‹ Nouvelles pièces à direChapitre 10 sur 50 · LA BRANCHE DE HOUX · texte numérisé non relu

LA BRANCHE DE HOUX

l MADAME DDPONT-VEBNON

— Je vais ici, monsieur le juue, Dire toulela vériié Sans ambage ni subterfuge Sur le fait devant vous porté.

Bien que la chose soit palpable, Et le délit des plus constants.

Je ne suis pas un grand coupable :

Le seul, le vrai, c'est le printemps.

LA b:ianctiiî de iioux

Ma défense peut vous paraître Etrange, mais'écouiez-moi, Et vous méjugerez peul-èlie Moins sévèremenl que la loi.

Dimanche, au lever de l'aurore, En sage que je ne suis pas, Dans les bois endormis encore Je suis allé porter mes pas.

Oh ! que de ruvisscinles clioâes Tient le mois d'avril ! Dans son vol L'alouelle ver^ les cieux roses Montait droit en quittant le sol.

Los grands arbres, pleins des murmures Que l'air des nuits leur soupira.

Dans leurs ondoyantes ramures Avaient rais lout un opéra.

Parloutk réveil et la joie Pai'toul le sjurire et le jot

LA BRANCHE IIL ilûUX

Partout la verve que déploie L'ardent langage de l'ainour.

Les doux bruil;;, les avpux fuJcles, Couraient dans chaque verLJjuisson Avec de longs brillemenls d"ailos Et dans un charmant unisson.

Plus allenlive à sa toilelle Devant la nouvelle saison, Coquettement, la violette Se révélait dans le gazon ; La giroflée avec tendresse Riait à l'air qui la bercail ; Au papillon plein de caresse La rose enir'ouvrait son corset.

Et c'était une effervescence, Un adorable renouveau Dont l'irrésistible puissance Prenait le cœur et le cerveau.

L,V CRANCirE DE HOUX

Mais j'élais seul dans celle fête.

Une églanlinesur mes pas

Semblait dire : — Dieu ! qu'il est bête !

Il est seul : il n'aime donc pas? —

Soudain, je vis, dans l'avenue

Qui descend au creux du vallon,

Mademoiselle, retenue

Comme mi jour le fut Absalon ;

De sa chevelure dorée

Un des flots s'était accroché

A l'épine trop acérée

D'un vieux houx vers le sol penché

Bien vite je courus vers elle , Et je dégageai prompleinenl La têle de Mademoiselle.

Que voulez-vous? En ce moment Mésanges, pinsons et fauvettes Gazouillaient à bec que veux-tu,

iNCHK DE nOUX

Et sous les ramures discrèles Oubliaient le prix de vertu.

Puis, l'échancrure de la robe M'ouvrait un si bel horizon, Que Je faisais le tour du globe Avec mon cœur et ma raison ; Mes tempes bourdonnaient de fièvre, Mes regards étaient fascinés.

Et c'est ainsi que sur ma lèvre Sont venus les baisers donnés.

C'est tm tort, c'est une folie,

Je le sais, mais que voulez- vous ?

Mademoiselle est si jolie

Que les sages en seraient fous.

Regardez-la, monsieur le juge,

Regardez ce trésor parfait,

El répondez sans subterfuge :

— A ma place qu'auriez- vous fait 1 -

LA BRANCIfE DE IIOUX

— Malgré les moyens de défense Que vous invoquez devant moi.

Dit le juge, une telle oJTense Vous rend passible de la loi.

Que le printemps ouvre ses ailes, C'est bien, mais est-ce une raison Pour embrasser les demoiselles Avec nulani de sans-façon î

Il résulle dos torts sans nombre D'une aussi coupable aciion ; Il faut bien peu pour mellro l'ombre Sur une réputalion.

Aujourd'hui, la chose est connue.

Et bien haut je puis l'atlesler, On vous a vu dans l'avenue Donner vos baisers sans compter.

Mesurez-vous pareille fjuie

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