Martin Hylacomylus, p. 18, 23 et
6. Tome Il, col. 316, de la nouvelle édition. L'éditeur de la Bibliotheca Americana vetustissima d’Harisse en a donné, en colophon, une espèce de parodie d’un goût douteux, substituant ses initiales et celles de New-York à celles de Saint-bié. Enfin cette marque typographique remarquable se trouve reproduite en fac-simile, deux fois de suite, dans: À Catalogue of Books. (Bibliotheca Americana) ef J.-C. Brown, by F.-R. Bartlett, vol. 1, p. 32 et 33, Providence, 1875.
croix de Lorraine, reposant sur un cercle ayant un diamètre horizontal, avec un rayon faisant suite à la croix double et qui repose perpendiculairement sur le diamètre. Entre la plus grande branche de la croix et le cercle, les lettres majuscules S. et D. (Saint-Dié). Dans le cercle, de chaque côté du rayon perpendiculaire au diamètre, G. L. (Gaultier Lud) et N. L. (Nicolas Lud); enfin au-dessous du diamètre, en final très apparent, M. I. entrelacé (Martin Ilacomylus). Puis, sous la vignette, la date d'impression en caractères mobiles d’imprimerie.
Pour avoir l’explication de cette singulière marque {ypographique dont jusqu’à présent on n’a pas bien aperçu ni compris toutes les particularités, il faut consuller l’édition de la Cosmographiæ Introductio que Waltzemäüller, mécontent de ce qui s'était passé à Saint-Dié, en mai et septembre 1507, fit imprimer à son compte, à Strasbourg, en 1509. Cette édition est close au recto du trente-deuxième feuillet, par la marque typographique suivante :
PRESSIT APUN ARGENTORA-
COS HOG OPUS INGENIOSUS VIR JOHANNES GRUNINGER. ANNO POST NATUM SAL- VATOREM SUPRA SESQUI MIL-
LÉSIMUM NONO.
JOANNE ADELPHO MULICHO ARGENTINENSI CASTIGATORE.
Ce prote ou correcteur était le médecin strasbourgeois, Jean Adelffus de Mühlingen, un érudit devenu plus tard célèbre comme biographe de Frédéric Barberousse, Cette marque typographique, faite sous les yeux et pour la plaquette de Waltzemüller, explique le mystère de celle de Saint-Dié.
Donnonsici une indication grossière de celle de Saint-Dié:
Les deux dernières lettres doivent être entrelacées.
Puis comparons-les, D'abord le nom de lieu: Strasbourg pour l’un, Saint-Dié pour l’autre. Puis le nom de l’imprimeur Jean Grüninger à Strasbourg, et des deux Lud à Saint-Dié.
Enfin, bien en vedette, tout au bas, le nom du correcteur, avec son titre de prote pour l'édition de Strasbourg, comme le monogramme Martin Ilacomylus, aussi tout au bas, bien en vue, nous montre la position véritable de Waltzemüller dans l'imprimerie de Saint-Dié, dont il était le prote ou casligatore, ainsi que de Mühlingen l'était de l'imprimerie de Strasbourg.
Cette explication est incontestable; et je n'ai fait qu'une application légitime du procédé d'identification des fonclions par la position respective des marques typographiques de l’époque, et qui plus est, du même ouvrage fait par ou sous les yeux de la personne qui y était le plus intéressée.
L’imprimerie était au nom des Luds, dont l’un, Gaultier, l'avait installée, en faisait les frais et en était l’homme responsable devant le duc de Lorraine, Cela est si vrai, que dans l'Histoire de Saint-Dié par Gravier, le nom d’Hylacomylus ne se trouve nulle part, tandis que le chanoine Gaultier Lud est regardé comme le bienfaiteur de Saint-Dié, à cause de l'établissement de cette imprimerie qu’il dirigeait, dont il montrait avec fierté les productions qu'il appelle des monuments et qui étaient l'honneur de cette petite ville au pied « des cimes de la montagne de Vosge ».
La position de Waltzemüller à Saint-Dié était celle d'employé, de commis des Lud, de premier ou prote de l'imprimerie, I ne faisait point partie du Gymnase vosgien. Le professeur Ringmann et Waltzemäüller étant amis, il est possible que celui-ci soit venu à Saint-Dié sur la recommandation de celui-là. Bon prote (castigatore), ainsi que le prouve le premier tirage de la Cosmographie (exemplaire d’Eyriès)!, habile dessinateur de cartes, qu’il ornait en outre de superbes armoiries des différents souverains, connaissant les mathématiques, Waltzemüller était un aide important et des plus utiles pour la Société du Gymnase vosgien, Mais ce n’était qu’un assistant, qu’un aide salarié, occupé à préparer des cartes pour une nouvelle édition de Ptolémée et à corriger les épreuves dans l'imprimerie des Luds.
Disons quelques mots du Gymnase vosgien. On y remarquait d’abord le chanoine Gaultier Lud, homme très généreux qui faisait des fondations pieuses, nous dit l’historien de Saint-Dié (Gravier, Histoire de Saint-Dié, pp. 203, 205, etc.), et qui s’efforçait de répandre les lumières et les connaissances autour de lui, Il devait être riche, ou tout au moins il disposait de fonds considérables que peut-être il tenait des libéralités de René IT, duc de Lorraine, petit-fils du bon roi René, le protecteur des arts et de la littérature.
Le « facétieux chanoine » Gaultier Lud était le chef reconnu, « la cheville ouvrière, l'âme visible du Gymnase vosgien » ?. C'était ce qu’on appellerait aujourd’hui un géographe par goût et un patron de la géographie.
Puis venaient les chanoines Pierre de Blarru, auteur du poème national, la Nancéide, en vers latins; Jean Basin, de Sandocourt, éditeur posthume de Nanceidos, traducteur des Quatuor Navigationes de Vespucci, et auteur du livre
1. En disant la Cosmographie, nous entendons ici, comme en d’autres endroits de ce mémoire, la Cosmographiæ Introductio dont nous parlons. 2. Martin Hylacomylus, p. 49.
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rarissime Novus elegansque conficiendar. epistolar., ete.; et enfin Laurent Pilade, l’auteur de Rusticiados (la Guerre des paysans), devenu plus tard, après la dissolution du chapitre de Saint-Dié, curé de Corcieux près de Saint-Dié, Tous quatre faisaient partie, en qualité de chanoines et de prêtres, du chapitre collégial de Saint-Dié. Puis venaient des laïques: le riche et docte bourgeois Nicolas Lud, parent du chanoine Gaullier Lud, — suivant d’Avezac!, son frère el son associé pour limprimerie. Lui aussi devait être un Mécène du Gymnase vosgien et un érudit, attendu que Jean Basin, dans son livre Novus elegansque.…, l'appelle le « noble, considérable, magnifique et clarissime Nicolas Lud, bourgeois de Saint-Dié? ». C'était ensuite le professeur de géographie et de mathématiques, Mathias Ringmann (Philesius), du val d’Orbey près de Schelestadt en Alsace, auteur de la Grammatica fiqurata et du poème Vosagus. Plus jeune que les autres membres de l’association scientifico-littéraire da Saint-Dié, très actif, très spirituel, facétieux, farceur même, — en prenant ce mot dans le bon sens, — Ringmann, qui aimait à se parer du titre d'enfant du versant oriental des Vosges (Vogesigena), ne se faisait pas faute de plaisanter. Ainsi, dans l’élégie publiée une première fois en 1505, à Strasbourg, en tête de la plaquette contenant la première lettre d’Albericus Vespucins à Médicis, et reproduite en 1507 à Saint-Dié, Philesius avertit le lecteur de ne pas se faire un « nez de rhinocéros ! », emblème, suivant Martial, de grande moquerie chez Îles jeunes et les vieux Romains. Ringmann aimait fort à rimailler; c’était le poète favori du Gymnase, surtout depuis la mort de Jean de Barru, en 1505, D’Avezac le nomme un humaniste, un philologue; Harrisse un poète, un érudit (scholar) ; bien avant eux, Waltzemüller, dans la Mar-