LA MÉMOIRE
Et moi , je suis la grande Mnémosyne , Du monarque des dieux l'amoureuse di?ine, La mère des qeuf Sœurs compagnes de Phœbus , Je suis celle qui porte, en sa large poitrine.
ÉROSTRATB. 141
Les grands forfaits et tes grandes vertus.
Insensé que le mal entraîne,
Ta cours à ta perte certaine ,
A l'infamie, au déshonneur; Et puisque tout l'enfer est au fond de ton cœur.
Voilà de ton âme hautaine . Le reflet rouge et plein d'horreur Que le temps roulera dans son onde lointaine.
Au bruit sauvage de ton nom , Les peuples éperdus se voileront la tète.
Gomme au sinistre aspect d'une ardente comète, Au retentissement d'un désastre profond; Ton nom sera hurlé sur toutes les ruines; Ton nom sera l'écho des pestes , des famines,
L^épouvante du genre humain :
Et les cris à la bouche et le fouet à la main , Les Malédictions et leur frère l'Outrage,
De peuple en peuple et d'âge en âge , '
Te poursuivront sans relâche et sans fin.
ÉROSTRATE
Ehbien,soit, ô déesse! Aux noms des grands cfiipables Que mon nom soit lié par des chaînes durables^ Que je sois relégué dans le troupeau honteux
i4t ÉROSTRATE.
Des destructeurs d'empire et de» brigands fameux!
Je vivrai , c'est assez! La Mort, la Hort avare
Ne me plongera pas en entier au Tartare :
Quelque chose de moi , redoutable et certain ,
Restera pour toujours dans l'habitacle humain :
Tu l'as dit, ô Mémoire! Allons, légères ombres,
Ainsi que les vapeurs et les nuages sombres
Qui se fondent aux feux de l'astre oriental.
Disparaissez devant ce rameau triomphal!
Et toi , Mort dévorante et toujours affamée ,
Lionne impitoyable et jamais désarmée ,
Ne bondis plus autour de mes malheureux flancs.
Et cesse de me suivre avec tes hurlements!
Voici, pour t'apaiser, un sacrifice immense
Qui surpasse en hauteur, comme en magnificence.
Tous ceux que Jupiter et les dieux immortels
Virent jamais offrir aux pieds de leurs autels!
C'est plus que cent taureaux à la corne dorée
Que j'ose t'immoler, à Gorgone sacrée !
C'est mieux que d u sang d'homme et des corps en monceau
Que je vais consumer du feu de mon flambeau ;
C'est un temple superbe et toute sa richesse ;
Le Mm vénéré d'une grande déesse.
L'ouvrage merveilleux des hommes et des temps ,
Des vases remplis d'or, des autels éclatants.
ÉROSTRATE. 145
Des chapiteaux d'airain, des colonnes sublimes ; Voilà mon hécatombe et voilà mes victimes!
Mort! accepte -les , et que le vieux néant Pour moi ferme à jamais son gouffre dévorant!
Les troU femmes disparaissent , et il eotre dans le temple. LES ESPRITS 90 FEU.
Enfants du Phléfféton , habitants du Tartan , Sur les ailes des vents, courons, volons aux lieux
Où l'homme nous prépare Une vaste débauche, un festin spacieux!