‹ Nouvelles pièces à direChapitre 23 sur 50 · LE BOUQUET DE ROEES · texte numérisé non relu

LE BOUQUET DE ROEES

Comme un frappant contraste à la splendeur sereine Qui donneà la nature une beauté de reine, Une femme en haillons, pâle et le front courbé. Tend la main aux passants ; un grand cercle plombé Autour de ses yeux noirs se dessine el révèle Le deuil qu'en son esprit chaque jour renouvelle ; Sur ses bras un enfant dort, deux autres garçons Vont, viennent, auprès d'eUs, ainsi que des pinsons. Et leurs ébats joyeux semblent une ironie Devant cette douleur que l'on sent inflnie.

La foule, cependant, circule et ne voit pas Ce désespoir muet rencontré sur ses pas ; Et le jour pâlissant au loin rend plus amère L'angoisse que déjà ressent la pauvre mère.

Que fera-t-on ce soir? Que va-t-on devenir ?

Ces enfants, qu'un toit sombre et nu va réunir, Si gais en ce moment, vont pleurer tout à l'heure. Pauvres petits amours 1 Leur joie est un vain leurre. Et s'il ne surgit pas un secours, ils auront Aussi l'eslomac vide et la pâleur au front.

LK BOUQUKÏ IJK ROSES

Mais voilà qu'aupréa d'eux, li l'angle de la rue. Une jeune ouvrière est soudain apparue ; Faut-il la peindre ? Non, je ne l'essaierai pas. Il vous eal arrivé quelquefois, sur vos pas 0e rencontrer un type idéal qui vous reste Comme un reflet vivant de la beauté céleste, N'esl-ce pas î et qui laissa en vous l'impression Qu'on éprouve devant une apparition ?

Eh bien I la jeune fille a cette beauté pure Qui fait rêver le ciel. Sans rubans, sans guipure, Dans son véleracnt simple et chastement coquet, Elle est belle à ravir ; elle tient un bouquet De roses à la main ; elle revient chez elle Dans sa sérénité ctiaste; — Mademoiselle, Pour mes pauvres enfants ! dit la mère, et ses yeux Se remplissent soudain de pleurs silencieux.

La jeune fille, émue et la pitié dans l'âme.

Veut offrir son obole à celte pauvre femme ; Mais elle cherche en vain, elle ne trouve rien : Pas la moindre monnaie à son service. — Eh bien ! Dit-elle alors avec son radieux sourire.

Acceptez mon Ijouquet de roses ; je désire

no LK UOOQUET DE ROSES

Qu'il VOUS porte bonheur: c'est mon vœu le plus doux.—

El le bouquet charmant est mis sur les genoux

De la pauvresse, qui cependant se demande

A quoi peut lui servir la gracieuse offrande.

Un secours, quel qu'il fiit, lui valait beaucoup mieux ;

Son front pâle devient encor plus soucieux.

Mais voilà qu'un jeune homme apparaît devant elle :

Il a l'air bon ; ses traits ont une douceur telle

Qu'ils attirent vers lui : — J'aime ce bouquet-là,

Dit-il, permettez-moi de l'acheter. Voilà

Le prix. — Et le cœur plein d'une joie inouïe,

Il glisse dans la main de la mère éblouie

Cent francs. — Eh quoi I pour moi ces belles pièces d'or î

— Oui, pour vous. — Et chacun emporte son trésor.

Comme si l'on venait d'obtenir en partage

Les deux meilleures parts d'un céleste héritage .

On a déjà prévu que le boufiuet charmant Gomme un trait d'union nous m6ne au dénouement. Si l'on voit peu de rois épouser des bergères. On peul voir dos banquiers épouser des llngères.

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