‹ Novitates lepidopterologicaeChapitre 8 sur 30 · SUR LE GENRE COCYTIA · texte numérisé non relu

SUR LE GENRE COCYTIA

C'est le docteur Boisduval qui a établi le genre Cocyka dans sa monographie des Zygénides publiée en 1829. À cette époque on ne connaissait qu'une seule espèce, la d'Uruz/lr, lépidoptère magnifique que le capitaine Dumont-d'Urville venait de rapporter de la Nouvelle-Guinée.

Depuis cette époque déjà lointaine, les chasseurs ont trouvé des types différents de celui de Boisduval, et les savants les ont érigés en espèces. Toutes, elles semblent distinctes, mais cependant sont tellement voisines qu'on peut se demander si elles ne sont pas des formes locales d'un même type variable à l'infini.

Les caractères génériques fournis par les individus sont trop semblables pour qu'il y ait lieu d’en tirer des preuves solides pour le maintien des espèces; il ne reste plus que la coupe des ailes et la couleur générale qui, tout en pouvant tromper, sont cependant, en bien des cas, des guides sûrs qu'il ne faut pas négliger : c’est la connaissance de la biologie qui prononcera en dernier ressort.

Avant de parler des espèces, il nous faut dire un mot de la place que doit occuper le genre Cocy#a. Boisduval l’a placé en tête des Zygénides; Latreille était d'avis qu'il fallait le rapporter aux premières familles des ÆZétérocères, dans la tribu des Caséniaires, à côté des Coroms et des Agartsta.

Tout d’abord, la place assignée par Boisduval est inacceptable. Les Zygénides ont toujours la nervure sous-médiane ou simple postérieure double, c’est-à-dire qu’elles ont deux nervures dorsales aux premières ailes. Les G/aucopides, les Syntomides n'en ont qu'une seule comme les Cocyka. Si donc ces derniers devaient être à toute force placés dans une de ces familles, c’est dans les G/aucopides ou les Syztomides qu'il fallait les introduire; mais tous les autres

caractères s'y opposent : les palpes sont ceux des Agaristides et des ÆZypsides, les antennes sont renflées à l'extrémité et pourvues d'une longue pointe tendant à former un crochet. Il faut donc éloigner les Cocyta des trois familles susdites et les isoler en famille isolée en tête des Agarrstides, ou les faire entrer dans les Cas/niides.

M. Butler rappelle dans les 77ansactions of the Entom. Society of London, 1884, p. 851, qu'il a créé une famille séparée pour les Cocytia (Ann. and Magaz. of Notur. Hist. 1875), les Cocytide, et la place entre les Agarishdæ et les Zygenidæ. Ne trouvant aucun rapport entre les Cocydeæ et les Zygenidæ, nous préférons placer la nouvelle famille aussitôt après les Castiniidæ et avant les Agarishde.

M. Lucas a fait remarquer le caractère très important de la longueur des palpes suivant le sexe (Pulletin de la Société entomologique de France, 1880, p. 413), mais il laisse l’insecte dont il parle, le d'Urvilli, provenant de Dorey, dans les Zygenide.

En profitant des travaux qui ont été faits avant nous, et en étudiant toutes les espèces sur un assez grand nombre d'exemplaires, nous avons constaté les particularités suivantes :

La tête est relativement petite, les yeux gros, peu saillants, couverts de poils courts et couchés. Les palpes sont très remarquables : le premier article est court, le deuxième renflé et un peu aplati, écailleux, dépassé le front, et le troisième filiforme, mais très fort et deux fois et demie aussi long que le deuxième.

Ce troisième article est de longueur inégale, suivant le sexe. Chez les © il est beaucoup plus long que chez les ©’. Cet article est toujours plus épais à l'extrémité et forme légèrement la massue.

La trompe est longue, à deux conduits, souvent séparés, et roulée plusieurs fois sur elle-même.

Les antennes sont très longues, légèrement épaissies en fuseau vers leur extrémité, puis amincie en une pointe longue, aiguë, tendant à former le crochet. Leur forme est plutôt celle des Æusemia du groupe de Æ. Pales que celle des Casénia.

Le corps est gros, compact, ressemblant à celui des Pombyx, très obtus. Les pattes postérieures ont le tibia renflé à 2 paires d'éperons assez courts.

Nous n'avons eu à notre disposition que de très bons exemplaires,

nn — la plupart en communication, et nous n'avons pu en conséquence étudier, comme nous l’aurions désiré, l’armature génitale des mâles. I] a fallu nous contenter de ce que nous avons pu voir sans endommager l'insecte.

L'ouverture du dernier anneau est très large et offre deux valves fourrées de longs poils, dont parfois la couleur est très vive. La pièce la plus visible est le style qui va d'une extrémité à l’autre et se termine par une pointe (Æzbbe:, planche VII, fig. 3 a); il est d'un jaune de cire et plus ou moins garni de poils qui font deux franges latérales. Il est grêle et tout-à-fait cilié dans le CÆ/orosoma ; il est très fort chez le letchir et les poils sont plus clairs; chez le Rrbber, les poils ont presque disparu, et c'est l’espèce où cette pièce diffère le plus du type de toutes les autres.

Les ailes ont l’apex aigu chez les mâles; elles sont plus amples et l’apex en est arrondi chez les femelles. Aux inférieures la 7" nervure est colorée en noir et très forte, traversant toute la cellule chez d'Urvili, Chlorosoma, Rribbeï et la var. Masthifica. Chez Vertchir cette même nervure est réduite à un pli hyalin dans la cellule, et ne se transforme en rayon noir que près du bord. Nous avons rencontré la même particularité chez un d Urvz//t G'var., que nous avons fait figurer (PI. VI, fig. 2), et qui pourrait bien être le mâle de la var. Aæstifica, mais sans que nous puissions l’affirmer d'une façon catégorique. Enfin, nous avons constaté également l'absence de la nervure 7 chez deux mâles de CÆ/orosoma; c'est donc une simple aberration, et non un caractère constant. Enfin, on remarque un petit trait longitudinal et orangé, placé aux ailes inférieures, sur l’espace abdominal le long de la partie vitrée chez d'Urvillii et Chlorosoma. Les autres espèces ont le même espace tout noir. Le crin ou 7etnaculum ne nous a pas paru présenter de particularité ; il est simple chez les 5 et triple chez les ©.

COCYTIA D’'URVILLII, Bov.

C. d'Urvilli, BoïspuvaL, Monogr. Zygen., pl. I, fig. 1, p. 22

PLANCHE VI, fig. 1

Les ailes supérieures sont vitrées, transparentes, avec la côte, l'apex, et une bordure assez large, noirs. Les nervures sont fines, noires, et la cellule est fermée par des traits un peu plus forts. Le bord interne est occupé par une bande noire; il est sinué vers les deux tiers et forme un avancement arrondi. Une tache rouge orangé coupe transversalement la base de l'aile et interrompt la bande costale qu'elle réduit à un mince filet. Un pinceau de poils bleu métallique, placé sur le corselet, déborde sur l’origine de la côte; la bordure marginale s’avance entre chaque nervure et y forme une longue pointe filiforme qui s'arrête vers le milieu du limbe, excepté la quatrième qui se joint à la discocellulaire et traverse la cellule. La frange, très étroite, est noire.

Les ailes inférieures sont semblables, mais la bordure noire est beaucoup plus large au bord abdominal, et la base de l'aile, au bord supérieur, est, dans son premier tiers, coloré de jaune orangé.

Le dessous des ailes est la reproduction du dessus; mais le noir des bordures, aux ailes supérieures prend une teinte d'un roux tirant sur le pourpré. Aux ailes inférieures la couleur est plus foncée. Les taches rouge orangé de la base des deux ailes sont plus larges et plus étendues ; aux ailes supérieures le rouge arrive jusqu'à la côte, laissant à la base un petit triangle noirâtre.

Le corps est en entier recouvert de poils serrés et drapés d'un vert métallique passant au bleu chatoyant. Les incisions des anneaux sont étroitement noires.

La femelle est tout-à-fait semblable au mâle ; les seules différences à noter sont que les ailes supérieures ont l’apex obtus et arrondi, les inférieures plus amples, et la bordure noire bien plus large. En dessous, sur l’espace abdominal, le long de la partie vitrée, on

remarque un trait jaunâtre. Les parties vitrées des quatre ailes ont une teinte opaline ou laiteuse très prononcée.

Le d Urvrlii provient de la Nouvelle-Guinée.

Nous avons figuré, pl. VI, fig. 2, un d'Urvilii S aberrant remarquable en ce que les Prérygodes, au lieu d’être d'un beau vert métallique, comme dans le type, sont noirs à leur partie centrale, et gris souris sur le reste de leur surface. Il se pourrait bien que ce fût le mâle de la var. Mœshifica que nous décrivons plus loin. En effet, elle a, comme cette variété, un seul point bleu à la base des ailes supérieures, tandis que le d'Urvi/hi, type, en porte deux; la teinte de la partie supérieure des anneaux de l'abdomen est également la même que celle de Ææshfica. Mais ces remarques suffisent-elles pour qu’on puisse en induire avec certitude que nous sommes en présence de /æœstifica S? Nous nous bornerons à croire le fait probable sans faire aucune affirmation téméraire.

COCYTIA D'URVILLII, Bov., var. Aœshfica, Mas. et VuILL.

Nov. var.

PLANCHE VI, fig. 2

C’est une femelle aussi grande que celle du type, plus noirûtre, quoique la bordure soit un peu moins large. La tache rouge manque à peu près; elle est remplacée par deux mouchetures allongées et presque effacées. Les parties vitrées ont une transparence blanche et un peu irisée, mais non opaline comme dans le d'Urur//i type. Le corps est semblable à celui de C'Æ/orosoma et de d Urvillr.

Le petit trait jaunâtre clair placé sur le dessous des ailes inférieures près de la partie vitrée, et parallèle au bord abdominal, manque totalement, ce qui semblerait indiquer une espèce séparée et bien distincte.

La variété Mæshifica est, comme le d'Urvill, originaire de la Nouvelle-Guinée.

COCYTIA CHLOROSOMA, Burz.

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