C VILLAGES QUE JE PROPOSE D’ÉTABLIR EN AFRIQUE
Ces villages devraient , à mon avis , avoir une forme carrée, chaque côté de carré ayant une longueur de \oo mètres, ce qui donne pour un village une superficie de 160,000 mètres carrés. Ils seraient d’abord traversés par quatre rues à angle droit., dirigées suivant les quatre points cardinaux. La largeur de chaque rue serait de douze mètres. Deux lignes d’arbres placés à trois mètres des maisons formeraient une allée qui aurait six mètres de largeur, et qui servirait de passage aux voitures, les contre-alléees étant réservées aux piétons.
Lorsque la population se serait suffisamment accrue, les îles de maisons pourraient aisément être coupées par de nouvelles rues, parallèles aux anciennes, ce qui permettrait d’augmenter beaucoup le nombre des maisqns.
Les quatre rues bordant le rempart auraient neuf mètres de largeur et seulement une contre-allée. Une des lignes d’arbres serait plantée au pied du talus du rempart.
Le terre-plein de ce rempart aurait trois mètres de hauteur, deux mètres de largeur dans la partie supérieure , et cinq mètres dans sa partie inférieure , ce qui donnerait au
talus une inclinaison de quarante-cinq degrés.
Le mur de soutènement , et en même temps de défense, serait construit en pisé ou mieux en torchis ; il aurait quatre mètres cinquante centimètres de hauteur sur une largeur d’un mètre trente-trois centimètres à sa base, et de cinquante centimètres a sa partie supérieure.
La berme n’aurait que trente-trois centimètres de largeur , ce qui est bien suffisant dans un pays où les terres sont aussi compactes que celles de la Mitidja, et où on n’a pas d’attaque d’artillerie à craindre.
Le fossé aurait quatre mètres de profondeur, six métrés de largeur à sa partie supérieure , et deux mètres dans la partie
inférieure.
L’escarpe et la contrescarpe du fossé , ainsi que le talus intérieur du rempart, seraient revêtues d’un simple gazonnage. ■*
Ces dispositions sont suffisantes contre les agressions des Arabes. Cependant, pouraugmenter encore la sécurité des colons et permettre de faire des sorties fréquentes avec la majeure partie de la garnison , je proposerais d’établir à chacun des angles du village une tour carrée en maçonnerie de huit mètres de côté ; au rez-de-chaussée seraient les petits magasins nécessaires à la garnison. Au premier étage, qu’on soutiendrait par un blindage fait avec soin, on placerait deux pièces de canon avec des embrasures. Au second étage, se
trouverait un parapet pour la fusillade, et des mâchicoulis qui défendraient le pied des tours.
Il y aurait ainsi, pour défendre le fossé trois rangs de feu, y compris ceux du bastion; chaque tour serait environnée d’un petit bastion en terre de dix-huit à vingt mètres de face , sur six à sept de flanc et vingt-deux à vingt-trois de gorge. La tour servirait de réduit à cet ouvrage où serait placé un obusier de 24 .
Les fossés seraient ainsi vus et battus dans toute leur longueur.
Avant d’assigner à chaque colon l’emplacement où il doit bâtir, on choisirait les locaux nécessaires pour le casernement des troupes, les hôpitaux, les magasins et autres bâtimens militaires.
Le gouvernement n’aurait à s’occuper que de la construction des fortifications, qui, à cause de leur simplicité , ne saurait être dispendieuse. Chaque colon devrait bâtir à ses frais la maison qu’il veut habiter, en se conformant à l’alignement qui aurait été tracé.
d LA FERME EXPERIMENTALE.
Cette localité a été particulièrement désignée comme un endroit malsain et improductif; il est bon que le public sache à quoi s’en tenir sur la valeur de ces assertions.
Cette ferme fut établie en novembre i83o; elle eut alors toute la protection de l’autorité; les actionnaires avaient choisi eux-mêmes l’habitation et les terres qui sont à 56 mètres audessus du niveau de la Mitidja sur le versant sud du massif d’Alger. Auprès se trouve une fontaine qui fournit abondamment de l’eau; les terres sont de très bonne qualité, dans lai plaine seulement, mais souvent inondées.
On semadu blé et de l'avoine en i83o. Le terrain fut défoncé, mal labouré en décembre. La récolte de i83i prouva que le grain rendait 20 au lieu de 5 pour un comme on l’a dit; mais la presque totalité de la récolte fut incendiée par les Arabes, lorsqu’ils suivirent nos troupes évacuant Médéah, en représailles de ce qu’on avait fait à Regha.
Du moment que la Ferme cessa d’être protégée, elle cessa de prospérer; c’est un résultat tout simple.
Si l’occupation de ce poste a été funeste aux troupes , c’est parce qu’on a négligé dans l’hiver de i83i à i832, de procurer un écoulement aux eaux qui sont dans le voisinage. Si j’étais resté dans le pays, j’aurais fait exécuter ce travail , et les fièvres n’auraient pas eu lieu.
Cette dernière observation s’applique aussi à la Maison-Carrée. Il n’y a donc aucune bonne foi dans les reproches adres-* sés au sujet de ces postes. Je voulais fonder; après moi on s’efforça de détruire. On a réussi à faire le mal , comme j’étais parvenu à produire quelque bien.