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Nouvelles pages choisies. --

Lorsque nous avons publié une première série de Pages Choisies d'Ernest Gagnon , nous avions prévenu le lecteur qu'elles étaient une réédition partielle de Choses d’autrefois et Feuilles Volantes. Nous pouvons dire qu'avec la nouvelle série cette réédition devient à peu près complète. Nous y avons ajouté, cette fois encore, des pages oubliées ou ignorées ; et ce second recueil devient le complément, — disons plus juste, le pendant du premier.

Nous aurions voulu retracer encore d'autres feuilles volantes ; mais comment peuton les ressaisir, quand elles sont dispersées dans les revues et les journaux d’une époque éloignée que nous avons peu ou point connue t Nous présumons, d'ailleurs, qu'à côté de certains écrits dont l'actualité ne meurt pas, il dut y en avoir bien d'autres qui n'eu-

rent qu’un intérêt passager ou Và propos du moment , et que nous avons recueilli presque tout ce qui était destiné à revivre , en dehors des ouvrages plus importants entrés déjà dans la collection des meilleures œuvres canadiennes. En outre, Ernest Gagnon déclarait lui-même avoir rejeté dans l’oubli « des pages trop arides, des articles de polémique trop vifs pour être publiés après la bataille. »

Nous avons groupé ces pages détachées à peu près sans ordre méthodique ou chronologique, les disposant comme on le fait de gerbes fleuries dont on assortit les couleurs suivant son goût ou sa fantaisie, et dont l’ensemble offre plutôt une diversité attrayante qu’une fâcheuse disparité. Connue on l’a dit si bien pour les « Choses d’autrefois », c’est encore ici « un recueil de souvenirs, d’impressions, d’études, ce sont des feuilles éparses, mais cependant reliées par le sentiment canadien qui traverse et anime toutes les pages. »

Québec, le 4 avril 1925.

LETTRES DE BENJAMIN SULTE À ERNEST GAGNON (Deux extraits)

«Les Choses d’ Autrefois ont paru bien nouvelles à notre presse, qui représente la génération de vos successeurs, et cela vous justifie de les avoir publiées — si justification pouvait être nécessaire. C’est ainsi que vous vivez deux fois et que vous renaîtrez tant que les jeunes de l’avenir apprendront à consulter les livres. » (1905)

En 1910, il écrivait : « Votre nouveau livre Feuilles Volantes et Pages d’ Histoire, m’occupe tout entier. C’est de la littérature canadienne digne de ce nom, — ce n’est pas autre chose parce que vos ressources viennent de notre sol et n’empruntent rien au dehors de chez nous. Avec la bonne langue que vous employez et la précaution de ne pas imiter les modes du jour, soyez certain que vos écrits auront de la durée. Celui qui vise à nous éblouir nous aveugle parfois, mais la génération suivante a le regard clair et distingue l’artifice très nettement. Il n’y a pas de littérature canadienne sans l’étoffe du pays et le bon langage de la France du

XVIIe siècle. Ceci, vous le comprenez très bien, vous le pratiquez noblement. On vous applaudira partout. La fausse notion du bien dire, qui règne ici comme à Paris, ne résistera pas à l’épreuve du temps. Le goût ne se confond pas avec la fantaisie, pas plus que le sens spirituel avec le calembour, pas plus que le terme précis avec le tire-l’œil. Restons anciens de langue et nous serons toujours jeunes. Le naturel, le vrai, le ton mesuré priment tout et traversent les siècles sans jamais se démoder. . . .

« Voilà les d’Ailleboust ressuscités, (l) du moins , les premiers en date. Quelle histoire nous aurons une fois que notre passé aura été repris morceau par morceau et chaque chose remise en place ! Aucune colonie ne peut se comparer au Canada sous ce rapport. Songez donc à l’an 2500, alors que l’immense bibliothèque canadienne remontera par les détails à 1500, presque la découverte de l’Amérique ! Sur 1580-1800, il y a cinq ou six millions de feuillets manuscrits de la grandeur de ce papier (papier écolier). Quand tout cela prendra la forme imprimée, le jour se fera dans les moindres recoins.

On remettra aussi devant le public les ouvrages alors oubliés. Vous en serez. Le château Saint-

(1) Seconde partie de « Feuilles Volantes et Pages d’Histoire. »

Louis, la terre de Coulonge, nos chants populaires, l’Ecole normale Laval, la musique des sauvages, etc., vous donneront une nouvelle existence. N’oublions pas «Choses d’ Autrefois », « Louis Jolliet », « Lettres de Voyage » dont la postérité se re souviendra.

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