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Nouvelles rêveries; poésies et sonnets

Par ses nouvelles ^^ Rêveries'' M. W.-A. Baker nous invitej comme la Polymnie accoudée à son socle, à nous absorber avec lui dans la paisibilité grave du rêve. Sa muse est délibérément méditative. Il affirme chez nous comme la tendence d'un Guyau, V auteur des ^^Vers d'un philosophe" . Ses lectures affectionnées: Emmerson, Taine, Pascal, Goethe surtout, ont visiblement incliné le poète vers la gravité d'une poésie plutôt philosophique.

Ses poèmes, des paysages, le plus souvent, nous le montrent devant la Nature, moins soucieux de transposer dans ses vers ses couleurs et ses rythmes que préoccupé de lui arracher quelque vivant symbole pour exprimer la douleur, l'amour, la joie, l'espoir ,tous les frémissements de la vie.

Il dira au Poète:

Tantôt la plainte humaine et tantôt la forêt Font chanter la souffrance ou la paix sur ta lyre, et, devant les ^^ Monts Laurentiens" , il trouvera des similitudes, des affinités entre leurs cimes et ses rêves; il humanisera ainsi nos Laurentides:

Je n'entends que vos voix, je n'entends que vos sons, Et j'écoute ravi, l'accent de votre langue, Dont la mélodieuse et sublime harangue Proclame à mon vouloir l'enviable destin: Celui qui monte ainsi que votre haut chemin. Voila le poète dans sa plus noble attitude: convoiter la majesté des sommets de l'Idée et de la Poésie.

C'est bien, poète, élève ta lyre vers les hauteurs du monde matériel et surtout vers les cimes plus belles encore de la sereine Pensée.

C'est notre souhait fraternel au poète des ^^ Rêveries",

Albert FERLAND Janvier 1917

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L'auteur se permet d'ajouter aux appréciations pénétrantes que Ton vient de lire, les paroles suivantes extraites d'une lettre de Monsieur Paul Lafieur, à Fauteur; on y remarquera une rencontre significative des deux éminents écrivains sur la note dominante de ce livre: ^'Les Nouvelles Rêveries ont un cachet tout- "à-fait personnel et qui se trouve aussi bien dans la "pensée que dans l'expression. . . . Idées et vers sont "heureusement en rapport; et l'accent, la note de "méditation est soutenue d'un bout à l'autre."

Paul-T. LAFLEUR

Tietour

Pays natal, je revois ton église, Tes bois touffus, ton lac, tes monuments; Combien je t'aime, ô ma terre promise, Après vingt ans d'exil et de tourments!

J'ai suivi tes routes silencieuses.

Pèlerin du rêve, étrange passant, Ému, je vois tes ruines pieuses.

Témoins sans voix de nos amours d'antan.

Oh! mon Dieu, pourquoi donner l'espérance, Le souvenir si durable, aux humains, Quand sur l'autre plateau de la balance, Tu mis tant de rêves sans lendemains ?

Courbant sous son bagage dérisoire, La vie ainsi passe, triste et boitant.

Quand on a tout, on n'a plus de mémoire, Quand on perd tout, on se rappelle tant!

Insaisissable en sa course effrénée.

Le bonheur jette, en se sauvant, ses dons; La fleur se fane aussitôt qu'elle est née; Tout passe : amers et las, seuls nous restons.

Contre le sort nous n'avons d'autres armes, Que les seuls traits trempés dans la douleur, La poésie est toute dans les larmes, Se résigner est le tout du penseur.

Solitude

A M. Germain Beaulieu

Dans les bois, le lac bleu rayé de nues, Ouvre une orbite où brille un globe d'or, Comme au fond de pupilles ingénues, Luit Fétincelant disque où l'amour dort.

Le soleil mourant laisse dans les choses, Sa chaleur, comme un tendre souvenir, Reste de ceux dont les bouches sont closes. De ceux qu'en pleurant on a vus partir.

Le son lointain de l'angélus déferle Sur ce silence où le bruit de l'airain. En ondes harmonieuses vibre et perle, Proclamant le renoncement divin.

Le Renoncement divin par quoi l'homme Échappe à l'homme ainsi qu'au lourd destin, Et devient libre et calme et pur, tout comme La nature à l'aube d'un clair matin.

L^Jlmom vainqueur

A Meile E. de G.

SONNET

Ombres, rêves, frissons qui nous semblent sans fin, Tout fuit quand apparaît Faube d'un clair matin; La nuit c'est la brume et la lenteur du voyage. Le jour c'est l'arrivée au port, c'est l'abordage.

Mélancolie, ennui, nostalgiques dédains S'effacent de mon front quand je presse tes mains, La vie a de la mer l'infini du rivage. L'amour c'est le salut joyeux fait à la plage.

Mais plus fort que le jour, l'amour se rit du temps Et lorsqu'il apparaît, c'est l'éternel printemps; Tel sur les blancs chemins que la ville illxunine.

Quand la foule l'hiver, dans la nuit s'achemine. On voit courant aux sports, l'œil rempli de soleil. Passer en caravane l'amour jeune et vermeil.

Psychologie d'oiseau

Un froid sec et glacé jette sa lueur blême, Les chemins sont déserts;

Des oiseaux pépiant sans cesse un même thème, Frissonnent dans les airs.

Soudain l'un d'eux entrant par la porte entr' ouverte,

Dans un temple divin, Tourbillonne éperdu sous la voûte déserte,

Et cherche à fuir en vain.

Sous un dais radieux, dans la splendeur des lustres.

Il s'arrête un instant, Pour pleurer les froids d'or, les asiles de rustres.

Sous ce dôme éclatant.

En le voyant, je pense à l'habitude chère Qui nous tient sous sa loi.

Et nous rive au poids lourd de la douleur amère, Tant changer fait effroi.

Jl la source

O fontaine si fraîche, En ton antiquité, Ton murmure nous prêche L'humble tranquiUité, La douce indifférence, Calmant toute souffrance.

Non Tégoïsme dur,

Car ton cristal si pur.

Jamais ne se refuse;

Ta fraîcheur c'est la paix

D'un cœur aimant qui s'use,

Sans s'épuiser jamais.

Se parant d'astres d'or, Ta souple chevelure Se déroule à ton bord; Changeante diaprure.

Un voile d'arc-en-ciel Pavoise ton doux miel.

Dis quelle haute loi Te fait lasser l'injure De la bouche qui boit, En plongeant sa morsure Au cœur De ton secret.

Fais-nous l'aveu discret!

Soir rustique

A M. Albert Ferland

SONNET

La corolle des fleurs, par la brise inclinée Exhale, près d^un lac, d^enivrantes senteurs, Comme un lustre qu'allume au mois de Thyménée Le soleil créateur de parfums, de couleurs.

Ouvrier du futur au soir de sa journée.

Le poète vibrant à toutes les douleurs.

Se repose en ce lieu de sa verve indignée.

Et se reprend à vivre en des espoirs meilleurs.

Puisant Tauguste paix en ce divin nectar. Il voit languir aux cieux la lumière en retard, Et résigné devant les sources éternelles.

Invoquant la Nature aux forces maternelles,

Le poète serein, en son rêve s'endort.

Comme un astre couchant tombe dans un ciel d'or.

Consolation

(poème philosophique)

C'est en se surmontant qu'on peut vaincre le sort; La force vient de loin, et c'est par la souffrance, Qu'on chasse le fatal et passionnel essor; Car le savoir c'est l'endurance.

Le sage nous dit qu'on triomphe en renonçant, S'attacher c'est jeter l'ancre dans l'insondable. La Nature au cœur libre offre un attrait puissant, Mais sous ses dons le serf s'accable.

L'univers contredit le serf à l'infini.

Tant dans les choses il est peu de ressemblance,

La saison qui succède à celle qui finit

Nous charme par sa dissemblance.

Le carillon des nuits sonne l'espoir du jour. Plus la souffrance dure et plus l'œuvre s'achève Et le printemps joyeux, annonçant son retour, Des glaces fait couler la sève.

Que de chagrins s'en vont au retour printanier; Il semble parfois que dans une nuit d'étoiles. Le bonheur s'endort près d'un odorant sentier Et livre ses beautés sans voiles.

H^mne de guerre

SONNET

Debout monde idéal du droit et du savoir, Astre d'hier brillant encor dans le ciel noir, L'humanité ployant sous le deuil qui la ronge, Se tourne vers toi, dans la nuit qui se prolonge.

Et vous monde impassible, astres brillants du soir, Dont les rayons lointains répandent tant d'espoir, N'êtes-vous hélas, qu'un resplendissant mensonge, Et l'univers entier n'est-il qu'un vaste songe ?

Mondes, levez-vous à l'appel silencieux

Des murs croulants de Reims! Que de nouveau la France

Sur l'antique parvis, invoque avec confiance,

Le Dieu de Clovis et des héros glorieux; Et dans la nue obscure enfin viendra reluire L'Ange que Lucifer essaya de réduire.

Août 19L5.

En lisant T^ascal

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