qui s'enfuit Comme une poudre d'or sous les pas de la nuit ; Et le souffle du soir qui vole sur sa trace , Les sème en tourbillons dans le brillant espace.

L'œil ëUoui les cherche et les p^rd à la fois; Les uns semblent planer sâr les cimes des bois, Tel qu'un céleste oiseau doait les rs^ides ailes T'ont jaillir en s'ouvrant des gerbes d'étincelles. D'autres, en flots brillants s'étendent dans les airs, Comiûe xm rocher blandii de l'écume des mers; Ceux-là, comme un coursier Tolant dans la carrière, Déroulent à longs plis leur flottante crinière; Ceuic-ci, sur l'horiion se penchant à demi.

Semblent des yeut oiiirerts sur le monde endormi> Tandis q[u'auk bords du ciel de légères étoiles Voguent 'dans cet axur comme de blanches voiles, Qui, revenant au port, d'un rivage lointain.

Brillent sur l'Océan aux rayons du matin.

De ces astres brillants , son ph» sublime ouvrage. Dieu seul connoît le nombre , et la distance et l'âge ; Les uns dqà vieillis, pâlissent à nos yeux, D'autred se sont perdus dans les routes des cieux. D'autres, comme des fleurs que son souffle caresse, Lèvent un front riant de grâce et de jeunesse , Et charmant l'Orient de leurs fraîches clartés ,

3o MÉDITATIONS

Étonnent tout à coup l'œil qui les a comptés. Dans la danse céleste ils i^élancent... et l'homme, Ainsi qu'un nouveau-né, les salue, et les nomme. Quel mortel enivré de leur chaste regard, Laissant ses yeux flottants les fixer aux hasard, Et cherchant le plus pur , parmi ce chœur suprême , Ne l'a pas consacré du nom de ce qu'il aime ? Moi-même«.. il en^st un, solitaire, isolé, Qui, dans mes longues nuits, m'a souvient consolé, Et dont l'éclat, voilé des ombres du mystère, • Me rappelle un regard qui brilloit sur la terre. . Peut-être?... ah ! puîsse-t-il au céleste séjour Porter au moins ce nom que lui donna l'Amour!

Cependant, la nuit marche, et sur l'abîme immense. Tous ces mondes flottants gravitent en silence , £t nous même , avec eux emportés dans leur cours, Vers un port inconnu nous avançons toujours!

Souvent, pendant la nuit, au souffle du zéphire. On sent la terre aussi flotter comme un navire. D'une écume brillante on voit les monts Couverts Fendre d'un cours égal le flot grondant des airs;

POÉTIQUES. 3i

Sur ces vagues d'azur où le globe se joue, On entend l'aquilon se brl$er sous la proue, Et du vent dans les mêfs les tristes sifflements , £t de sesvflancs battus, les sourds gémissements; £t l'homme sur l'aMme où sa demeure flotte , Vogue avec volupté sur la foi du pilote l Soleils ! mondes flottants qui voguez avec nous , • Dites, s'il vous Ta dit, où donc allons-nous tous? Quel est le port céleste où son souffle nous guide ? Quel terme assigna-t-il à notre vol rapide ?

Allons-nous sur des bords de silence et de deuil Échouant dans la nuit sur quelque vaste écueil Semer l'immensité des débris du naufrage?

Ou , conduits par sa main sur un brillant rivage, Et sur l'ancre étemelle à jamais affern^is, Dans un golfe du ciel aborder endormis?

Vous qui nagez plus près de la céleste voûte , Mondes étincelants, vous le savez sans doute! Cet Océan plus pur, ce ciel où vous flottez , Laisse arriver à vous de plus viv<es clartés ; Plus brillantes que nous vous savez davantage;

Car 9 de la vérité , la lumière est l'image!

Oui : si j'en crois l'éclat dont vos orbes errants

Argentent des forêts les dômes transparents,

Ou glissant tout à coup, sur des mers irritées

Calme en les éclairant les vagues agitées;

Si j'en crois ces rayons dont le sensible jour

Inspire la vertu, la prière, l'amour^"

Et quand l'œil atfeândri s'entrouvre à leur luAiière,

Attirent une l^nhe aux bords de la paupière;

Si j'en crois ces instincts , ces doux pressentiments'

Qui dirigent vers vous les soupirs des amants^

Les yeux de la beauté, les rêves qu'on regrette.

Et le vol enflammé de l'aigle et du poète !

Tentes du ciel! Édens! temples! brillants palais!

Vous êtes un séjour d'innoCence et de paix!

Dans le calme deà nuits, à travers la. distance

Vous en versez sur nous la lointaine influence!

Tout ce que nous cherchons, l'amour, la vérité,

Ces fruits tombés du ciel dont la terre a goûté ,

Dans vos brillants climats que le regard envie

Nourrissent à jamais les enfants de la vie ,

Et l'homme, un jour peut-être à ses destins rendu,

Retrouvera chez vous tout ce qu'il a perdu?

Héks! combien de fois seul veillant sur ses cimes Où notre âme plus libre ades vœux plus sublimes, Beaux astresî fleurs du ciel dont le ly^îest jaloux, J'ai murmuré tout bas : Que ne suis-je un de vous? Que ne puis-jé, échappant à ce globe de boue, Dans la sphère éclatante où mon regard se joue, Jonchant d'un feu de plus les parvis du saint lieu, Éclore tout à coup sous les pas de mon Dieu , Ou briller sur le front de la beauté suprême, Comme un pâle fleuron de son saint diadème?

Dans le limpide azur dp ces flots de cristal^

Me souvenant en cor de mon globe natal,

Je viendrois chaque nuit tardif et solitaire

Sur les monts que |^aimois briHer près de la terre;

J'aimerois h glisser sous là nuit des rameaux .^ '

A dormir sur les prés, à fjdtter sur les eaux;

À percer doucement le voile d'un nuage^y i

Comme un regaixi d'a»i;our que la pudeur ôrôbrage,

Je visiterois l'homme ; et s'il est ici bas

Un front pensif, des yeux qui ne se ferraient pas^

Uneâmeen deuil, uncœurqu'unpoidssublimeoppresse ,

Répandant devant Dieu sa pieuse tristesse,

Un malheureux au jour dérobant ses douleurs

Et dans le sein des nuits laissant couler ses pleurs,

Un génie inquiet, une active pensée

Par un instinct trop fort dans l'infini bpficée;

Mon rayon pénétré H'une sainte amitié

Pour des maux trop connus prodiguant sa pitié

Comme un secret d'amour versé dans un cœur tendre,

Sur ces fronts inclinés se plairoit à descendre!

Ma lueur fraternelle en découlant sur epx

Dormiroit sur leur sein , souriroit à leurs yeux :

Je leur révélerois dans la langue divine

Un mot du grand secret que le malheur devine !

Je sécherois leurs pleurs ; et quand l'œil du matin

Feroit pâlir mon disque à l'horizon lointain ,

Mon rayon «j quittant leur paupière attendrie

Leur laisseroit encor la vagué rêverie ,

Et la paix et l'espoir; et lassés de gémir,

Au moins avant l'aurore ils pourroient s'endormir!

Et vous brillantes sœurs! étoiles, mes compagnes.

Qui du bleu firmament émaillez les campagnes!

Et cadençant vos pas à la lyre des cieux,

Nouez et dénouez vos chœurs harmonieux !

Introduit sur vos pas dans la céleste chaîne,

Je suivrois dans Tazur l'instinct qui' vous entraîne,

Vous guideriez mon œil dans ce brillant désert ,

Labyrinthe de feux' oii le regaiixl^ 66] perà^l

Vos rayons ro'«pprendrokHt.èt Ibttèr, jà côraiotftrfe *

Celui que neus^ cherchons , qdé VôtÉê v'o^Èifeat^éi^

Et noyant dans son sein mes treniblant^À^târtéÀV

Je sentirob en lui... tout ceapilp voti^sentipzl *

' . • ' • ' fi -^

Page 1