I. Jal : Dtettonnaire, p
part de Lduis Béjafd, l'un des comédieiïâ de Ton AltefTe Monfeigneur le duc d'Anjou, fommeâ trânfporté en un iol^id où eft demeurante la damoifelle Béfixdy fa fistrr, ûssiM Côtpi de gâtde vis-à-vis k Palais-Cardinal ; où ét^it et m&tkté en la féconde chambre dépaiâàiÉtt dttdit \og% avons trouvé kdit Béjin couché fur ù)ti Ih, au^el on 6toit le premkr appareil qui avoit été mis en rànt grande plaie cpâ lus avoit été faite A la cuiffe droite le jour précédent, fur les cinq heures du foir, par le nommé Gêné, autremetit dh Grand-^Maifdn, ci-devam vakc de chambre, aiofi que nous a £t ledit Béjard peu de tems après a^oir été panfé et qui étoit le fujet pour lequel il nous avôit envoyé quérir, dont il nous rendoxt plainte ; même de ce que, le jour d'hier^ fur les fix heures du fôir, fortant de la falle de la comédie, qui eft dans le Palais-Cardinal, ledit Gêné Tauroit fuivi jufques et proche la maifon de la damoifelle fa fœur fus-déclarée où, reconnoiiTant la faiblefle du plaignant qui avoit envoyé quérir une chaife pour le porter en fa maifon
qu'il a dans la rue de à caufe d'une bleffure
qu'il a reçue à la cuife droite et qui lui caufoit de grandes douleurs et ne lui permettoit pas de s'en aller chez lui à pied, il l'auroit tiré à part, et, faifant feinte de lui vouloir dire quelque chôfe, l'anrok pouffé fort rudement et s'étant éloigné d'an puÉ oi deuxy il auroit mis l'épée à la main, dont il lui aûroit allongé quelques coups. Pour le£i)uels éviter ledifl
i8o Béjard.
plaignant auroit été forcé de faire le femblable fans néanmoins qu'il ait pu éviter que ledit Gêné lui ait donné un coup à la cuifle droite qu'il avoit déjà malade ; ce que ne reiTentant pas pour être lors échauflfé, il auroit fait fes efforts pour fe faifir de Fépée dudit Gêné, ainû qu'il a fait. Dans lequel tems plufieurs perfonnes étant accourues pour les féparer, auroient empêché le plaignant de donner audit Gêné des marques de fa témérité et, faifant le bien contre le mal, auroit empêché qu'il n'ait été maltraité par le voifinage qui lui auroU coupé fa retraite. Et d'autant qu'il a notable intérêt de faire connoître que ledit Gêné dit Grand-Maifon ne le pourfuive de la forte que pour l'aiTafliner, il a été confeillé de nous envoyer quérir pour nous rendre plainte.
Signé : Louis Béjard.
1668. — 23 août.
Plainte de Louis Béjard contre un moufquetaire qui V avoit menacé de fon épée.
(Archives nationales, Y, 13870.}
L'an 1668, le 23* jour d'août environ les quatre heures de relevée, eft venu en l'hôtel de nous Pierre Lemufnier, commiffaire au Châtelet, Louis Béjard, comédien de la troupe du Roi : lequel nous
a dit et fait plainte de ce que préfentement étant dans la rue Saint-Honoré au coin de la rue Jean-Saint- Denis, avec Pierre Loriol, écuyer, demeurant au logis du fieur Mufnier, marchand de chevaux, fufdite rue, parlant au nommé Decazes, un des grands moufquetaires, et à fon camarade, un autre particulier grand de taille, vêtu d'un habit de camelot gris-blanc, doublé de rouge, le feroit venu accofter et entendant le plaignant parler de ce qui s'étoit paffé dimanche dernier à la comédie touchant le meurtre commis contre le portier et Tinfulte faite à tous les comédiens', auroit dit que la chofe ne s'étoit pas pafTée de la façon qu'il en parloit, qu'il en avoit menti : ce que ne pouvant être entendu par lui plaignant, il auroit mis l'épée à la main et fans les autres qui étoient avec le plaignant qui l'auroient emmené, il y feroit arrivé plus grand défordre. Dont et de quoi il eft venu nous demander acte.
Signé : Louis Béjard.
I. Ces scènes de désordre étaient fréquentes, au xvii^ siècle, dans les théâtres. L'insolence des laquais était extrême et la troupe de Molière fut souvent en butte à leur violence. J'ai publié, en 1871, dans le livret intitulé : Documents inédits sur J.-B. Po^uelin Molière; Paris, Pion, p. 9 et 27, deux procès-verbaux dressés dans des circonstances analogues à celle signalée ici.
«VP
Du Croisy.
Du Croîsy
I u Croisy (Philibert Gasjot dit).
■ Ce comédien naquit en 1630 let entm cQ 16J9, ^si que sa I femme, dans la troupe de Molière. Je ne sais quel emploi tenait M"' Du CrcHsy, dont le nom de famille était Marie Claveau 0t qui était déjà veuve de Kicolas de Lécole, sieur de S^nt-Maurice. Quant à Du Croisy, il jouait avec beaucoup de talent' les rôles à manteau, et Molière lui confia le ' soin de créer le personnage de Tartufe. Il quitta le théâtre en 1689 et mourut en 1695.
La fille de Du Croisy et de Marie Claveau, Marie-AngéUque Gassot, épousa le comédien Paul Poisson.
Nauvelles pièces. 183
i66i. — II novembre.
Plamk de Du Croijy contre le père é^tm de fis dfimeftiques fui Vavoit injurié et mmacé.
(ArcbiTes nfttionaies, Y, t3857«>
L'an 1661, le ii* jour de novembre, environ Fheure de midi, eft venu en l'hôtel de nous Pierre Lemufnîer, coramiffaîre au Châtelet, Philibert GafTot fkur Du Crbify qui nous a dît et fait plainte de ce que ayant pris depuis quelque tems â ion fervice
le nommé François Larofe, fils de Larofe,
fuifle de M. le marquis de Charoft, pour le fcrvir en ce qu'il en auroit befoin et dont ledit Larofe père lui auroit affuré, même répondu du tort qu'il pour- Foit lui faire pendant le tems qu'il feroit à fon fervice ; lequel Larofe s'en étoit allé à fon înfu vers fon père, lequel feroit à l'inftant venu étant outré jufque dedans fa chambre, lui auroit dit jurant et blafphémant le faint nom de Dieu que fon fils l'avoit mieux fervi qu'il ne méritoit, et proféré quelques mjures contre la réputation d'icelui plaignant qui, quoique détenu au lit par la fièvre, fe feroit vu obligé, pour repouffer fon injure, de fortir de fon lit et faire fortir de fa chambre ledit Larofe père; et, payant par dedans fa folle en jurant le faint nom de Dieu, il fît feinte de tirer fon épée hors du fourreau, l'ayant feulement
184 Du Croisy.
tirée à moitié, lui difant qu'il étoit un fot et un coquin et que partout où il le rencontreroit il lui donnerait mille coups de bâton ; nonobftant quoi, fe voyant hors d*état de mettre à fin fon mauvais defTein, il feroit defcendu les montées et étant dans la rue vis-à-vis de la porte de la maifon dudit plaignant, il auroit réitéré les mêmes injures que deflus et, y ajoutant, auroit dit qu'il favoit le moyen de fe revancher contre lui du foufflet que fa femme avoit baillé à fon fils. Et d'autant qu'il a notable intérêt de faire connoître qu'il n'eft point un homme mal vivant ni qui ufe mal du pouvoir qu'il croit avoir contre des valets, il a été confeillé de venir par-devers nous pour nous en rendre plainte.
Signé : Du Croisy.
1666. — 12 janvier.
Requête de Du Croify et de fa femme adrejfée au lieutenant criminel contre un individu qui avoit enlevé Marie de Lécole leur belle-fille et fille.
(Archives nationales, Y, 13866.)
AM. le lieutenant criminel.
Supplient humblement Philibert Gaffot fieur Du Croify et Marie Claveau, fa femme, auparavant veuve
Nicolas de Lécale fieur de Saint-Maurice, difant que depuis fept à huit mois en çà le nommé Robert Pioger, fils de M® Pioger, bailli de Conflans-Sainte-Honorine en qualité de procureur defdits conftîtuans audit baillage de Confîans et de ce que lefdîts fiipplians ont une maifon au village de Chennevières, diftant dudit Con* flans d'une demi-lieue, auroit eu l'entrée en ladite maifon defdits fupplians audit lieu de Chennevières, et pendant ce tems auroit recherché en mariage damoifeile Marie de Lécole, fille du premier lit de ladite Claveau ; à quoi lefdits fupplians n'auroient voulu condefcendre fans le confentement du père dudit Robert Pioger. Et ayant icelui continué fes pourfuites et recherché jufqu'èn cette ville, lefdits fuppHans Tauroient prié par plufieurs fois de fe retirer et de s'abflenir d'icelle autrement qu'ils feroient contraints de fe pourvoir par les voies de rigueur et de juftice. Et nonobftant lefdites menaces, ce jourd'hui matin ledit Robert Pioger, prenant Toccafion de l'entrée qu' auroit fait en la maifon defdits fupplians fife rue Fromenteau, en cette ville, unpayfan duditvillage de Chennevières qui leur vouloit parler, auroit fubtilement enlevé par un deflein prémédité entre lui et ladite damoifelle Marie de Lécole, âgée de 18 ans, icelle damoifelle) Et la fervante des fupplians leur en ayant donné avis dans le lit où ils étoient encore, iceux fe feroient écriés que Ton courût après pour effayer à les attraper, ce qui n' auroit pu être fait attendu qu'il étoit de grand
i86 Du Croisy,
matfb. A caufe de quoi et de ce que tel procédé ne peut pafTer que pour un rapt défendu par les lois et ordonnances, lefdits fupplians requièrent leur être par vous fur ce pourvu.
Ce confidéré, Monfieur, il vous plaife permettre auxdits fupplians de faire informer dudit enlèvement et rapt fait de ladite damoifelle par ledit Robert Pioger et pour lui être fon procès fait et parfait félon la rigueur ÛQS ordonnances et ce pendant le faire prendre et amener par-devant vous en cas .qu'ils le puiflent trouver pour répondre et être ouï fur la préfente requête, circonftances et dépendances et vous ferez bien.
Signé : Du Croisy.
Permis d'informer et ce pendant d'amener par-devant nous fans fcandale ledit Robert Pioger attendu le rapt mentionné en la préfente requête. Fait le 12 janvier 1666.
Signé : Frérand.
1673. — 23 février.
Plainte de Du Croify contre unefervante voleufe,
(Archives nationales, Y, 14734.)
L'an 1673, le jeudi 23* jour de février, fur les deux heures de relevée, nous Jean David, commi^aire au
Châtelet, mandé et requis qu'avons été fommes tranfporté rue Saint-Honoré près le Palais-Royal en la maifon où eft demeurant Philibert Gaffot fîeur Du Croify, comédien ordinaire de Sa Majeflé, où étant ledit fieur Du Croify nous a fait plainte et dit qu'il y a environ trois mois que la damoifelle fa femme prit pour fervante domeftique Anne Cochon, fille, de la fidélité de laquelle André Cochon, fon père, demeurant à Arblai, a répondu, fur quoi lui plaignant et ladite damoifelle fa femme n'auroient eu aucun foupçon d'elle ; mais ils y ont été trompés, en ce que depuis le tems qu'elle les fert, elle les a volés de plufieurs nippes, hardes, argent et autres chofes, ainfV qu'ils ont été avertis ce jourd'hui fur les achats qu'elle avait faits tant à la foire Saint-Germain qu'autres lieux. Et ce qui le fait d'autant plus connoître c'eft que depuis quelques jours en çà elle auroit perfécuté la damoifelle femme dudit fieur plaignant pour lui donner fon congé fans lui vouloir en dire le fujet. C'eft pourquoi il a été confeillé de nous rendre la préfente plainte, etc.
Signé : David; P.-G. Du Croisy.
Hubert
IuBERT (André). Ce comédien fit ses débuts sur le théâtre du Marais et, en 1664, il entra dans la troupe de Molière en remplacement de Brécourt, qui passait à l'Hôtel de Bourgogne. Hubert jouait en perfection les rôles d'hommes habillés en femme et les rôles à manteau. Il était d'une grande pusillanimité, et Grimarest raconte à ce propos une anecdote amusante. Un jour, une querelle s'éleva, comme cela arrivait souvent, à la porte du théâtre ; les épées furent tirées et de grands cris se firent entendre. La représenution allait commencer et le vacarme
parvint jusqu'aux comédiens, alors prêts à entrer en scène. Les femmes s'effrayaient et menaçaient de s'évanouir, chacun essayait de fuir et Hubert ayant complètement perdu la tête, imagina, pour se sauver plus vite, de faire un trou dans la muraille et de s'y engager ; malheureusement le trou n'était pas assez grand pour qu'il y passât^ et quand il voulut en sortir, il ne put y parvenir. On eut beau le tirer par les pieds, rien n'y fit et il fallut démolir la muraille pour dégager l'infortuné. Hubert fut quelque temps l'administrateur de la troupe de Molière. Il quitta le théâtre au mois d'avril 1685 et mourut le 19 novembre 1700.
190 Hubert.
1659. — 29 juin.
André Hubert ^ comédien du Roiy et Catherine Morantfa femme fe font une donation réciproque de la totalité de leurs hiem.
(Archives natioiiales, Y, 196.)
PAR-DEVANT Ics notaires du Roi fouffignés furent préfens «n leurs pèrfoniiiçs An4r^ Hubert,, comé* dien du Roi, demeurant au Jeu de paume des Marefts, vieille rue du Temple, paroifle Saint-Geivais, et Catherine Mor^t f^ femme, qu'il a autorifée pour l'effet des préfentes ; lefquels confidérant que depuis qu'il a plu à Dieu tes conj oindre enfemble par man^^, ill n'ont «iucuq, çnÊiat pour leur fucsçéder, coi>fidérant aufli [l'amour et dilection qu'ils fe font portd et portent, les peines et foins que chacun d'eux ont prifes à acquérir çt cpaferv^r 1q pq^ de l^iens qu^ik poflèdent, et déflrant le reconnoître et donner moyen au furvivant d*eux de vivre phis doucement le refte de leurs jours : A ç^^ cat^fes, ils (e font fait et font par ces préfentes don mutuel, égal et réciproque, l'un à l'autre et au furvivant d'eux, ce acceptant, de tous et chacuns les biens, meubles et conquets, immeubles qui fe trouveront leur appartetiir au jour du décès du premier mourant pour en jouir par le furvivant fa vie durant fuivant et au défîr de la coutume
de Paris* Cette donation mutuelle ainfi faite pour les confîdérations fufdites et pour ce que telle eft leur intention. Et pour faire infinuer les préfentes au greffe du Châtelet de Paris et partout où il appartiendra les parties ont fait et conftitué leur procureur le porteur defdites préfentes auquel ils ont donné pouvoir de ce faire et en requérir acte, etc.
Fait et pafîé en l'étude des notaires fouffignés Tan 1659, ^^ 29* jour de juin avant midi, et ont lefdites parties figné la minute des pjréfentes demeurée chez Muret le jeune, Fun d*iceux notaires.
Signé : MoTELET et Muret.