‹ Nuits d'épiphaniesChapitre 8 sur 8 · L'ESPOIR AGONISE EN L'AMOUR · texte numérisé non relu

L'ESPOIR AGONISE EN L'AMOUR

Nous venons vers Toi de tout le sourire du matin Où l'embûche des soirs s'annule au ciel lointain;

Nous venons vers Toi du fond des terreurs nocturnes Où râla l'Espoir comme l'Ennemi rompu, Où l'Espoir expira de sanglots taciturnes.

Les ronces hérissaient leurs dents âpres d'ennui,

Les frissons de l'horreur angoissaient le silence.

Tant de nuits opprimaient les affres de la nuit :

Par la morne vallée,

O nuit de toutes les nuits de notre espoir,

Agonisant espoir de la lutte d'un soir

D'ardeur farouche dans notre âme exilée

Des palais bienheureux vers d'autres soirs!

Nul, palais princiers des premières nonchalances

Sous vos lambris chanteurs n'est mort de son silence

Nuits d'Epiphanibs 65

S'il eût une âme saine et sereine d'espoir.

La lutte tragique en les tragiques soirs

Est dure et rude à l'âme tendre, son silence

Saigne aux nocturnes cris des assauts et des armes,

Elle saigne de blessures sous l'horreur de la nuit

Trop lourde et les frissons d'insidieux vacarmes

A peine s'essorant aux silences d'ennui

Lourds et troplourds d'horreur et frissonnants et lourds.

O la lutte nocturne est rude aux âm^es tendres

Aux âmes par l'espoir des palais exilées

Que l'aventure d'une nuit de toutes les nuits de leur espoir

A travers tant de ronces et de ronces fait descendre

Qu'en la morne vallée

L'Espoir agonise de l'angoisse d'un soir.

Tant d'ennuis et de nuits en l'affre d'une nuit,

Tant d'angoisses de deuils aux frissons du silence!

Mais ô notre âme! tu restes forte De toute la ferveur de toute l'espérance, Malgré la lourde horreur d'un tel ennui O notre âme que l'Espoir réconforte.

Les armes des assauts de la nuit sont sans force,

64 Nuits D'EpiriiANMES

Les embûches de la Mort sont sans pouvoir et vaines,

A cause, ô Toi notre Ame, de toute la force

De ton espoir en tout l'Espoir,

La nuit ne fit assaut que d'armes vaines.

Les embûches de la mort l'ont trahie et sont vaines,

La nuit et la mort sont sans force.

Accueille cette palme que nous cueillîmes pour Toi, Roi qui sais la souffrance et enseignas d'aimer. Le matin doux d'espoir s'offrit à ranimer Notre âme raffermie et confiante en Toi.

O clair éveil du chant de l'aube Quel brillait en l'azur ton sourire, Soleil ! Toute ténèbre est morte où la nuit se dérobe. L'âme renaît légère au ciel qui la réveille.

L'azur vert appâli d'une opale Jouait tendre en des caresses de lumière, Le matin rayonnait d'espoir sur la clairière Au bord du bois d'où fuit la brume sépulchrale.

Nos pas suivaient le regard pâle de l'opale Qui tendre s'imposait en caresses de lumière Jusqu'au fond même de cette clairière D'où lente s'éludait la brume sépulchrale.

66 Nuits D'EririiANiES

Nous voici près de Toi sur qui brilla l'opale En ses rayons pâlis et sa fraîche lumière, Héros de notre espoir vainqueur en la clairière Des affres de la Mort et des nuits sépulchrales.

Tu désignes l'Espoir et tu dis la Parole Par où vaincre les maux et les haines frivoles, Et là dans l'Orient des douceurs fatidiques Scintille l'astre sûr promis à notre foi.

O Roi,

Nulle nuit n'a dompté l'espoir aux âmes pures Q.ui saluent avec Toi l'aube nouvelle et sûre Des jours d'un rêve saint et de l'amour paisible.

Vers l'horizon promis de clartés virginales Le rêve qui nous guide et l'étoile ductrice Etaient selon notre âme même où s'attendrissent Les rayons invaincus des douceurs matinales.

Nos yeux voient s'ériger sur le mont souverain Le sanctuaire pur d'où vibrera le Verbe Par qui l'astuce vile et la folle superbe S'assoupliront en chants candides et sereins :

C'est le Temple de la Joie Que notre âme a trouvée après son âpre voie, (Nuages de cinname et de myrrhe et de nard). Et nos baisers de rois vieillards tremblent de joie Au pied nu de l'Enfant qui sera Dieu plus tard.

Page 1