‹ Nouvelles observations sur la précipitation de l'oxide d'or par la potasseChapitre 1 sur 1 · PAR M. FIGUIER · texte numérisé non relu

PAR M. FIGUIER

Professeur de chimie à l’e'cole spéciale de Pharmacie de Montpellier,

anomalies que présente la précipitation de l’oxide d’or par la potasse , sont sans doute la cause que les chimistes qui ont traité de ce corps ont obtenu des résultats différens. C’est ce qu’on voit en lisant leurs Mémoires , notamment ceux qui ont été publiés depuis que M. Cbrestien a fait connaître ses observations sur les propriétés médicinales de diverses préparations aurifères. M. Vauquelin dit (i) que la potasse caustique , le sous-carbonate de potasse, la soude, la baryte la cbaux , ne précipitent pas cet oxide à froid. MM. DupOrtal et Pelletier annoncent le même fait (2). M. Oberkampf ^ au contraire , a obtenu un précipité par l’affusion de ces bases à froid dans une solution de muriate d!or. Ce dernier cbimiste donne pour certain ce que M. Vauquelin ne faisait que présumer , savoir : que les sels triples de l’or ne sont pas décomposés par l’addition des mêmes bases , pas même par l’ammoniaque (3). Tous ces auteurs s’accordent sur ce fait, qu’une dissolution très-acide de muriate d’or ne forme aucun précipité par l’affusion des alcalis , soit à froid , soit à l’aide de la chaleur. En publiant moi-même le mode des préparations aurifères dont M. Cbreslien fait usage dans sa pratique (4) , j’annonçais , en traitant de l’oxide d’or par la potasse^ quelques faits qui ne concordaient pas avec ceux des chimistes précités. Cette divergence dans les résultats et dans la théorie entre des cbi-^

(1) Annales de Chimie, tome 77.

(2) Ibidem , tome 78.

(^3) Ibidem , tome 8o.

(4) B ul (clin de Pharmacie, tome 3.

îiiistes si distingués , justifie bien ce que dit le célèbre Proust dans son Mémoire , inséré dans le Journal de Physique , sur les difficultés que présente Fobtention de Toxide d’or par^la potasse, et est bien propre à induire eii erreur les pharmaciens qui sont appelés à préparer cet oxide pour l’usage de leur officine. 11 m’a paru utile de les fixer sur ce point , et de leur faire ,comiaître un procédé facile pour la préparation de ce corps , dont l’usage comme médicament va toujours croissant. Ce procédé étant lié à des expériences que j’ai faites, cpii infirment celles de MM. Vauquelin et Oberkampf, je dois préalablement les rapporter.

D’après ces chimistes , une dissolution très-acide de muriate d’or ne forme pas de précipité par l’affusion des alcalis. Les expériences suivantes prouvent qu’il n’en est pas ainsi.

Six grammes de muriate d’or sec ont été dissous dans cent cinquante grammes d’eau distillée ; la solution filtrée a été divisée en deux parties égales et mises dans deux verres coniques ; dans un , j’y ai mêlé quatre grammes d’acide muriatique , j’ai saturé à froid l’une et l’autre solution , avec de la potasse caustique dissoute dans de l’eau 5 leur couleur jaune est passée au rouge foncé -, peu de temps après les liqueurs se sont troublées -, il s’est développé un précipité floconneux de couleur grise; ces précipités augmentaient par le temps et devenaient plus foncés ; après quarante -huit heures ils parurent être à leur maximum d’augmentation et de coloration ; je n’observai aucune différence entre les deux, sinon que, pour le produire, il fallut employer une plus grande quantité de potasse dans le muriate d’or acide que dans celui qui l’était moins ; mais j’ai constamment observé que, dans l’un et l’autre cas , il fallait que la potasse y fût en excès pour que les précipités fussent abondans. Après avoir filtré séparément ces liqueurs , je les mis dans de petits matras et les exposai à Faction d’une chaleur modérée; il se forma encore de nouveaux précipités bien plus foncés en couleur; je les réunis aux premiers, les lavai avec de Feau

pure, et je les fis sëclicr. Pesës daus cet état, leur poids représentait les deux tiers de For c|ui était en dissolution : celui obtenu de la dissolution acide ne diiïérait de celui cpit ne l’était pas , que d un décigramme. Les licpieurs qui avaient fourni ces précipités contenaient encore de l’or; elles passèrent au jaune par l’afliision de l’acide muriatique, et donnèrent de nouveaux précipités par la potasse , quoiqu elles fussent avec excès d’acide avant l’addition de l alcali ; en sorte qu’en les traitant alternativement par la potasse et l’acide muriatique , je parvins à en extraire tout For contenu dans le muriatc , ainsi que je Fai avancé dans mou premier Mémoire. Si , après avoir obtenu le premier précipité et ajouté à la liqueur filtrée quantité sufiisante d’acide muriatique ou nitrique pour saturer la potasse et y développer la couleur jaune , on la fait évaporer convenablement, on obtient des cristaux colorés en jaune , conservant la forme géométrique du sel alcalin. Ces sels , en se dissolvant dans l’eau, la colorent en jaune , et sont susceptibles de donner de l’oxide d’or, en les traitant, soit par la même base alcaline, soit par une de toute autre nature, ainsi cpi’il sera dit ciaprès. J’ai fait les mêmes expériences en employant le sonscarbonate de potasse , au lieu de potasse eaiisticjue ; memes résultats, à la dilférence cj[ue des précipités étaient moins abondans et moins colorés ; mais , aidés par le temps et par le calorique, ils présentaient les mèmès pbenomenes.

Ces expériences, qui ont été souvent répelées, prouvent^ 1°. qu’une solution très-acide de muriate d or laisse précipiter , à peu > de cliose près, la même somme d oxide que celle qui l’est peu ; que l’oxide dW n est pas si soluble

dans les alcalis qu’on le croit.

Voici , ce me semble , comment agissent les alcalis Sur les muriates d’ôr : les premières molécules saturent 1 exces d aeide que le muriate contient*, cette quantité est en raison de celle de l’acide : les secondes fonnent un sel à double l^ase par leur union avec le muriate d’or neutre , lequel est en partie décomposé par un excès d’alcali et Foxide d or en

est éliminé. Ce qui vient à rappui de ce que j’avance, ce sont les phénomènes qu’on observe lorsqu’on ajoute la potasse à la solution aqueuse du muriate d’or. La première affusion faite avec soin n’y développe aucun changement; en contiimant , la liqueur perd sa couleur jaune ; c’est alors que le sel triple se forme : lorsqu’on ajoute la potasse en excès, la liqueur passe au rouge foncé , et peu de temps après le précipité commence à paraître ; il devient plus foncé en couleur et plus abondant à fur et mesure que la décomposition du sel triple a lieu , ce qui ne s’opère que lentement à la température ordinaire; elle est plus active et plus complète en portant la liqueur à l’ébullition : c’cst pourquoi celle qui a donné un précipité à froid, en forme un second plus coloré en la faisant chauffer.

Des sels triples de Vor,

D’après M. Oberkampf , les sels triples que forme l’or ne peuvent être décomposés par les mêmes bases. L’oxide d’or que j’avais obtenu en décomposant une dissolution très-acide de muriate d’or par la potasse , me portait à croire qu’il en était autrement ; néanmoins je voulus m’en assurer en répétant les expériences que M. Oberkampf cite à lappui de son assertion. En conséquence , j’ai pris cinq grammes de muriate d’or concret , je les ai fait dissoudre dans deux cents grammes d eau pure ; la solution a été fractionnée en cinq, et * mise dans des vers coniques. Dans le premier, j’ai fait dissoudre cinq décigrammes de muriate de potasse ; dans le second , meme poids de muriate de soude ; dans le troisième , de muriate de baryte ; dans le cjuatrième , de muriate d ammoniaque ; et ^ dans le cinquième, de muriate de chaux. Ces liqueurs furent filtrées , et j’ajoutai aux trois premières une solution aqueuse de leur même base alcaline. La cinquième fut mêlée , dans un flacon bouché, avec deux cents grammes ci’eau de chaux. Toutes les quatre conservèrent lepr transparence pendant environ une heure ; mais alors elles commencèrent à donner des signes de de-

coniposîtion ; il parut un nuage floconneux qui ne tarda pa^ à se précipiter : la couleur était peu foncée d’abord 5 mais après quarante-huit heures ils furent d’un gris foncé et plus abondans *, il faut excepter celui de baryte , qui fut toujours de couleur de brique : quant au quatrième , le précipité fut instantané et considérable dès l’affusion de l’ammoniaque 5 sa couleur était celle de l’or fulminant. Trois jours après je séparai les précipités , et exposai la liqueur à l’action d’une douce chaleur , en exceptant la quatrième ^ chacune d’elles forma un nouveau précipité dont la couleur était plus foncée que le premier. La liqueur surnageante donnait encore quelques signes de la présence de l’or. Toutes ces expériences furent répétées en employant partie égale de muriate d’or et de muriate alcalin. En exposant d’abord les solutions à une douce chaleur , la décomposition fut prompte , le précipité plus abondant et plus coloré. Dans ces expériences, j’ai constamment observé qu’un excès d’alcali, bien loin de rendre moindre le précipité , le rendait au contraire plus grand. D’où vient que mes résultats sont si différons de ceux obtenus par M. Oberkampf? je l’ignore. Mais qu’on fasse mes expériences , et l’on observera les phénomènes que j’annonce.

Non-seulement les sels triples de l’or sont décomposés par les mêmes bases , mais encore par des bases différentes; le muriate d’or et de soude peut être décomposé par la potasse ainsi que par la chaux. Celte décomposition offre aux pharmaciens deux moyens d’obtention de l’oxide d’or. Le premier consiste à faire dissoudre dans environ quatrevingts parties d’eau distillée le muriate d’or concret, précipiter à froid son oxide par la potasse caustique , en séparer le précipité après quarante-huit heures , faire chauffer la liqueur qui donnera un second précipité qu’on séparera par la filtration , et on traitera de nouveau la la liqueur filtrée alternativement par l’acide muriatique et la potasse. Le second moyen est de faire dissoudre dans une petite quantité d’eau trois grammes de muriate d’or sec ^

OU six grammes de muriate triple d’or et de soude , mêler cette solution avec un litre d’eau de chaux dans un vase de verre bouché; quarante-huit heures après que le mélange est fait , on sépare le précipité , on expose la liqueur à l’action du calorique , qui y développe un second précipité , qu’on réunit au premier par une seconde filtration. Le liquide recèle encore de l’or ; on peut l’obtenir à l’état d’oxide , eu le faisant évaporer jusqu’à siccité , lavant le résidu avec de i’eau pour le priver du muriate de chaux qu’il contient , et le traitant ensuite à chaud par le vinaigre distillé , qui .dissout l’oxide d’or et un peu de chaux carhoiiatés ; ce qui résiste à l’action du vinaigre distillé est de For métallique.

La solution acétique d’or est évaporée avec soin jusqu’à siccité; le sel est dissous ensuite dans l’eau de chaux qui en sépare l’or à l’état d’oxide.

Si toutefois on ne veut procéder à l’évaporation de l’eau de chaux qui a fourni les deux premiers précipités , on peut en séparer For à l’état métallique , en ajoutant à la liqueur de l’acide muriatique en excès ; on en précipite For à l’état métallique , par le moyen d’une solution de proto-sulfate de fer. Cet or peut être administré comme or divisé suivant la méthode de M. Chrestien , ou servir pour des opérations subséquentes.

En traitant de la précipitation de For par la potasse , j’ai annoncé que la liqueur qui a donné un précipité d’oxide j passait au jaune par Faffusion de Facide muriatique , et que dans cet état, en procédant à une évaporation , on obtenait am munate de potasse coloré en jaune , ou un nitrate si on a employé de 1 acide nitrique. Ces sels paraissent être à l’état de mélange avec une petite quantité de sel triple d’or et de potasse. Si on fait dissoudre ce sel mixte dans de Feau de chaux , ce muriate d’or et de potasse se décompose , l’oxide d’or se précipite.

De ces observations on en doit déduire :

1°. Qu une solution très-acide de muriate d’or peut fournir , par la potasse , une quantité d’oxide d’or , à peu de

cliose près , aussi grande qu’en donne une dissolution de ce sel peu acide 5

2®. Que les sels triples de For peuvent être décomposés par leur même base mise en excès;

3". Que ces sels peuvent également être décomposés par des bases différentes mises aussi en excès ;

/ff. Que, de tous les corps alcalins , c’est la diaux qui, à poids égal , décompose une plus grande quantité de muriate d’or non acide.

Suï' la préparation et l’administration du înuriate d’or.

Pour que les médicamens produisent sur l’économie animale les effets qu’on en attend , il ést nécessaire qu'ils soient bien préparés et d’une manière constante. Cette observation , générale à tous les médicamens composés , s’applique plus particulièrement à ceux dont Faction est énergique, et qui présentent quelques difficultés pour les obtenir dans cet état; tel est le muriate d’or et de soude. De toutes les préparations aurifères que le docteur Chrestien a fait connaître , c’est cette dernière qui jouit de la propriété stimulante au plus haut degré, et dont l’usage est le plus répandu. Ces considérations m’ont engagé à décrire quelques nouvelles observations que j’ai faites sur sa préparation et son administration. 11 importe que ce sel soit bien homogène; c’est pourquoi, quand , lors de sa préparation, on s’aperçoit qu’il se forme à la surface du liquide une pellicule saline J1 faut remuer continuellement avec une spatule de verre jusqu’à siccité , et achever sa dessiccation dans un mortier de verre ou de porcelaine placé sur un bain de sable légèrement chauffé , et pulvériser le sel à fur et mesure qu’il se dessèche, en, se servant d’un pilon de même matière qu’est le mortier ; ainsi sec et pulvérisé, ce sel doit être mis dans un flacon de cristal , qu on a préalablement fait chauflier. Les mêmes précautions doivent être prises pour la préparation dumiiriale d’or pur.

Le muriate triple , iors de son administration , est mêlé avec deux parties de poudre végétale; c’est l’iris de Florence dont on se sert le plus souvent. J’ai observé que, parle temps, ce mélange change de couleur ; il devient gris , principalement lorsque le sel et la poudre végétale ne sont pas bien secs. Ce changement de couleur annonce un commencement de décomposition du sel aurifère : l’humidité favorise cette décomposition , de là la nécessité de bien dessécher l’un et l’autre de ces corps avant et pendant leur mélange. Une autre circonstance qui concourt à conserver ce sel dans son étal de pureté , c’est que l’iris de Florence , ou toute autre poudre végétale , soit privée de ses principes extractifs résineux et gommeux; c’est pour remplir ce but que je le fais macérer dans de Falcohol, et ensuite dans de l’eau chaude, afin d’enlever aussi partie des sels terreux que contient le ligneux. Je le traite de manière à ne laisser que ce dernier corps , qui ^ lorsqu’il est bien pulvérisé , desséché et exactement mêlé avec le muriate triple d’or n’altère point ce sel. Ce mélange se conserve long-temps sans éprouver de changement dans sa couleur et conséquemment dans ses propriétés médicinales.

Le muriate d’or pur , attirant puissamment l’humidité de 1 air , présente plus de difficultés dans son administration que n en présente le muriate triple. Le mode que je pratique lorsqu il est prescrit pour être pris intérieurement , est de le faire dissoudre dans une proportion connue d’eau distillée. A cet effet, je fais fondre seize grains de ce sel dans une once d eau, je conserve cette solution dans un flacon de cristal a 1 abri de la lumière ; un demi-gros représente un grain de muriate , qui est réduit en pilules avec quantité suffisante d amidon ; on mêle avec plus grande quantité d’eau lorsqu’on veut le faire prendre à l’état liquide.

IMPRIMERIE DE FAIN, RUE DE RACIiNE, PEAGE DE L’ODÉON.

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