LA GRANDE VOIX
Le progrès lumineux, les grandes découvertes,
Tout ce qui peut germer dans ie génie humain,
Y viendront resplendir du jour au lendemain.
Rien ne demeurera dans l'ombre ; la science
Exercera sur tous son austère influence ;
L'art sera populaire, et les maîtres auront
Le prestige à leur suite et l'auréole au front.
Le monde garde un peu de son ombre première.
Eh bien 1 moi, je lui jetie une part de lumière.
Et je puis affirmer sans profanation
Qu'il sera satisfait de ma création, —
Il se faisait si bien l'écho de sa pensée
Qu'il entendait la foule autour de lui pressée
Dire : Quel est ton nom ? Quelle est ta grande voix ?
Et lui, pâle d'orgueil et de joie à la fois.
Il répondait au vœu que la fouîe lui crie :
— Mon nom est Gufenberg, ma voix, l'Imprimerie. -
A PROPOS DE LIVRES
Devant le feu qui les rassemble Trois amis, dés longtemps liés, Un aoir d'hiver causent ensemble Des nouveaux livres publiés.
Mais ils sont bien loin de s'entendre; L'un, tout épris d'antiquité, Soutient qu'on ne peut rien attendre De ce siècle débilité.
Et comme suite il s'extasie.
En citant des textes nombreux, Sur le charme et la poésie Des Grecs anciens et des Hébreux.
— C'est si beau, dit-il, que j'en rôve ; Quel langage tout étoile I Quelle forme puissante et brève 1 Quel style à grands coupa ciselé 1
Comparer les livres modernes A ce coloris sans pareil, Serait comparer des lanlernes Aux rayonnements du soleil.
Aussi, pour leur gloire êlernelle.
Bien que le temps emporte tout Dans l'envergure de son aile, Ces œuvres sont encor deboiil.
La voix de trois mille ans l'atlesti Si nous vivions dans trois mille ar Vous verriez un peu ce qui reste De vos écrivains de lalents, —
A PROPOS DE LIVRES
— D faut éviter les exlrêmes, Dit l'autre ami; nous savons bien Par les autres et par nous-mêmes Que trop prouver ne prouve rien.
Certes, par les lemps où nous sommes,
On proclame unanimement
Que l'Iliade avec les Psaumes
Sont aussi grands qu'un monument.
Mais pour cela faut-il admettre Que l'art n'ait pas d'autre flambeau, Et que ces œuvi-ea de grand maître Aient tari la source du beau ?
Non, l'erreur serait évidente.
Pour moi, j'estime, en vérité, Que l'œuvre du Tasse et du Dante Vaut celle de l'ariliquilé.
A PROPOS DE LIVRES
Debout sur l'immobile aocle Où la gloire attache un refiel, Shakespeare est grand comme Sophocle ; J'aime moins Œdipe qu'Hamlet.
Et l'avenir plein de lumière, Malgré l'antique el sa splendeur, Entoure le nom de Molière D'une impérissable grandeur.
Ce ne sont point là des lanternes ; Et, sans hésiter, je soutiens Qu'à mes yeux les livres modernas Valent bien les livres a
Le troisième prend la parole, Il va droit au but, celui-là :
Sans réserve il vante ie rôle Du naturalisme -Zola.
A PROrOS DE LIVHES
Mais chacun des amis s'oppose A ce paradoxe grossier r Personne donc n'a gain de cause; Lorsqu'arrive un vieux financier,
Autre ami, qui parfois vient faire La partie. Il doit à l'instant Dire les livres qu'il préfère.
On l'interroge à boul porlanl.
e bonhomme, d'un air malin,
3ur répond : — Les livres que j'ai
int surlouiles livres sterling.