‹ NouvellesChapitre 36 sur 56 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LA RrKI.LE b^ÉMAiNTE.

ÊLÏANTE, LK DLT. ALCINDOR .

AI.ClNnOR.

incomparable Eliantc, vous voyez devant vous le filus

humble de vos sujets que le grand désir qu'il avait de déposer ses hommages sur les marches de votre trône a poussé jusqu'à la dure nécessité de se rendre importun.

ÉLIANTE

Duc, je vous ferai observer que je suis couchée et non sur un trône, et je vous demanderai en môme temps pardon de ne pas vous recevoir debout.

ALCINDOR

Est-ce que le lit n'est pas le trône des jolies femmes? Quant à ce qui est de ne pas me recevoir debout, j'espère que vous me permettrez de considérer cela comme une faveur.

ÉLIANTE

Au fait, vous m'y faites penser, je vous défends, Alcindor, de regarder comme une faveur d'être admis dans ma ruelle; vous êtes un homme si pointilleux, qu'il faut prendre ses précautions avec vous.

ALCINOOR.

Méchante, vous fûtes toujours pour moi de la vertu la plus ignoble, et cependant Dieu sait que j'ai toujours nourri à votre endroit la flamme la plus vive. Vous me faites sentir des choses...

ÉLIANTE

Alcindor, quand vous parlerez de votre flamme, allumez un peu votre œil et tachez d'avoir un débit un peu moins glacial ; on dirait que vous avez peur d'être pris au mot.

ALaNDOR.

Vous dites là des choses aff'reuses; Eliante, il en fau* drait-dix fois mo'ns pour perdre un homme de réputation. Heureusement que de ce côté-là je suis à couvert. Je vous ferai voir...

ÉLIANTE

Ou ne veut point voir.

ALCINDOR , prenant uo lÏTre tar lataUe

Qu'est ceci? encore une production nouvelle? quelque rapsocJio? Messieurs les auteurs sont vraiment des animaux malfaisants. Est-ce que vous recevez de ces espèces-là?

ÉLIANTE

Mon Dif;u ! non. J'ai deux poètes qui couchent à Técuru et mangent à l'office. Ils me font remettre ce fatras pai Fanchonnette^ qu'ils appellent Iris et Vénus.

f < ALCINDOR^ se rspprocbftat da lit.

Au vrai^ la cornette de nuit vous va à ravir^ et vous étei

■ \ charmante en peignoir.

!^ ÉLI'ANTE.

Oh ! non^ je suis laide à faire peur.

ALCINDOR

Je VOUS demande un million de pardons de vous donnei ' un démenti^ mais cela est de la plus insigne fausseté.

Dussé-je me couper la gorge avec vous^ je ne me rétrao terai pas.

ÉLIANTE

Je dois avoir la figure toute renversée ; je n'ai pas (erwà l'œil.

ALCINDOR

Vous avez une fraîcheur de dévote et de pensionnaiiei Je vous trouve les yeux d'un lumineux particulier. Est-os que vous étifz d'un petit souper chez la baronne? On dit que tout y a été du dernier mieux. L'abbé surtout était impayable^ à ce qu'on dit. Je me meurs de chagrin de ne pas iirùtre rendu à l'inviUition de cette chère baronoei mais on ne peut pas être partout. Ce que je crève de cfae-

vaux est incroyable ; mon coureur est sur les dents, et Je ae sais vraiment pas comment j'y résiste. Ah I vous étiez de cette partie? D'honneur! je vais m'aller pendre ou me jeter à Teau en sortant d'ici de ne l'avoir pas deviné,

ÉLIANTB.

La marquise y est venue avec un petit chien que je ne lui connaissais pas, un bichon de la plus belle race, je n'en ai jamais vu un pareil ! il s'appelle Fanfreluche. l'amour de cliien! Duc, quelle est donc la cause qui vous faisait tant désirer de me voir?

ALGINDOR.

Je voulais vous voir ; n'est-ce pas un excellent motif?

ÉLIANTB.

Si fait, très-excellent. Mais n'aviez-vous point quelque chose de plus important à me dire?

ALGINDOR.

Pardieu ! je désirais vous faire ma déclaration en règle et m'établir en qualité de soupirant en pied auprès de vos perfections.

ÉLIANTB.

Vous extravaguez, duc ; vous savez tout aussi bien que moi que vous n'êtes pas amoureux le moins du monde.

ALGINDOR.

Ah ! belle Éliante, figurez-vous que j'ai le cœur percé de part en part; regardez plutôt derrière mon dos, vous verrez la pointe de la flèch(;.

ÉUANTB.

Une physionomie intéressante au possible; des soies longues comme cela, des marques de feu, des pattes torses. Oh ! mon Dieu! je crois que je deviendrai folle, si je n'ai un bichon pareil; mais il n'en existe pas!

ALGINDOR.

Je VOUS aime, là, sérieusement.

ÉLIANTB.

Dne queue en trompette.

ALGINDOR.

Je vous adore !

ÉLIANTE

Des oreilles frisées.

ALGINDOR.

femme divine !

ÉLIANTE

charmant animal 1 L'abbé dit qu'il parle hébreu. Mon Uieu! que je suis malheureuse ! il danse si bienl Je détcsh' celte marquise; c'est une intrigante^ et elle a de faux cheveux.

ALGINDOR.

Que faut-il faire pour vous consoler ? faut-il traverser la mer, sauter à pieds joints sur les tours Notre-Dame î C'est facile, parlez.

ÉLIANTE

Je no veux que Fanfreluche; jo n'ai eu dans ma vie qu'un seul désir violent, et je no puis le satisfaire. Je crois que j'en aurai des vapeurs; ah! les nerfs me font déjà un nuil alfreux. Duc, passez-moi les gouttes du général Laniotlie. Tenez, ce flacon sur la table... je me seos faible.

ALCINDOH, lui faisant sentir le flacon.

L'admirabhî tour de gorge que vous avez làl c'est da point (le malines ou de Bruxelles, si je ne me trompe.

ÉLIANTE

Alcindor! finissez; vous m'agacez horriblement. Ah I

j'embrasserais de bon cœur le diable, mon mari liûixiôme, s'il paraissait ici avec Fanfreluche sous le brasl

ALCINDOR

Cest fort ! Dans le même cas serais-je plus maltraité que le diable et votre mari?

ÉLIANTE

Non; peut-être mieux. C'est mon dernier mot. Sonnez Fanchonnette, qu'elle vienne me lever et m'habiller.

ALGINDOR.

Je vous obéis, madame. Ma foi! le sort en est jeté, je me fais voleur de chien.

mes aïeux, pardonnez-moi I Jupiter s'est bien changé en oie et en taureau; c'était déroger encore plus. L'amour se plaît à réduire les plus hauts courages à ces dures extrémités. Adieu, madame, au revoir, je vais à la conquête de la toison d'or.

ÉLIANTE

Adieu. Cupidon et Mercure vous soient en aide ! Ayez bien soin de ne revenir qu'avec Fanfreluche, ou je vous annonce que je vous recevrai en tigresse d'Hyrcanie, à belles dents et à belles griffes. Voilà Fanchonnette ; bonsoir, duc,

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