DEUXIÈME APPENDICE
11 est arrivé quelquefois au chevalier do La maso, qui a crénéralemont consigné les faits, soit d'après sa mémoire, qui pouvait s'estomper avec le temps, soit d'après les relations de témoins sujets à l'erreur, quoique sincères, de commettre de légères inexactitudes de détail. Nous étant attachés à vérifier chacun de ses récits, nous n'avons jamais hésité à signaler au bas des pages les erreurs par hasard rencontrées. Mais il en est des corrections des mémoires comme de celles des épreuves d'imprimerie. On a beau y concentrer toute sa conscience et toute son attention, on y découvre toujours quelques points à redresser, quelques virgules à déplacer.
En revoyant pour la dernière fois les épreuves de ce livre, nous avons cru nous apercevoir que certaines assertions de l'auteur prenaient leur source dans les bruits erronés qui avaient cours à son époque. Sa bonne foi étant au-dessus du soupçon, nous désirons qu'on soit bien persuadé que celle de ses éditeurs et héritiers l'est également. Nouo avons multiplié nos recherches et nous consignons ici leurs résultats.
Note 1, p. 34.
Le père de Diélrich est bien mort en prison, mE^is son incarcération no doit pas être imputée à son fils, car elle fut postérieure de longues semaines à l'arrestation de celui-ci. En le chargeant du crime de parricide, l'auteur n'a fait évidemment que relater les nouvelles mal fondées qui circulaient dans les milieux de l'émigration, où le nom du maire de Strasbourg était en exécration.
Note 2, p. 159.
Ce fut, loiigtomps, on Limousin, une opinion généralement adoptée que le proconsul Lanot s'était fait sauter la cervelle, ne pouvant plus supporter les avanies dont l'accablaient ses concitoyens.
Mais les chercheurs — et ils sont nombi'eux dans le pays — ont v^oulu en avoir le cœur net. Ils n'ont trouvé nulle part, ni dans les registres de l'état civil de Tulle, ni dans tout autre écrit contemporain, trace de cette fin tragique. Lanot a disparu vers 1803, sans qu'on ait entendu parler de lui et sans qu'on se soit préoccupé de sa disparition. A-t-il été égorgé dans un bois et enterré au pied d'un arbre par le fils d'une de ses victimes? A-t-il fui comme Gain et s'est-il transformé en mendiant comme le secrétaire de Carrier qui est tombé mort, en 1860, presque centenaire, sur les marches de l'église Saint- Gervais et Saint-Protais, où il a demandé son pain durant soixante-quinze ans, et qu'on n'a identifié qu'alors? Lanot, repentant, s'est-il réfugié dans une trappe lointaine? Toutes les suppositions sont possibles et plausibles, mais il semble bien que la légende du coup de pistolet dans sa chambre solitaire doive être reléguée au rang des fables.
Note 3, p. 162.
Borie ne fut pas un méchant homme de nature, c'est certain, mais le chevalier de Lamase pèche par indulgence en l'innocentant de tous autres crimes que celui de régicide. Borie a partagé les responsabilités des autres conventionnels en votant les lois sanguinaires qui ont à jamais déshonoré cette assemblée et chacun de ses membres. En outre, il a fait partie, avec Cavagnac et Pinel, de la mission qui fut envoyée dans les Basses-Pyrénées et les pays basques pour en terroriser les habitants. II y a fait jouer la guillotine et il y a commis d'autres méfaits dont le moindre était le viol des femmes et des jeunes filles. C'était, paraît-il, la spécialité de ce trio.
Note 4, p. 114.
Le procès en béatification des victimes de la prison des Carmes vient d'être terminé après six années d'enquêtes approfondies et le dossier envoyé à Rome, avec conclusions favorables. L'abbé de Lubersac figure sur la liste des deux cents et quelques martyrs qui vont être proposés à notre vénération. Il ne semble pas qu'il ait tenté d'échapper à ses bourreaux, comme il en avait d'ailleurs le droit. Il les a même étonnés par son ardeur à confesser sa foi et sa résignation en fi ce de la mort.
Note 5, p. 64.
On ne lira pas sans intérêt cette curieuse décision prise par la Commission militaire siégeant à Bordeaux, le 22 frimaire an II, au sujet du banquier juif Peixotto :
tt Accusé d'avoir poussé l'aristocratie, même sous l'ancien « régime, jusqu'à prétendre qu'il descendait de la famille ;< Lévi et qu'il était, par cela même, le premier noble du « royaume; d'avoir platement fait sa cour aux rois et de « leur avoir élevé des statues; la Commission militaire, (1 convaincue que celui qui idolâtra les rois et eut l'orgueil « de vouloir être au-dessus de tous les nobles, ne pourra « jamais être l'ami de l'égalité, et que, sous ce rapport, '« l'accusé pourrait, sans injustice, être rangé parmi les « hommes proscrits par la loi du 27 mars 1793; ayant « cependant égard à son empressement à acheter des biens « nationaux, quoiqu'il ne put avoir en vue que son intérêt « particulier, le condamne à une amende de 1.200.000 livres, . dont 100.000 au profit de la république, et 100.000 pour les « sans-culottes de Bordeaux; jusqu'au paiement de cette « dernière somme, il gardera prison close, et lui accorde « 3 mois pour paiement du million restant. »
Note 6, p. 241.
En compulsant les annuaires militaires de la fin du règne de Louis XVI, nous n'avons trouvé aucun régiment d'ar-
tillerie qui contînt simultanément les noms de Buonaparte et de Parcl. Celui-ci s'était sans doute suggéré à lui-même qu'il avait commandé au futur empereur et il avait fait partager cette conviction à ses amis et à sa famille, où le bruit circule encore qu'il aurait prêté deux louis à Napoléon. Tous ces détails sont sans importance réelle, mais quand même méritent d'être rectifiés, car des erreurs autrement considérables naissent souvent ainsi et faussent l'histoire.
Avertissement des Éditeurs Préface ...-...•..