‹ NouvellesChapitre 41 sur 56 · IB KID DE ROSSIGNOLS · texte numérisé non relu

IB KID DE ROSSIGNOLS

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la volée. Les deux cousines étaient moites ; leurs âmes étaient parties avec la dernière note. Les rossignols montèrent droit au ciel pour porter ce chant suprâme au bon Dieu, qui les garda tous dans son paradis pour lui exécuter la musique des deux cousines.

Le bon Dion fit plus tard, avec ces trois rossignols, lei iVmos de Palestrina, de Gimarosa et du chevalier Gluck.

KIM IHl .MU [IB UOSSIGNOLS.

lA MORTE AMOUREUSE

Vous me demandez, frère, si j'ai aimé ; oui. C'est une histoire singulière et terrible, et, quoique j'aie soixaiitosix ans, j'ose à peine remuer la cendre de ce souvenir. Je ne venx rien vous refuser, mais je ne ferais pas à une àme moins éprouvée un pareil récit. Ce sont des événements si étranges, que je ne puis croire qu'ils me soient arrivés. J'ai été pendant plus de trois ans le jouet d'une illusion singulière et diabolique. Moi, pauvre prêtre de campagne, j'ai mené en rêve toutes les nuits [Dieu veuille que ce soit un rêve !) une vie de damné, une vie de mondain et de Sardnnapale. Un seul regard trop plein de complaisance jeté sur une femme pensa causer la perle de mon àme ; mais enfin, avec l'aide de Dieu et de mon saint patron, je suis parvenu à chasser l'esprit malin qui s'était emparé de moi. Mon existence s'était compliquée d'une existence nocturne entièrement différente. Le jour, j'étais un prèlre du Seigneur, chaste, occupé de la prière et des choses saintes; la nuit, des que j'avais fermé les ypu\, je devenais un jeune seigneur, fin connaisseur en femmes, en chiens et en chevaux, jouant aux dés, buvant et blasphémant; et lorsqu'au lever de l'aube je me réveillais, il me semblait au conlraire que je m'endormais et que je rêvais que j'étais prêtre. De cette vie somnanibulique il m'est resté des souvenirs d'objets et de mois dont je ne puis pas me défendre, et, quoique je ne sois jamais sorti

des mars de mon presbytère, on dirait plutôt, à m'entendre, un homme ayant usé de tout et revenu du monde, qui est entré en religion et qui veut finir dans le sein de Dieu dos jours trop agités, qu'un humble séminariste qui a vieilli dans une cure ignorée, au fond d'un bois et sana aucun rapport avec les choses du siècle.

Oui, j'ai aimé comme personne au monde n*a aimé, d'un amour insonsé et furieux, si violent que je suis étonné qu'il n'ait pas fait éclater mon cœur. Ah! quelles nuits! quelles nuits!

Dès ma plus tendre enftmce, je m'étais senti de la vocation pour l'état de prêtre ; aussi toutes mes études furentelles dirigées dans ce sens-là, «t ma vie, jusqu'à vingtquatre ans, ne fut-elle qu'un long noviciat. Ma théologie achevée, je passai successivement par tous les petits ordres, et mes supérieurs me jugèrent digne, maigrie ma grande jeunesse, de franchir le dernier et redoutable degré. Le jour de mon ordination fut fixé à la semaine de Pâques.

Je n'étais jamais allé dans le monde ; le monde^ c'était pour moi l'enclos du collège et du séminaire. Je savais vaguement qu'il y avait quelque chose que Ton appelait femme, mais je n'y arrêtais pas ma pensée; j'étais d'ane innocence parfaite. Je ne voyais ma mère vieille et infirme que deux fois Tan. C'étaient là toutes mesrelatioM îvec le dehors.

Je ne regrettais rien, je n'éprouvais pas la moindre hésitation devant cet engagement irrévocable; j'étais plein de joie et (rimpatience. Jamais jerne fiancé n'a compté les heures avec une ardeur plus Çu v reuse ; je n'en donnais pas, je révais que je disais la messe ; être prêtre, je ne voyais ri<Mi de plus beau au monde : j'aurais refusé d'élrs roi ou p(H' te. Mon ambition ne concevait pas au delà.

(le que je dis là est pour vous montrer combien ee qni In^ ^t arrivé ne devait pas m'arriver, cl de quelle faadl»titi!) inexplicable j'ai été la victime.

LA HOHTE AHOtlREUSE. 263

Le grund jour venu, je marchai à l'égliso d'un pas si léger, qu'il me semblait que je fusse soutenu en l'air ou que j'eusse des ailes aux épaules. Je me croyais un ange, et je m'éloniiais de la physionomie sombie et préoccupée de mes compagnons ; car nous étions plusieurs. J'avais passé la nuit en pi'i<^res, et j'étais dans un état qui touchait presque à l'extase. L'cvéque, vieillard vénérable, me paraissait Dieu le l'ère penché sur son éternité, et je voyais le ciel à travers les voûtes du temple.

Vous savez les détails de cette cérémonie : la bénédiction, la communion sous les deux espèces, l'onction de la paume des mains avec l'huile des catéchumènes, et enfin le saint sacrifice offert de concert avec 1 eviîque. Je ne m'appesantirai pas sur cela. Oh ! que Job a raison, et que celui-là est imprudent qui ne conclut pas un pucte avec ses yeux ! Je levai par hasard ma tôle, que j'avais jusque-là tenue inclinée, et j'aperçus devant moi, si près que j'aurais pu la loucher, quoique en réalité elle fût il une assez gi'ande distance et de l'autre côté de la balustrade, une jeune femme d'une beauté rare et vêtue avec une magnificence royale. Ce fut comme si des écailles me tombaient des prunelles. J'éprouvai la sensation d'un aveugle qui recouvrerait subitement la vue. L'évêque, ^ rayonnant tout à l'heure, s'éteignit toutàcoup, lescieii^es pâlirent sur leurs chandeliers d'or comme les étoiles au matin, et il se fil par toute l'église une compIMe obscurité. La charmante créature se détachait sur ce fond d'ombre comme une révélation angélique; elle semblait éclairée d'elle-même et donner le jour plutôt que le recevoir.

Je baissai la paupière, bien résolu à ne plus la relever pour me soustraire à l'influence des objets extérieurs; car la distraction m'envahissait de plus en plus, et je savais à peine ce que je faisais.

Une minute après, je rouvris les yeux, car à travers mes cils jela voyais étiiicelante descouleurs du prisme, et dans

»V»* ni^L V CLLEA.

une pénombre pourprée comme lorsqu'on regarde le ioldl. OIi ! comme elle était belle ! Les plus grands peintres, lorsque^ poursuivant dans le ciel la beauté idéale, fls ont rapporté sur la terre le divin portrait de la Madcne, n'approchent même pas de cette fabuleuse réalité. Ni les vers du poëte ni la palette du peintre n'en peuvent donner une idée. Elle était assez grande^ avec une taille et un port de déesse ; ses cheveux^ d'un blond doux, se séparaient sur le haut de sa tête et coulaient sur .ses tempes comme deux fleuves d'or; on aurait dit une reine avec soe diadi'^me; son front^ d'une blancheur bleuâtre et transparente^ s'étendait large et serein sur les arcs de deux cih presque biiins^ singularité qui ajoutait encore à Peffet de prunelles vert de mer d'une vivacité et d'un éclat insoutenables. Quels yeux ! avec un éclair ils décidaient de la destinée d'un homme; ils avaient une vie, une limpidité, une ardeur^ une humidité brillante que je n'ai jamais vues à un œil humain; il s'en échappait des rayons pareils à dos il (lies et que je voyais distinctement aboutir à mon cœur. Je ne sais si la flamme qui les illuminait venait du cifl ou de l'euff-r, mais à coup sur elle venait de l'un on de l'autre. Cette fj^mme était un ange ou un démon, et peut-être tous les deux ; elle ne sortait certainement pas du flanc d'Ëve^ la mère commune. Des dents du plus bel orient scintillaient dans son rouge sourire, et de petites fossf'ttes se creusaient à chaque inflexion de sa bouche dans le satm rose de ses adorables joues. Pour son net, il était d'une Hnesse et d'une flerté toute royale, et décelsil la plus noble origine. Des luisants d'agate jouaient sur la peau unie et lustrée de ses épaules à demi découvertes;, et dos ranj:s de grosses perles blondes, d'un ton presque somMablo à son cou, lui descendaient sur la poitrine. De teirips en temps elle redressait sa tète avec un mouvement ondiileux de couleuvre ou de paon qui se rengorge, et inspriin lit un légfr frisson à la haute fraise brodée à joor qni Tentijurait comme un treillis d'ar^^ent. .

LA BIOIUE AMOLIŒUSE. 2€!>

Elle portait une robe de velours nacarat^ et de ses larges manches doublées d'hermine sortaient des mains patriciennes d'une délicatesse infinie, aux doigts longs et potelés, et d'une si idéale transparence qu'ils laissaient passer le jour comme ceux de TAurore.

Tous ces détails me sont encore aussi présents que s'ils dataient d'hier, et, quoique je fusse dans un trouble extrême, rien ne m'échappait : la plus légère nuance, le petit point noir au coin du menton, Timperceptible duvet aux commissures des lèvres, le velouté du front, l'ombre tremblante des cils sur les joues, je saisissais tout avec une lucidité étonnante.

A mesure que je la regardais, je sentais s'ouvrir dans moi des portes qui jusqu'alors avaient été fermées; des soupiraux obstrués se débouchaient dans tous les sens et laissaient entrevoir des perspectives inconnues ; la vie m'apparaissait sous un aspect tout autre; je venais de naître à un nouvel ordre d'idées. Une angoisse effroyable me tenaillait le cœur ; chaque minute qui s'écoulait me semblait une seconde et un siècle. La cérémonie avançait cependant, et j'étais emporté bien loin du monde dont mes désirs naissants assiégeaient furieusement l'entrée. Je dis oui cependant, lorsque je voulais dire non, lorsque tout en moi se révoltait et protestait contre la violence que ma langue faisait à mon âme : une force occulte m'arrachait malgré moi les mots du gosier. C'est là peut-être ce qui fait que tant de jeunes filles marchent à l'autel avec la ferme résolution de refuser d'une manière éclatante l'époux qu'on leur impose, et que pas une seule n'exécute son projet. C'est là sans doute ce qui fait que tant de pauvres novices prennent le voile, quoique bien décidées à le déchirer en pièces au moment de prononcer leurs vœux. On n'ose causer un tel scandale devant tout le monde ni tromper Pattente de tant de personnes; toutes ces volontés, tous ces regards semblent peser sur vous comme une chape de plomb ; et puis les mesures

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sont si bien prises^ tout est si bien réglé à Tavance, d'une fiiçon si évidemment irrévocable, que la pensée cède aa poids de la chose et s'affaisse complètement.

Le regard de la belle inconnue changeait d'expression selon le progrès de la cérémonie. De tendre et caressant qu'il était d'abord, il prit un air de dédain et de XQécontentement comme de ne pas avoir été compris.

Je fis un eflbrt suffisant pour arracher une montagne^ pour m'écrier que je ne voulais pas être prêtre ; mab je ne pus en venir à bout; ma langue resta clouée à mon palais, et il me fut impossible de traduire ma volonté par le plus léger mouvement négatif. J'étais, tout éveillé^ dans un état pareil à celui du cauchemar, où l'on veut crier un mot dont votre vie dépend, sans en pouvoir venir à bout.

Elle parut sensible au martyre que j'éprouvais, et, connue pour m'encourager, elle me lança une œillade pleine de divines promesses. Ses yeux étaient un poème dont chaque regard formait un chant.

Elle me disait :

« Si tu veux être à moi, je te ferai plus heureux que Dieu lui-même dans son paradis ; les anges te jalouseront. Déchire ce funèbre linceul où tu vas t'envelopper ; je suis la beauté, je suis la jeunesse, je suis la vie; viens à moi, nous serons l'amour. Que pourrait t'offrir Jéhovah pour compensation ? Notre existence coulera comme un rrve et ne sera qu'un baiser étemel.

c( liépands le vin de ce calice, et tu es libre. Je t'emni( lierai vers les îles inconnues; tu dormiras sur mon sein, dans un lit d'or massif et sous un pavillon d'argent; car je t'aime et jo veux te prendre à ton Dieu, devant qui tant (h' nobles cœurs répandent des flots d'amour qui D^aniveut pas jusqu'à lui. »

11 uw semblait entendre ces paroles sur un rhythine tiiiuf douceur infinie, car son regard avait presque de kt sonorité, et les phrases que ses yeux m'envoyaient rotan»

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