A M. P.-B. DE C
SONNET
La France avec ses rois, de son trône déchue, Ne sera, disaient-ils, bientôt plus aperçue, Guidant les nations; mais tel un fier coursier Qui fléchit un instant sur son jarret d'acier,
Se relève aussitôt, ainsi ta force accrue Par ta chute, ô France, est tout-à-coup apparue. Digne des anciens preux, et ton courage altier Proclame ta valeur à Funivers entier.
Ton espoir est sorti de Fauguste Pensée, Ce refuge de Fhomme en face du brutal; Comme Fange autrefois devant Feffort du mal,
Tu levas vers le ciel ta grande aile blessée,
Et pendant que vibraient le cuivre et le tambour,
Le Cygne, ange du rêve, repoussait le vautour.
6 Septembre 1915.
Jeanne d'Jlrc
A M. C.-E. BoNNiN,
Consul de France.
SONNET
O Dieu, le feu qui fit brûler le crime infâme, Lancé par des humains va punir l'innocent; Gomorrhe se venge, et contre ton oriflamme. Dirige sa torche et lance son jurement!
Mais non, le bûcher se change en aile de flamme. L'ange monte où l'impie expire en blasphémant; Le feu brûle le corps mais il éclaire l'âme. L'homme naît de la fange et l'ange du tourment.
Inaltérable ainsi qu'un radieux joyau.
L'héroïne rayonne en face du bourreau.
Et Ton dirait que des clous d'or de l'étincelle.
Un céleste ouvrier bâtit une âpre échelle Qui s'appuie en bas sur la douleur et l'effort Et monte dans l'azur entre les astres d'or!
Mai 1916
T^enséts d'automne
A M, Benjamin Sulte
Automne, il te faut comme au génie à l'étroit, Les monts, Tazur, sans quoi tu glisses dans la fange; Il faut le hêtre ainsi qu'un sceptre aux mains d'un roi. Et la feuille morte à ton diadème étrange.
L'été folâtre rit, mais la pensée en toi
Berce ses rêves las de ce qui passe et change;
Ta mélancolie est l'harmonieuse loi
De ces temps courbés sous la guerrière phalange.
Tes feuilles font de leur essaim silencieux. Des chemins d'or montant sous un ciel radieux Jusqu'à l'âpre sommet des monts mélancoliques;
Dans la plaine aux chants doux, aux pommiers antiques, La feuille tombant fait aux fruits morts un Unceul, Et l'arbre éploré seul demeure, sombre aïeul.
Dans les Montagnes de St-Bruno. {1916)
Jlux Canadiens-français d'Ontario
A la mémoire de feu l'honorable F.-D. Monk
En vain sur ton destin se ruent toutes les rages, Ta force est dans ta foi que rien ne peut ternir; Le héros est un socle où s'érigent les âges, Son nom qu'on y grave est le nom de l'avenir.
Les siècles, des grands morts, honorent les outrages, La croix est un sceptre et le tombeau d'un martyr Est le berceau d'un peuple où comme les Rois Mages, S'agenouillent et prient les âges à venir.
Plus fort que le canon, plus haut que le tonnerre,
L'idéal, au-delà de l'azur a son aire.
Mon frère, reste fort, devant l'autel du mal,
La douleur n'émeut pas un profond idéal; Comme la foudre qui ravage tout sous elle. Ne laisse qu'un frisson sous la voûte éternelle!
Monts Laurentiem
A Madame C. J.
Monts de pourpre et d'azur, piliers où le soleil Dépose le soir son manteau d'or et vermeil, Je monte vers vous quand les affronts et F outrage Remplissent mon esprit d'amertume et d'orage.
Votre Zéphyr à l'eau de Jouvence pareil.
Berce mon âme en un mystérieux sommeil.
De l'ombre et des rayons le mobile mirage
Est comme un feu de rampe au milieu du ramage.
Sourd ainsi que vos fleurs aux humaines raisons.
Je n'entends que vos voix, je n'entends que vos sons;
Et j'écoute ravi l'accent de votre langue.
Dont la mélodieuse et subKme harangue Proclame à mon vouloir l'enviable destin: Celui qu'on monte ainsi que votre haut chemin.
La romance de nos bois
A Mme F.-X. Bebthiaume
Du calme de nos bois j'ai gardé souvenance L'âme accablée y trouve un asile béni; La vie ou la mort, ce qui pleure ou ce qui rit, Tout sans amertume y traverse Texistence.
Je vais au bois rêver aux souvenirs d'enfance. Revoir les fleurs, le hêtre et la source qui fuit, Les gerbes de rayons, harpe d'or qui reluit. Sous la feuillée où la Muse ébauche une stance!
Je contemple songeur la vague au bord du lac. Scandant l'heure éternelle au cadran de la plage. Et la cadence du romantique et vieux bac
Entraîne ma pensée au cours lointain de l'âge; Puis quand la forêt prend le deuil du jour mourant, L'orchestre continue en apaisant son chant.
Juin 1916.
George "Etienne Cartier
A M. Casimir Hébert
La simplicité qui marque toute grande âme, Se reflète sur ton monument, ô Cartier Que fait revivre Tart, ce divin ouvrier Burinant les héros sous F immortelle flamme.
Ton geste, ton maintien sont ta seule oriflamme, Le seul message que nous semble déplier Ton bras ferme et tendu, c'est le message altier Du plus noble idéal dont un peuple s'enflamme. .
Au pied du Mont Royal, tu nous parles encore, Aux grands jours de fête et de ralliement sonore; Le respect du droit fut ton seul commandement.
Parfois je crois entendre en un pieux moment, Nouveau Moïse au bas de la Montagne fière. Tomber l'austère loi de tes lèvres de pierre.
Viauville, 1916.