‹ Nouvelles pages choisies. --Chapitre 24 sur 25 · Madame Claude de Bullion (Angélique Faure de Berlèze · texte numérisé non relu

Madame Claude de Bullion (Angélique Faure de Berlèze

des colons de la première heure dont on a conservé la liste. (1) Un Père jésuite présidait à cet exercice. (2)

Il est permis de croire qu’aux chants de reconnaissance des voyageurs et de toute l’assistance se mêlèrent ce soir-là les notes vibrantes d’un luth aux cordes harmonieuses. Ainsi que le rapporte M. Dollier de Casson dans son Histoire du Montréal, M. de Maisonneuve avait appris à jouer de cet instrument pendant un séjour qu’il fit en Hollande au début de sa carrière militaire.

Dans la demi-obscurité qui régnait à l’intérieuç de la chapelle, les nouveaux arrivés virent sans doute, et non sans émotion, remplaçant la lampe du sanctuaire, des mouches phosphorescentes emprisonnées sous un vase de cristal, — lucioles dont les mouvements incessants faisaient jaillir de fugitives lueurs et qui rendaient à leur manière l’hommage d’adoration dû à la Divine Eucharistie. (3)

1. Voir cette liste au volume IX des Mémoires de la Société Historique de Montréal (année 1880).

2. Le Père Poncet paraît avoir résidé à Villemarie en 1642 et les Pères Dupéron, Davost et Dreuillettes en 1643.

3. Pendant plusieurs années, la difficulté de se procurer l’huile nécessaire n’avait pas permis de tenir une lampe constamment allumée devant le Très-Saint-Sacrement.

Il y avait plus d’un an que l’on avait fait à Villemarie l’inauguration des lucioles adoratrices, si l’on peut ainsi parler. Partis de Québec le 8 mai 1642, sous la conduite du chevalier de Montmagny, gouverneur du Canada, les premiers colons de Montréal, ayant à leur tête M. de Maisonneuve, M. de Puiseaux, Madame de la Peltrie, Mademoiselle Mance, et accompagnés du R. P. Barthélemi Vimont, supérieur général de la Compagnie de Jésus, étaient rendus à destination le 18 du même mois, et prenaient pied à l’endroit appelé Place-Royale par Champlain. « Comme on arriva de grand matin, dit M. Dollier de Casson,^on célébra la première messe qui ait jamais été dite en cette isle de (Montréal), ce qui se fit dans le lieu où depuis on a fait le château (1). Afin de faire la chose plus célèbre, on donna le loisir à Madame de la Peltrie et à Mademoiselle Mance d’y prépa-

M. l’abbé Gabriel Souart, sulpicien, ayant été nommé curé de Villemarie en 1657, prit alors l’engagement d’entretenir la lampe du sanctuaire et d’y faire brûler de l’huile d’olives, nuit et jour, à ses propres frais, en attendant qu’il pût, par l’achat d'un terrain, créer une rente perpétuelle à cet effet.

1. Château ou fort. — La maison du fort fut démolie en 1682-83 et remplacée parla maison de M. de Callière.

rer un autel, ce qu’elles firent avec une joie difficile à exprimer et avec la plus grande propreté qu’il leur fut possible. Elles ne pouvaient se lasser de bénir le ciel qui, en ce jour, leur était si favorable que de les choisir et de consacrer leurs mains à l’élévation du premier autel de cette colonie. Tout le premier jour on tint le Saint-Sacrement exposé. . . On n’avait point de lampes ardentes devant le Saint-Sacrement, mais on y avait certaines mouches luisantes qui y brillaient fort agréablement jour et nuit, étant suspendues par des filets d’une façon agréable et belle, et toute propre à honorer, selon la rusticité de ce pays barbare^ le plus adorable de nos mystères. »

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