Nouvelles nouvelles
Mon cher Alexandre, vous avez oublié peut-être, sous les frais ombrages de Saint-Germain , les tamaris brûlants du Château-Vert. Cela se conçoit. Quand on redoute comme vous les excès ascendants de Réaumur, la lune fait oublier le soleil. Alors , je veux vous remettre en mémoire cette plage de la Méditerranée, immense miroir des étoiles, où nous allions si souvent improviser des tragédies et des chansons, loin du public, loin des coulisses, loin des acteurs. Au moment où votre avenir commence, je tiens à vous faire enregistrer dans les fraîches archives de votre cerveau les premières pages de votre passé qui s'éloigne, surtout parce que ce passé se lie à des rivages que vous avez chéris et qui vous ont aimé.
Quand votre glorieux père, notre meilleur ami, faisait périodiquement, toutes les années, une halte dans notre Provence, nous ne manquions jamais de donner deux convives de plus aux hôtelleries maritimes et champêtres de Courty et du Château -Vert. Nos repas s'élevaient souvent à la hauteur d'un festin que Balthazar aurait signé; nous les prolongions jusqu'aux heures suspectes qui épuisent les bougies; nous nous racontions des histoires vraies comme des romans , dont le succès ne dépassait pas la nappe du festin.
Votre père, ce prince des historiens, peut employer mille et une nuits à se donner ces amusements , et , après ce nombre , il renouvellerait son bail , au grand désespoir 219 a