‹ NuancesChapitre 6 sur 26 · BONHEUR · texte numérisé non relu

BONHEUR

me sens toujours impuissante à consoler ceux qui me confient leurs chagrins ».

Je répétai seulement:

— « En effet vous êtes heureuse, bien heureuse ...»

Il arrive rarement d'entendre dire : je suis heureuse, plus rarement encore : je suis trop heureuse. Et pourtant l'envie d'ignorer le malheur et la souffrance ne glissa pas en mon cœur. Je sais trop que leur mystérieuse torture est une leçon nécessaire aux âmes : elle les façonne, les cisèle, les rend aptes à comprendre les grandes détresses, les profondes joies.

Nous ne valons que par ce que nous souffrons. La force des âmes n'est-elle pas souvent faite de désillusions bien supportées ? Chaque espoir déçu, chaque amour méconnu ajoutent au poids de notre sagesse. Plus les mirages s'évanouissent autour de nous, plus la réalité nous apparaît; plus nous approchons de la vérité. Ainsi, au bout de la rue, où le soleil jetait à ce moment des lueurs d'incendie, plus d'horizon et de ciel n'apparaissaient-ils pas, parce que les arbres étaient dépouillés ?

Non, le vrai bonheur n'est fait ni d'ignorance, ni de mensonge, ni de crainte fausse . . .

Repos

Par ce tiède après-midi, j'avais entraîné une compagne, loin du boulevard en vogue, des gens, du bruit et de la poussière.

Il nous semble qu'en ces jours de première chaleur le soleil pénètre en nous jusqu'à notre cœur, y réveille des fibres endormies. Ce sera bientôt l'été et nous reprendrons les habitudes et les costumes qui renient l'hiver et influencent nos impressions.

Après avoir fait, en funiculaire, l'ascension régulière du Mont-Royal, nous avons cherché et découvert un banc à l'écart, où nous avons joui de solitude. Et là, les heures se sont écoulées dans le calme du plus vrai repos.

Le vent balançait les branches qui, avec leur verdeur ont retrouvé leur souplesse; il faisait bruire les feuilles, qui, sous les effets de la lu-

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