BERTHA GALERON DE GALONNE
„J'avais été un être si vivant, si plein d'activité, que ce brusque emprisonnement, qui s'était opéré en moins de quatre mois, ne réussit pas à diminuer en moi la vie, seulement elle devint toute intérieure, toute cérébrale. La maladie me cloua dans mon lit plus d'une année. Quand je pus me lever, réapprendre à marcher, ce fut déjà une demi-délivrance. Je ne voyais plus le soleil, mais on pouvait encore se faire entendre de moi en me parlant à l'oreille. Pour combler un peu le vide de mes journées, on me fit beaucoup de lecture. Après la musique, que j'adorais, ce fut la poésie qui vmt me consoler. A treize ans, je commençai à faire des vers, malgré mon ignorance de l'orthographe. Vers ma quinzième année, j'appris que les aveugles pouvaient lire avec leurs doigts... Ce fut providentiel ! c'est de ce moment où je pus apprendre à lire et à écrire le système Braille que date véritablement mon développement intellectuel. Ma famille habitait alors Paris. . . C'est toujours vers le même temps, à seize ans, qu'ayant ardemment désiré connaître Victor Hugo, mon père, dont j'étais l'enfant gâtée, me conduisit chez le grand poète aïeul, qui me reçut de façon si touchante! Je lui adressai les vers qui commencent mon livre.
„Ce livre, je l'ai fait lentement, pièce à pièce, d'année en année, sans me douter qu'un jour il serait publié. J'ai marqué là toutes les étapes de ma douloureuse jeunesse, que la joie a pourtant couronnée... une joie de miracle, mon mariage avec le compagnon par excellence, infiniment aimant, infiniment aimé.
„Dans cette union bénie, qui faisait de moi une heureuse entre les heureuses, de cruels malheurs m'ont encore frappée. . . mon premier-né, dont j'étais la si orgueilleuse nourrice, me fut enlevé en trois jours de maladie. Quelques années plus tard, je perdis encore une chère petite âme. Mais Dieu a pris pitié de mes larmes, et m'a laissé les deux beaux et chers enfants, la fille et le garçon, qui me restent.
„A Bucarest, où mon mari fut appelé par d'importants travaux d'architecture, j'ai connu Sa Âlajesté la Reine de Roumanie, dont l'adorable cœur m'a pnse et gardée en tendre et fidèle amitié. C'est elle qui non seulement a voulu écrire la préface de ce livre que j'ai appelé: Dans ma Nuit, mais encore a voulu qu'il fût imprimé par ses soins. A la fin de 1889, chez Lemerre, parut la première édition; en mai de l'année suivante, il fut couronné par l'Académie française *).
') M™^ Galeron de Calonne reçut à cette occasion les palmes académiques. W.
„Un à-propos sur Racine, que j'ai fait en collaboration avec mon père, a été représenté à l'Odéon le 21 décembre 1886. Il s'intitule: Chez la Champtneslé.
„ Enfin mon petit drame historique, un acte, en vers, qui s'appelle Ambroise Paré, a été joué à Paris, le 10 avril 1899, sur le Théâtre Maguera.
„ C'est pour honorer la mémoire de mon père tant chéri, qu'après sa mort j'ai résolu d'unir ensemble nos deux noms et de signer en littérature: Bertha Galeron de Calonne."
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