SCENE I
Ebal — Irad, bergers.
Ebal
Irad l
Qu'est-ce
Ebal
, Vois donc comme le ciel est pur ! Comme est belle la nuit dans son manteau d'azur Avec son front pensif tout couronné de voiles Où d'un si doux éclat rayonnent les étoiles.
Irad
C'est vrai, nuit lumineuse ! On dirait que des chants Flottent mélodieux sur le calme des champs.
Tantôt il me semblait, illusions étranges !
Que passaient dans le ciel de blanches troupes d'anges.
Ebal
Nuit de mystère et jour non moins mystérieux.
J'ai vu dans Bethléem un peuple curieux
Envahir aujourd'hui le silence des rues
Ht les foules partout incessamment accrues
Chercher dans les maisons pour y passer la nuit,
Après un jour de marche, un paisible réduit.
Surtout, témoin ému, comme je me rappelle !
Deux étrangers : un homme, une femme ensemble. Elle,
Si jeune et belle et noble, aux célestes regards,
Pour son ami plus vieux, très las, pleine d'égards.
Elle allait et ses pas paiaissaient dans le soir
Allumer des rayons au chemin triste et noir.
Irad
Et lui ?
Ebal
L'homme marchait la tête un peu penchée, Une main au bâton de voyage attachée, De l'autre soutenant sa compagne. Il cherchait Un gîte pour la nuit. Mais en vain il marchait. En vain à toute porte il s'arrête Personne Ne veut donner entrée au couple qui frisonne. C'est navrant et mes yeux se remplissent de pleurs A voir ces malheureux ployer sous les douleurs.
Irad
Où sont-ils ?
Ebad
Je ne sais et l'homme et sa compagne Ont quitté Bethléem et gagné la campagne. Où seraient-ils allés ? Peut-être en ces taudis Où las de leurs excès sommeillent les bandits. Peut-être encor sont-ils entrés dans la caverne Où pour se réchauffer notre bétail hiverne.
Irad
Je cherche, je regarde. Où que portent mes yeux Je ne vois rien. Pourtant sous la clarté des cieux Tout est baigné de paix, de joie et de lumière. On dirait que tout chante et rayonne sur terre.
Ebai,
Oui, tout chante. J'écoute. Ecoute, Irad ! Dis-moi Pourquoi je sens mon cœur pris d'un si vif émoi. Dans la nuit qui s'avance on dirait que le monde Vibre d'une allégresse inconnue et profonde.