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minérales, mais aucune ne la possède à un plus haut degré que celles de Chateldon. Elle est du reste confirmée par un assez grand nombre d'expériences, pour qu'il puisse rester quelque incertitude à cet égard.
Les eaux de Chateldon sont si légères et si gazeuses ; elles pénètrent si aisément nos plus petits tubes capillaires, qu'on les administre, avec le plus grand succès, dans les maladies nerveuses , dans les affections hystériques et hypocondriaques ; dans les vapeurs qui dépendent surtout de la délicatesse, de la sensibilité et de la faiblesse des nerfs.
Pomme à qui la science est redevable d'un excellent traité sur les maladies vaporeuses , conseille , dans ces maladies, l'usage presque continuel des bains tièdes ou froids, les lavements, l'eau de veau, d'agneau, le petit lait, les bouillons de poulet, de tortues, de grenouilles et à la fin les eaux minérales froides et acidulés. (1)
« Quoique la théorie de ce médecin soit très lumineuse, disait feu le docteur Desbrest, mon grand'père, je ne suis pas tout-à-fait de l'avis de PoMiue sur le traitement des affections hystériques et hypocondriaques : ces maladies dépendent incontestablement de l'irritabilité du genre nerveux , de sa trop grande
(1) Pomme est d'accord, à l'égard de ce dernier précepte, avectous les auteurs qui ont écrit sur ces maladies Voyez
Hoffm. Raglivi, Lieutand, Raulin, Tissot, etc.
sensibilité et de son extrême mobilité. Le régime délayant auquel Pomme assujettit ses malades, convient bien dans les paroxismes nerveux et dans le temps que les spasmes et les mouvements convulsifs se manifestent plus particulièrement ; mais les paroxismes étant une fois passés , on doit s'occuper du moyen d'en prévenir de nouveaux, ce qu'on ne saurait toujours espérer de sa méthode qui ne va pas à la cause du mal.
» Le racornissement que ce médecin suppose dans les nerfs et dans les parties membraneuses, n'est jamais qu'un état de spasme, d'irritation et de crispation qui cesse presque toujours avec l'accès vaporeux et souvent sans le secours des bains et des remèdes délayants.
» Les causes qui déterminent ces mouvements nerveux et spasmodiques sont si différentes, si variées et si multipliées qu'on chercherait inutilement dans nos pharmacopées les remèdes propres à les guérir. Les excès du plaisir et de la douleur, les peines de l'âme, les méditations profondes, la contention d'esprit, les délires de l'imagination , l'attente et la perte d'une grande fortune, une terreur subite, une dévotion outrée, la crainte de la mort, les veilles poussées trop loin, une application trop constante à l'étude, une vie oisive et sédentaire; une maladie longue traitée par de copieuses saignées ou de fréquentes purgations ; des hémorragies abondantes, des pertes blanches, la suppression ou le
dérangement du flux menstruel ; l'abus des plaisirs vénériens, une disposition héréditaire et une infinité d'autres causes peuvent toutes concourir à débiliter le genre nerveux au point de lui laisser une disposition à être mu vivement et violemment agité ; ainsi, voyonsnous presque toujours la santé des vaporeux des deux sexes dépendre de la constitution de l'atmosphère. Lorsque le ciel est clair et serein, que les vents d'Est, Nord-Est, ou de Sud-Est soufflent, que l'air n'est ni trop froid ni trop chaud, ces malades sont ordinairement dans une situation assez heureuse ; l'espérance renaît dans leur âme, la sérénité se montre sur leur visage, et leur satisfaction paraît dans leurs yeux : ils se plaisent , pendant cette heureuse constitution, dans la société de leurs amis ; ils se livrent aux plaisirs et ils en goûtent les douceurs ; mais les plaisirs mêmes , s'ils s'y abandonnent sans ménagements ; s'ils n'observent pas les règles de la modération, dans ceux de la table et de l'amour ; s'il leur survient quelque peine d'esprit, qu'ils soient témoins de quelque scène désagréable ; s'ils sont surpris par un événement imprévu ; si leur imagination est troublée pas les soins domestiques ; si la constitution de l'air change tout d'un coup; si le temps devient couvert, froid, pluvieux, nébuleux ; si les vents prennent une direction contraire à celle qu'ils avaient ; il se fait alors une révolution subite dans leur machine frêle et sensible ; la transpiration arrêtée ou supprimée les expose aux mêmes acci-
dents : ils deviennent chagrins, inquiets, mélancoliques; tout leur déplaît ; leurs amis les ennuient, tout ce qui les entoure les fatigue ; ils soupirent après la solitude, ils voudraient rester seuls et isolés et, si on les quitte, ils se plaignent qu'on les abandonne ; ils courent après les remèdes, refusent souvent ceux qu'on leur donne ; ils consultent leurs médecins, ne font presque jamais la moitié de ce qu'on leur prescrit ; ils voudraient en changer chaque jour ; ce sont des êtres malheureux pour eux-mêmes et fatigants pour les autres : la plupart de ces accidents dépendent surtout de l'hypocondrie, qui est plus longue, plus difficile et plus rebelle au traitement que l'hystérie , dont les accès se manifestent chez les femmes par quelques-uns des symptômes dont je viens de parler, et auxquels il s'enjoint plusieurs autres qui ne sont pas aussi familiers aux hommes.
» Elles éprouvent des maux de tête plus ou moins profonds ; quelquefois elles se plaignent d'une douleur aiguë semblable à celle que leur causerait un clou qu'on leur enfoncerait dans le crâne ; c'est ce qu'on nomme clou hystériqxie ; elles ont des sifflements et des bourdonnements d'oreilles, des vertiges, des tremblements, des palpitations , des lassitudes , des engourdissements ; elles crient, chantent et pleurent sans sujet : l'estomac devient tendu et boursoufflé ; elles rendent beaucoup de vents par la bouche ; ce symptôme est aussi familier aux hommes hypocondriaques ; quelques-uns sont exposés à des sensations passagères de froid et de chaud dans les
différentes parties du corps , et particulièrement à la tète et le long de l'épine du dos ; à des suffocations alarmantes ; d'autres éprouvent une toux sèche, convulsive, des. crachottements incommodes, des douleurs de dents, des battements aux artères mésentériques , cœliaques, à l'aorte, aux carotides ; le pouls est petit, inégal, intermittent ; quelquefois même il se perd, les extrémités sont froides : dans les paroxismes les plus violents , les femmes éprouvent un étranglement à la gorge, (boule hystérique) des convulsions , des syncopes ; elles perdent la parole, le pouls paraît éteint, elles sont sans mouvement, et, si on ne s'était pas familiarisé avec ces accidents, quelquefois on les croirait mortes.
» Il résulte de tous ces phénomènes auxquels je pourrais en ajouter beaucoup d'autres communs aux deux sexes que, dans les affections vaporeuses, ce sont les nerfs qui jouent le principale rôle : on doit sentir que cette maladie qui a ses temps de rémissions, et dont les paroxismes sont plus ou moins fréquents, plus ou moins violents dans les divers sujets, ne peuvent pas dépendre du racornissement, de la crispation des nerfs , ainsi que le prétend Pomme , qui prend sans doute l'effet pour la cause ; aussi les bains, les pédiluves , l'eau de veau , de poulet , le petit lait et tous les autres délayants , dont on peut tirer le plus grand parti, durant les paroxismes, sont presque toujours insuffisants pour guérir ces maladies.
» On a dû observer que chez, les hypocondriaques
ainsi que chez les femmes hystériques et vaporeuses, l'estomac est constamment lésé, qu'il ne fait jamais parfaitement ses fonctions : les preuves s'en tirent du désordre des digestions ; le plus souvent , les vaporeux ont un appétit désordonné, rien ne peut les satisfaire ; ils mangent avec une avidité incroyable ; à peine sontils sortis de table qu'ils s'y remettraient pour recommencer un nouveau repas : d'autres fois ils sont dégoûtés ; rien ne les tente, ils ont une paresse pour manger, dont ils ignorent la cause, et, en général, toutes leurs digestions sont longues, lentes, pénibles, laborieuses et et fatigantes : ils sont tourmentés par des vents incommodes, des rapports acides, nidoreux, des aigreurs, des chaleurs acres et cuisantes ; ils renden t par la bouche une pituite abondante, insipide, claire, ténue et quelquefois glaireuse : ils ont ordinairement le ventre serré, ils sont constipés, leurs garde-robes sont rares, difficiles, laborieuses, leurs excréments durs, noirs, séparés; d'autrefois, les matières sont liées, liquides, le ventre est libre, les déjections sont glaireuses, bilieuses, etc. Ces différentes manières d'être dépendent toujours du degré de tension et de relâchement du système nerveux et membraneux ; et quoique les paroxismes vaporeux se manifestent quelquefois après des excrétions abondantes et d'une bonne consistance, les malades n'en font pas moins des vœux pour la facilité de leurs garde-robes ; ces sortes d'excrétions leur font éprouver un bien-être auquel ils ne sauraient assigner aucun prix. Lorsque le
ventre est le plus opiniâtrement constipé, les urines sont claires, limpides , fréquentes , abondantes ; dans cet état elles sont l'annonce d'un paroxisme prochain , et c'est alors le temps de faire usage de la méthode recommandée par Pomme : enfin tous les vaporeux éprouvent , dans des degrés différents, les accidents divers qui servent à caractériser les mauvaises digestions-.
» Il ne suffit pas, dans le traitement des maladies vaporeuses, d'avoir égard aux solides, on doit encore considérer l'état des fluides. Comme les paroxismes hystériques et hypocondriaques sont toujours accompagnés de l'éréthisme et de la crispation des parties nerveuses, et particulièrement de celles de l'estomac et du canal intestinal , le mouvement des liquides et leur circulation doivent être singulièrement gênés pendant ces accès, qui sont souvent très longs, et dont les retours sont quelquefois fréquents : les tubes capillaires séreux, sanguins, lymphatiques, les vaisseaux chilifères, vascu- Ieux, glanduleux; enfin tous les petits vaisseaux de quelque nature qu'ils soient, et quelque forme qu'ils puissent avoir, doivent être nécessairement dans un état de gêne, de contrainte, de spasme, de crispation qui les force k refuser le passage aux fluides pour lesquels ils sont destinés ; d'où il résulte que se trouvant arrêtés dans leurs cours, ils doivent s'épaissir, se condenser et conséquemment fermer, boucher, engorger les tubes capillaires ; et c'est de la multiplication de ces petites concrétions, de ces oblitérations particulières que nais-
sent les grandes obstructions et ces altérations organiques qui nous étonnent quelquefois par leur volume, leurs formes, leur structure, leur situation et leur étendue. Le nombre des vaisseaux étant ainsi considérablement diminué, les fluides circulent avec d'autant plus de peine que les obstacles sont plus considérables et plus multipliés ; les humeurs doivent donc changer de nature et acquérir des qualités différentes de celles qui constituent la bonne santé. Ainsi, lorsque ces maladies sont anciennes et invétérées, les solides et les liquides sont également viciés; et, dans le traitement, il faut avoir égard non-seulement aux divers degrés d'altération des fluides, mais encore à l'état des solides, d'où il résulte qu'on ne doit pas s'attacher uniquement à restituer aux solides la souplesse qu'ils ont perdue, à les relâcher, à les détendre, mais il faut encore ouvrir les vaisseaux fermés , oblitérés , obstrués ; détruire les concrétions lymphatiques, et rendre, en général, à toutes nos humeurs, autant au moins que la chose est possible, et que l'état des malades le comporte, la fluidité et la consistance qui leur sont naturelles.
» J'ai déjà fait observer que l'expérience nous avait appris que, dans les affections vaporeuses, l'estomac et les autres viscères, qui servent à la digestion, étaient toujours principalement et particulièrement affectés : on doit sentir que l'altération et la dégénération de nos humeurs dépendent primitivement du dérangement des organes digestifs ; car, si la digestion se fait mal, le
chyle qu'elle fournit manque des qualités requises pour former le sang, la lymphe, ainsi que les autres fluides , et les constituer tels qu'ils doivent être pour la conservation et l'entretien de la santé ; ainsi, il est essentiel de fixer principalement ses regards sur les vices digestifs, afin d'y remédier par les secours les plus sûrs et les moyens les plus puissants.
» Les organes digestifs étant une fois rétablis, les sucs nourriciers qu'ils fourniront deviendront propres à réparer les pertes que nous faisons continuellement par les voies ouvertes pour toutes les excrétions : alors les solides auront plus de consistance ; ils résisteront mieux aux impulsions étrangères ; l'air et les différentes modifications ne feront pas la même impressien sur le système nerveux ; il ne sera plus ni si sensible, ni si irritable ; il diminuera de mobilité ; les perceptions, il est vrai, en seront moins vives , les sensations agréables moins délicieuses ; mais les pertes que les malades feront de ce côté peuvent-elles entrer en considération avec les peines, les douleurs et les souffrances qu'ils éprouvent, lorsque d<js objets désagréables les affectent.
» Les eaux de Chateldon, en rétablissant les digestions, concourent donc d'une manière puissante à la guérison des maladies vaporeuses, et parmi les eaux acidulés, ferrugineuses et alcalines, je n'en connais pas , j'ose le dire, dont les effets soient plus assurés et plus constants , pour opérer cette importante révolution, que celles de Chateldon. C'est à la présence de l'acide car-
bonique dont elles sont si abondamment pourvues ; c'est à son mélange avec un oxide de fer et aux sels alcalins qu'elles contiennent qu'on doit attribuer ces propriétés.
» Quoique les eaux de Chateldon soient un apéritif doux et fort actif, il peut pourtant arriver que ce remède soit insuffisant, pour enlever les embarras qui se sont formés dans les viscères du bas ventre, surtout si les engorgements ont une certaine étendue et qu'ils aient acquis beaucoup de consistance : on peut alors associer à ces eaux d'autres apéritifs, des fondants plus actifs : c'est à la. prudence du médecin à en faire le choix , et à en diriger l'application : dans ces circonstances et dans plusieurs autres où je ne crois pas les eaux assez actives pour détruire les obstructions, enlever les engorgements, ouvrir les couloirs, et ramener la vie dans la partie malade, je leur associe des pilules savonneuses et fondantes, que je fais préparer avec l'extrait de quelques plantes mucilagineuses et apéritives qui, en se prêtant à l'action des eaux, en reçoivent elles-mêmes des secours pour agir avec plus d'efficacité sur les parties onstruées et engorgées ; mais de quelque espèce que soient les remèdes que l'on jugera à propos d'associer aux eaux, on doit avoir l'attention de n'en employer aucun qui puisse agacer et irriter le système nerveux qu'il ne faut jamais perdre de vue dans le traitement de ces maladies.
» Indépendamment de ces moyens curatifs, les malades ne sauraient apporter trop d'attention pour se garantir des dangers et des accidents auxquels les expo-
— Gisent les changements subits de l'atmosphère ; ils doivent donc être suffisamment couverts afin d'entretenir la transpiration autant qu'ils le pourront dans la même égalité ; mais il ne faut pas , pour cela, qu'ils mènent une vie trop sédentaire ; au contraire, l'exercice leur est absolument indispensable ; celui du cheval leur convient le mieux ; les longues promenades à pied et par un temps doux et agréable leur seront aussi salutaires.
» Le régime de la table doit être encore d'une très grande considération pour ces malades : les hypocondriaques et les femmes hystériques doivent donc se nourrir d'aliments faciles à digérer ; ne jamais surcharger leur estomac, et attendre la fin d'une digestion, avant de commencer un nouveau repas.
» Il est inutile d'avertir que les vaporeux doivent se livrer à tous les genres de distractions qui leur sont agréables, pourvu cependant qu'ils ne commettent pas d'excès dans leurs plaisirs ; ils éviteront avec soin les spectacles douloureux, les assemblées tristes et chagrines, la compagnie des personnes qui leur déplaisent, la solitude, la contention d'esprit, les longues méditations, les craintes, la gêne, l'étiquette du grand monde; enfin, ils doivent se conduire, à cet égard, comme des malades auxquels le régime de ceux qui se portent bien ne convient pas. »
Cette digression, extraite du traité des eaux de Chateldon, par le docteur Desbrest, mon grand'père, m'a entraîné, peut-être, un peu plus loin que je me l'étais
proposé d'abord, mais comme elle est toute à l'avantage des malades, j'ai cru qu'elle trouvait naturellement sa place dans un ouvrage destiné à faire connaître les vertus bienfaisantes de ces eaux minérales.
Au reproche qu'on pourrait m'adresser d'avoir beaucoup trop généralisé les propriétés des eaux de Chateldon, et de leur en donner même qui, en apparence, impliquent contradiction, telles que celles d'être toniques, apéritives et rafraîchissantes, je répondrai que cette objection, qui pourrait séduire, de prime-abord, quelques esprits peu attentifs, est sans fondement. Les médecins éclairés et observateurs, savent très bien que l'action des eaux minérales est relative à leurs principes constitutifs et à la disposition des organes sur lesquels ils agissent, et que le même breuvage pris dans des cas différents opère des effets différents. Je m'explique : un remède peut tendre les solides, les fortifier en donnant du ressort aux fibres qui le composent, et, dans une autre circonstance , ce même remède peut les détendre et les relâcher, en corrigeant les fluides qui tenaient les fibres dans un état de constriction , d'irritation et de spasme. C'est ainsi que les eaux de Chateldon agissent comme toniques, à raison du fer qu'elles contiennent, lorsqu'on les emploie dans des maladies qui dépendent de la faiblesse, du relâchement et de l'inertie des solides ; et dans des cas opposés , elles deviennent modératrices du cours du sang, si la rapidité en est excessive à cause de leurs parties salines et du principe gazeux dont ces eaux sont pourvues.