NOTRE PETIT JULES
A peine a-t-il connu sa mère Que son œil vient de se fermer ; Dans son existence éphémère Il n'a pas eu le temps d'aimer I
Il avait appris à sourire Quand, de ses caresses jaloux, Un ange vint tout bas lui dire :
*^ Petit frère, viens avec nousl"
Du ciel entrevoyant les charmes.
Avec l'ange vite il partit
S'il eût pu voir couler nos larmes Il serait resté, le petit 1
Jamais noti*e oreille ravie N'entendra son rire enfantin.
Il repose pâle et sans vie, La bouche close, l'œil éteint.
Ils sont pour toujours immobiles Ces bras qui se tendaient vers nous.
Jamais ses petits pieds débiles Ne grimperont sur nos genoux I
Bans son étroite bière ouverte On va bientôt le déposer. Nous avons sur sa joue inerte Imprimé le dernier baiser.
Hélas ! il faut qu'il disparaisse, Malgré nos pleurs, malgré nos vœux !
Le trépas jaloux ne nous laisse Qu'une boucle de ses cheveux !
La mère, par les pleurs brisée, Eassemble les langes épars, Triste confusion causée Par le plus triste des départs.
A chaque pli je vois sa lèvre Avec ses pleurs mettre un baiser.
Son cœur que dévore la fièvre Bat, j'en suis sûr, à se briser.
Je m'approche, je la console, Moi, pauvre père inconsolé, Moi que le désespoir affole, Qu'étouffe un sanglot refoulé I
Quand je sonde la peine extrême Qui pèse sur mon cœur en deuil Je sens qu'une part de moi-même Descend dans ce petit cercueil I
NOTBE PBTIT JULES 631
Pauvre berceau I Le voilà vide Be son faixieau si précieux ; Une main amie et rapide L'enlève et le cache à nos yeux.
Mais à la place accoutumée Le petit berceau reviendra. Bientôt une figure aimée Dans ses langes nous sourira.
Pour cai'esser le petit être Ensemble nous nous pencherons.
EmuSy nous croirons reconnaître L'ange envolé que nous pleui'ons I
M. J. A. Poisson.*
Arthabaska, juillet 1884.
*Errata. — Dans la poésie intitulée : " Le cheveu blanc," à la page 481, dernière livraison, lire comme suit :
6ème vers : Ma jeunesse tient-elle à si frêle cheveu ? lOôme vers : Nid négligé longtemj)8, éclore le bonheur ! 28(imo vers : A caresser mon front quelque fois tu t'amuses ! Page 482.— 12ôme vers Dès ce soir jo t'envoie à ma chère Amélie. 13ème verfl : Reçois d'elle un baiser. Dans son médaillon d'or,