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Nouvelles Observations Sur Les Aiguillons Du Rosa Sericea Lindl

De ccs diverses expériences, on peut conclure que, toutes choses égales d’ailleurs, le pouvoir absorbant varie considérablement avec le poids de la graine, mais que, cependant, il n'y a pas une proportionnalité absolue entre les deux. La seule chose générale que l’on puisse dire à cet égard est que chez certaines graines, telles que les Fèves et les Haricots, le pouvoir absorbant est plus fort chez les échantillons de petite taille, tandis que chez d'autres, telles les graines du Lupin et les caryopses de Maïs, le pouvoir absorbant est plus fort chez les échantillons de grande taille.

11 résulte de ces conclusions, et c’est là le point sur lequel nous désirons surtout appeler l’attention, que lorsqu’on voudra étudier le pouvoir absorbant sous diverses influences expérimentales, on devra, pour obtenir des résultats comparables et pour neutraliser en partie les variations individuelles, s'adresser non seulement au même paquet, mais encore choisir dans celui-ci les graines de même taille.

M. Cornu présente à la Société, de la part de l’auteur, M. Raoul, le premier volume du Manuel pratique de cultures coloniales, et donne quelques détails sur cette publication^

M. Duchartre fait à la Société la communication suivante :

NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LES AIGUILLONS DU ROSA SE R ICE A Lindl.,

« par M. P. DUCHARTRE.

Lorsque j’ai écrit, sur les aiguillons du Rosa sericea Lindl., la Note qui a paru dans la Revue générale de Botanique (1), je n’avais à ma disposition, outre des données bibliographiques relatives à l’histoire botanique de ce Rosier, qu’un rameau frais et non disposé à fleurir qui m’avait été donné obligeamment par M. Maurice de Vilmorin. Ce rameau avait été pris sur un pied en bonne végétation, qui est cultivé par M. Maurice de Vilmorin, dans son domaine des Barres (Loiret). La publication de cette Note m’a valu deux communications importantes, dont l’une a ouvert pour moi un nouveau champ d’observations. D’un côté, M. Crépin, le savant botaniste belge, dont tout le monde connaît les beaux et nombreux travaux sur le genre Rosa, m’a fait l’honneur de m’écrire pour me fournir quelques indications d’un réel intérêt; d’un autre côté, M. Franchet a bien voulu me confier temporairement la nombreuse série des échantillons du Rosier soyeux que renferme l’her-

(1) Duchartre (P.), Note sur les aiguillons du Rosa sericea Lindl. (Revue générale de Botanique , V, 15 janvier 1803, p. 5-11, fig. 1-3).

DUCHARTRE.

bier du Muséum d’Histoire naturelle, et qui proviennent tous d’envois faits par M. l’abbé Delavay, missionnaire français, qui les a lui-même recueillis en Chine, de 1883 à 1888, à différents moments de l’année, depuis le mois d’avril jusqu’à la fin du mois de décembre.

Grâce à ces précieuses communications, j’ai pu élargir notablement le cercle de mes connaissances sur les conditions dans lesquelles se produisent et se développent les curieux aiguillons du Rosier soyeux que j’ai qualifiés de laminaires, ainsi que sur quelques autres points relatifs à la manière d’être de cette espèce. Je crois donc qu’il n’est pas hors de propos de consigner dans une seconde Note les résultats de mes nouvelles observations. Bien que je ne veuille pas reproduire ici la description que renferme mon premier article, je ne pourrai me dispenser de rappeler, en quelques lignes, certaines des indications qui s’y trouvent et sans lesquelles ce que j’aurai à dire serait peu intelligible pour ceux qui n’auraient pas eu sous les yeux mon premier écrit.

Le Rosa sericea Lindl. est une espèce sujette à de nombreuses variations. Sa variabilité avait été signalée, dès 187*2, par M. Crépiii (1), dans les termes suivants : « Il existe un autre type asiatique qui est bien » autrement instructif sous le rapport des variations... Ce type, qui est » le Rosa sericea Lindl., varie d’une façon extraordinaire dans plu- » sieurs de ses organes. Ses axes sont complètement inermes ou forte- » ment aiguillonnés. Dans ce dernier cas, l’armature offre deux états » distincts : ou bien les aiguillons ont celte forme étrange qu’on n’observe

* que dans cette seule espèce, aiguillons très aplatis, largement trian-

* gulaires, à pointe horizontale, ordinairement géminés ou ternés sous

* les feuilles, sans être accompagnés d’aucune autre production de 1 é- » corce, ou bien les grands aiguillons sont plus étroits que les précé- » dents, à pointe fortement relevée, accompagnés de nombreux aiguil-

* Ions sétacés et de soies glanduleuses recouvrant tous les entre-nœuds. Parfois les aiguillons géminés deviennent petits, peuvent même dispa-

» raître et alors les axes sont seulement sétigères » ( loc.cit ., p. 102).

Cette variabilité du Rosa sericea a été aussi très bien constatée par M. Franche!, qui, dans l’herbier du Muséum, classant les nombreux échantillons chinois de cette espèce, les a répartis en trois variétés nommées par lui pteracantha , glabrescens et denudata. La variété pteracantha, vrai type de l’espèce, justifie la dénomination spécifique de eericea par ses feuilles couvertes aux deux faces, mais surtout à 1 inférieure, d’un duvet soyeux qui les blanchit sensiblement. Elle porte les deux sortes d’aiguillons que j’ai distingués sous les dénominations

(1) Crcpin (Fr.), Primitiæ Monographies Rosarum; Matériaux pour servir à toure des Roses, 2* fascic. (Bull, de la Soe. roy. de Bot. de Belgique, XI, P- 15-130).

l’his-

d 'aciculaires (en forme d’aiguille, c’est-à-dire très aigus, peu ou point anguleux DC., Thèor. élément., p. 488) et laminaires ou développés, dans le sens vertical, chacun en une longue lame mince, en saillie de plusieurs millimètres, et dont le bord libre a finalement la forme d’une accolade. Quant aux variétés glabrescens et denudata, elles ont, comme caractères communs, des feuilles glabres et l’absence d’aiguillons aciculaires sur la tige et ses ramifications; mais, chez la première, il s’en trouve quelques-uns en dessous du pétiole commun et de la côte des feuilles. Pour les aiguillons laminaires, il manquent presque sur certains échantillons de la variété glabrescens, tandis que, sur d’autres, on les observe en assez grand nombre, d’où l’on peut dire, en somme, que leur présence, dans cette variété, est plus fréquente que leur absence.

La dénomination de denudata donnée par M. Franchet à sa troisième variété du Rosa sericea semble indiquer que les arbustes qui la constituent sont privés non seulement de toute villosité, mais encore de toute armature. Au premier coup d’œil jeté sur les six spécimens spontanés pour lesquels elle a été établie, il semble bien qu’il en soit ainsi; toutefois, en examinant avec attention ces mêmes spécimens, on voit des aiguillons laminaires en plus,ou moins grand nombre sur chacun.

Il reste ainsi établi que, des deux sortes d’aiguillons que peut produire le Rosa sericea Lindl., l’une, et c’est précisément l’analogue des piquants de tous les autres Rosiers, est sujette à disparaître entièrement sur l’axe, tandis que l’autre, à en juger du moins par les nombreux échantillons venus de Chine dans l’herbier du Muséum, peut bien devenir plus ou moins rare, mais est toujours représentée. On ne peut donc pas dire que cette espèce devienne jamais « complètement inerme », comme l’avait écrit M. Crépin.

Les aiguillons aciculaires ne m’ayant présenté rien d’autre à mettre en relief que leur présence ou leur absence, selon les variétés de l’espèce, je les laisse entièrement de côté. Quant aux aiguillons laminaires, pour faciliter l’intelligence de ce qui va suivre, je crois devoir exposer succinctement comment, grâce au rameau frais qui m’avait été donné, je les ai vus apparaître et se développer.

A l’origine, ils apparaissent sur l’axe, chacun immédiatement sous l’une des extrémités de la ligne horizontale d’insertion d’une feuille jeune, et comme deux petits mamelons symétriques l’un avec l’autre. Bientôt chaque mamelon s’allonge en une pointe d’abord recourbée vers le haut, puis droite, qui en fait un aiguillon semblable d'aspect à ceux de la généralité des Rosiers, mais qui s’attache à l’axe sur une longueur déjà un peu plus grande de haut en bas que de gauche à droite. L’aiguillon commence donc déjà à s’aplatir et à s’allonger dans sa portion basilaire ou fixée à l’axe. L’épaisseur transversale de cette même portion

inférieure restera désormais à fort peu près invariable, tandis que sa longueur dans le sens vertical, c’est-à-dire selon son attache, va désormais augmenter rapidement et finira ainsi par être considérable. Devenant plus haut perpendiculairement à Taxe, en même temps qu’il s’étend de plus en plus vers le bas dans sa portion basilaire, l’aiguillon arrive à former une lame mince qui, vue de profil, se montre comme un triangle fixé par sa base et dont les deux côtés, à peu près égaux, sont arqués à concavité externe. Cette configuration est transitoire; la lame de l’aiguillon continuant de s’étendre à la fois le long de l’axe qui la porte et dans le sens perpendiculaire à cet axe, ses deux bords libres s’élèvent en empiétant sur la pointe qui en devient plus courte; de concaves qu’ils étaient ils deviennent convexes, les deux arcs qu’ils forment aboutissant à la pointe qui les domine toujours plus ou moins. Le contour libre de l’aiguillon, une fois qu’il est arrivé à cette seconde et dernière phase de son développement, est semblable à celui que décrivent les accolades usitées dans l’écriture comme dans l’impression.

Je ne reviendrai pas sur la situation toujours la même qu’occupent, sous une feuille, les deux aiguillons laminaires constituant chaque paire. Celte situation, que Lindley avait sans doute voulu exprimer en les qualifiant de stipulaires, n’est pas la particularité la moins remarquable dans l’histoire de ces curieuses formations, et sa fixité est bien faite pour étonner, quand on songe qu’entre elles et la feuille sous laquelle elles sont placées il y a indépendance complète, de sorte qu’il n’existe aucun motif pour voir là deux décurrences de cette feuille.

Les aiguillons laminaires sont susceptibles de prendre, sur les pieds vigoureux du Rosa sericea, un développement considérable dans le sens de la longueur de l’axe, tandis que, perpendiculairement à cet axe, leur largeur ne dépasse pas d’ordinaire 7 ou 8 millimètres, que même leur pointe atteint rarement 1 centimètre de hauteur perpendiculairement à la surface de ce même axe. La présence de ces grandes lames décurrentes et perpendiculaires aux branches donne à celles-ci un aspect fort étrange. Par une circonstance heureuse, parmi les échantillons que le Muséum doit à l’abbé Delavay, il s’en trouve deux qui ont été recueillis le 29 décembre 1886, par conséquent en plein hiver. Ils consistent l’un et l’autre en une branche simple qui naturellement avait perdu ses feuilles de manière à laisser entièrement à découvert ses aiguillons, et Sur laquelle ceux-ci ont eu le temps de prendre tout 1 accroissement dont ils sont susceptibles dans le cours d’une année. Ces branches sont, en effet, âgées d’un an, car la section assez nette par laquelle 1 une des deux a été détachée y montre une seule couche ligneuse entourant un gros cylindre médullaire et couverte d’une très mince écorce. Ces deux branches présentent divers faits intéressants.

1° L’étendue de la décurrence des aiguillons laminaires sur la branche, ou leur longueur, augmente, à partir de l’extrémité supérieure de cette branche, jusqu’à un maximum dans lequel elle se maintient longtemps, avec des variations en rapport avec les oscillations de la face végétative de l’arbuste. Elle diminue ensuite finalement tout au bas; seulement la portion de la branche sur laquelle elle va croissant à partir du sommet est plus grande que celle où elle va décroissant dans le bas. Voici, à cet égard, la série continue des chiffres que je relève sur celle de ces branches qui mesure environ G m ,72 de longueur totale et qui constitue l’un des deux échantillons pris par M. l’abbé Delavay, le 19 décembre 1886, dans le vallon de Tsin choui ho, sur le Hu chan nun, dans le Yunnan, à 2800 mètres d’altitude. En regard du nombre qui exprime la longueur de chaque aiguillon se trouve, sur le tableau suivant, celui qui donne la longueur de l’entre-nœud au haut duquel cet aiguillon a pris naissance. Je dois faire observer que l’ensemble des entre-nœuds mesurés ne forme pas encore toute la longueur de cette branche, attendu que celle-ci était en grande partie décortiquée dans le bas sur environ 4 centimètres, dans l’étendue desquels on ne peut reconnaître quel a été l’état antérieur à la décortication ; en outre, audessus des deux aiguillons supérieurs, l’extrémité de la branche est nue sur environ 1 centimètre.

Longueur des aiguillons laminaires, du baut au bas de la branche.

Longueur des entre-nœuds

qui portent ces aiguillons.

DUCHARTRE.

Longueur des aiguillons laminaires, du haut au bas de la branche.

0 ra ,027

Longueur des entre-nœuds

qui portent ces aiguillons.

Au premier coup d’œil jeté sur ce tableau, on est frappé de la différence considérable qui existe, on peut dire constamment, entre la longueur des entre-nœuds et celle des aiguillons laminaires auxquels ils ont donné naissance. Ainsi, d’entre-nœuds longs de 0 m ,028, 0 m ,029, 0 ra ,031 sont venus des aiguillons longs de 0 m ,051 et 0 m ,055. Même l’entre-nœud n° 2, qui n’est long que de 0 m ,010, a produit un aiguillon deux fois plus long que lui (0 m ,020). Aussi, tandis que la longueur totale des 26 entrenœuds est de 0 ra ,655, celle des 26 aiguillons correspondants atteint l m ,011 et dépasse par conséquent la première de 0 IU ,356, c’est-à-dire de plus de moitié. La cause en est dans ce fait étrange que chaque aiguillon, qui n’a été, à son origine, qu’un tout petit mamelon, dès qu’il a commencé de se laminer, s’est prolongé de haut en bas sur l’entre-nœud qui lui a donné naissance, et, après l’avoir égalé en longueur, a presque toujours envahi l’entre-nœud sous-jacent, selon la même direction rectiligne. Ainsi, pour reprendre les exemples ci-dessus, l’aiguillon long de O",051, qui est né d’un entre-nœud de 0 m ,028,se prolonge sur l’entre-nœud sous-jacent de 0 m ,023, et celui qui mesure 0“,055, produit par un entre-nœud de 0 m ,029, a envahi l’entre-nœud sous-jacent de 0 m ,026, c’est-à-dire, à 3 millimètres près, dans toute la longueur de celui-ci qui n’est que de 0 m ,029. Puisque, sur une branche d’un an, comme celle dont il s’agit ici, ces curieuses formations ont pu s’étendre à ce point dans une portion de l’axe qui avait été étrangère à leur production, on est conduit à se demander si, la végétation persistant plus longtemps dans cet axe, leur allongement ne doit pas devenir plus considérable encore, et quel doit en être le terme. Aujourd’hui que le Rosa sericea est cultivé au Jardin des plantes de Paris et chez M. Maur. de Vilmorin, au domaine des Barres (Loiret), on peut espérer obtenir, dans un avenir peu éloigné, une réponse par les faits à ces deux

questions que je dois me borner à poser.

Une autre question qui se pose avant toutes est celle de savoir à quel phénomène de multiplication tissulaire est due la longue décurrence des aiguillons laminaires. A la rigueur, on pourrait supposer que, né de

très bonne heure et sur un entre-nœud encore fort court, le petit mamelon destiné à devenir un aiguillon laminaire, si son attache s’étend enfin sur toute ou presque toute la longueur de cet entre-nœud, suit celui-ci dans son allongement et devient ainsi une lame aussi longue ou presque aussi longue que lui; mais comment concevoir que, parvenue, dans sa croissance descendante, au sommet de l’entre-nœud sous-jacent, cette lame détermine, dans les tissus superficiels de ce dernier, une production qui ne soit pour elle qu’un pur et simple prolongement? Je déclare que je ne puis me l’expliquer. Si je ne me trompe, les ailes des axes et les décurrences de toute sorte sont concomitantes du développement des organes qui les présentent, s’étendent en longueur à mesure que ceux-ci s’allongent eux-mêmes, et je ne crois pas qu’on les voie descendre d’une partie jeune sur une autre déjà formée pour aller faire corps avec elle. Or c’est ce qui a lieu ici, puisque la lame d’un aiguillon, après avoir grandi parallèlement à l’entre-nœud sur lequel elle avait pris naissance, poursuit de haut en bas sa croissance, grâce aux tissus superficiels d’un entre-nœud plus âgé. Faute d’une meilleure explication, peut-être pourrait-on dire que, en parvenant à l’entre-nœud sous-jacent, cette lame détermine sur celui-ci une excitation de laquelle résulte comme une vie nouvelle dans son tissu superficiel et dont l’effet est une série de divisions cellulaires produisant la substance du prolongement de l’aiguillon. Il faut songer, en effet, qu’il s’agit ici de formations exclusivement cellulaires et superficielles.

2° Une particularité à noter, c’est que, dans la plupart des cas, les deux aiguillons laminaires d’une même paire se développent plus ou moins inégalement. On voit même la différence entre les deux devenir parfois très grande. Comme exemples je puis en citer des paires dont les longueurs sont : 0 m ,041 et 0 m ,042; 0 m ,031 et 0 m ,041; 0 m ,032 et 0 m ,042; même 0 m ,029 et 0”,046 ; 0 m ,029 et 0 ra ,055.

3° Il est bon de faire remarquer que, si d’abord la pointe de l’aiguillon est médiane ou à fort peu près, elle cesse en général de l’être plus tard, de manière à diviser dès lors la longueur de la lame en deux portions inégales dont l’inférieure l’emporte plus ou moins sur la supérieure. Comme exemple frappant de cette inégalité je puis citer un aiguillon long de O™,05, dans lequel une ligne qu’on aurait menée de la pointe perpendiculairement à la branche se serait trouvée à 0 m ,02 de l’extrémité supérieure de la lame et à 0 m ,03 de son extrémité inférieure, et un autre long de 0 m ,03, dans lequel les deux distances analogues sont de 0 m ,01 et 0 ra ,02.

4° La lame des aiguillons du Rosa sericea ne reste pas toujours entière et unique; lorsqu’ils sont très développés, on voit assez souvent, immédiatement à leur suite et sur leur alignement, deux, trois, même

jusqu’à sept et huit pointes revenant chacune à une petite lame en triangle étroit et fort élancé. Ces pointes sont simplement des portions plus ou moins détachées, c’est-à-dire des laciniures de la grande lame et non des productions indépendantes de celle-ci. En effet on les voit assez souvent continues sur une plus ou moins grande longueur avec cette lame, et elles s’en isolent d’autant plus qu’elles s’éloignent davantage. On voit ainsi tous les passages entre de simples dents et des pointes isolées jusqu’à leur base; il ne peut donc y avoir de doutes sur la nature de ces dernières. On ne pourrait d’ailleurs songer à les prendre pour des aiguillons aciculaires modifiés, car les aiguillons aciculaires sont toujours placés sans ordre et plus ou moins écartés les uns des autres, tandis que les pointes dont il s’agit sont très régulièrement alignées et en série continue immédiatement à la suite d’un aiguillon laminaire. Le plus souvent les pointes dont il s’agit parlent de l’extrémité inférieure d’une grande lame; mais quelquefois on en voit aussi à son extrémité supérieure.

5° L’un des échantillons de l’herbier du Muséum présente cette particularité remarquable que, sur le même entre-nœud, se sont produits trois aiguillons largement laminés. Deux sont de vrais aiguillons laminaires normaux, symétriques entre eux et, comme toujours, nés immédiatement sous les deux bouts de la ligne d’attache d’une feuille. Quant au troisième, il est opposé à ceux-ci, par conséquent aussi à la feuille, et placé plus bas que les deux premiers. Il y a, entre autres, deux exemples de ce fait, sur la même branche d’un échantillon. Dans le passage de son Mémoire que j’ai reproduit plus haut, M. Crépin dit que, chez le Rosa sericea, des « aiguillons très aplatis » sont « ordinairement » géminés ou ternes sous les feuilles ». Il est à présumer qu’il faisait allusion, par le mot de terhés, à un fait semblable à celui que je viens de signaler, ou peut-être au même fait, puisqu’il a examiné avec soin, si je suis bien informé, les échantillons de cette espèce que renferme l’herbier du Muséum. Il est bon de rappeler à ce propos que des aiguillons aciculaires du Rosa sericea peuvent parfois se 'laminer plus ou moins; il semble toutefois peu admissible que telle soit l’origine du troisième aiguillon dont il s’agit, puisque je ne l’ai observé que sur des échantillons de la variété glabrescens Franch. à laquelle je n’ai pas vu d’aiguillons aciculaires.

Les nombreux échantillons du Rosier soyeux que l’herbier du Muséum doit à l’abbé Delavay portant tous, en plus ou moins forte proportion et à des degrés inégaux de développement, des aiguillons laminaires, même

ceux pour lesquels M. Franchet établit sa variété denudata , on peut, ce me semble, voir dans l’existence de ces curieuses formations un caractère constant de celte espèce. Mais ce Rosier est-il le seul dont certains

aiguillons puissent se laminer? Une instructive communication de M. Crépin renferme une réponse négative à cette question. Le 23 janvier dernier, ce savant rhodologue m’a fait l’honneur de m’écrire une lettre dans laquelle se trouve le passage suivant : « Ces aiguillons laminaires i peuvent se produire sur le Rosa pimpinellifolia. Je possède, du Kansu » oriental, des spécimens de celui-ci à aiguillons aussi longs que dans y> le R. sericea, occupant toute la longueur des entre-nœuds. Dans le » R. Webbiana, ils peuvent être également très élargis, toutefois sans » être minces. Le R. macrophylla a, lui aussi, parfois des aiguillons » très larges. »

Il resterait à savoir si ces aiguillons élargis des Rosa pimpinellifolia, Webbiana et macrophylla occupent une position déterminée comme chez le R. sericea, car, s'il en était autrement, ce ne seraient que des aiguillons aciculaires plus ou moins développés en longueur verticale, comme ceux qu’on voit parfois, ainsi que je viens de le dire, sur le Rosier soyeux, chez lequel il peut en exister de tels sur des points très divers, sans la moindre relation avec la situation des feuilles, et n’arrivant jamais, que je sache, ni au contour en accolade ni aux dimensions considérables des vrais aiguillons laminaires bien développés.

En terminant cette Note, qu’il me soit encore permis d’y examiner rapidement quelques points sans rapport avec la question des aiguillons.

J’ai écrit, dans ma première Note, que la corolle du Rosa sericea a été représentée rose sur la planche coloriée de Lindley, blanche sur celle de Royle, et que M. Maur. de Vilmorin m’a dit l’avoir vue jaune sur le ou les pieds vivants qu’il en possède. Il faut mettre de côté le coloris rose qui n’est dù certainement qu’à l’imagination du peintre chargé par Lindley de reproduire en couleur un échantillon sec de l’herbier de Banks. Quant aux coloris blanc et jaune, le premier est le seul que présente l’arbuste spontané. En effet, toutes les étiquettes écrites de la main de l’abbé Delavay qui accompagnent les échantillons chinois envoyés par lui au Muséum portent l’indication « fleurs blanches ». Comment se fait-il donc que M. Maur. de Vilmorin ait vu jaunes les fleurs du même arbuste? Cela tient peut-être à ce que, leur blancheur étant, dans la nature, légèrement teintée de jaune, la culture a favorisé l’accentuation de cette dernière teinte. Dans la lettre qu’il m’a fait l’honneur de m’écrire, M. Crépin dit : « Les fleurs ne sont » pas jaunes, mais d’un blanc semblable à celui du Rosa pimpinel- » lifolia. »

La corolle du Rosa sericea , figurée à tort dans la monographie des Rosiers de Lindley, comme formée de cinq pétales, a été représentée

ou décrite par tous les auteurs subséquents comme n’en ayant que quatre. Mais ce caractère est-il invariable? J’en suis convaincu, car non seulement toutes les fleurs que portent plusieurs échantillons de l’herbier du Muséum ont quatre pétales semblables et placés régulièrement, mais encore tous les boutons, et ils sont nombreux, qui existent sur ces échantillons ont leur calice à quatre sépales parfaitement égaux entre eux et régulièrement placés. Je ne crois donc pas que la tétramérie de cette fleur puisse, à moins de cas tératologiques, revenir à la pentamérie qui est la règle pour tous les autres Rosiers.

Les dimensions de ces fleurs varient beaucoup dans les diverses formes sous lesquelles se présente celte espèce. Les plus grandes, à en juger d’après les échantillons de l’herbier du Muséum, sont celles de la variété pteracantha Franch., tandis que les plus petites sont celles de la variété glabrescens Franch., celles de la variété denudata Franch. étant intermédiaires entre les unes et les autres. Ainsi les corolles bien étalées, sur deux échantillons de la première variété, ont jusqu’à 0 m ,053 de diamètre, tandis que celles que portent plusieurs échantillons de la dernière ne mesurent, pour la plupart, que 0 m ,023, et une seule 0 m ,026 dans le même sens.

Le Rosier soyeux existant maintenant en France, à l’état cultivé, il y a intérêt à savoir comment il se présente et dans quelles conditions il vient à l’état spontané. Or, d’après les indications consignées par M. l’abbé Delavay sur les étiquettes des échantillons recueillis et envoyés par lui, c’est un arbrisseau qui atteint l ro ,50 à 2 mètres de hauteur. 11 croit naturellement en Chine, à des altitudes variant de 2500 à 3500 mètres, dans la province extratropicale du Yun-nan. Il est permis de penser, d’après cela, que, s’il ne supporte pas sans quelque difficulté la culture à l’air libre et en pleine terre sous le climat de Paris, il lui suffira d’un léger abri pour échapper à l’action destructive des froids de nos

hivers.

M. Cornu dit que le Rosa sericea est cultivé depuis assez longtemps au Muséum. En 1887, il en lit semer des graines envoyées parM. l’abbé Delavay; les Rosiers issus de ce semis présentaient des aiguillons coniques très légèrement élargis à la base; ce n’est que plus tard que parurent des rameaux dépourvus d’aiguillons aciculaires, mais portant des aiguillons laminaires comme ceux de l’échantillon présenté à la Société par M. Duchartre. M. Cornu pense que l’on se trouve en présence d’une l'orme horticole qu’il serait facile de fixer en greffant des bourgeons de cette plante sur

des pieds vigoureux.

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