AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR
Parmi les nombreux spéculateurs qui se sont essayés dans l’art déplorable de la falsification des monnaies et médailles antiques, il y en a peu qui aient déployé autant d’activité et de talent que Becker, et il n’existe presque pas de collections publiques ou privées qui n’aient eu à se défendre contre ses admirables et dangereuses productions, ou qui n’en aient même été victimes. Plus d'un amateur, plus d’un numismatiste consommé se sont par fois arrêtés dans l’incertitude d’un jugement sur l’authenticité de telle ou telle pièce, tant est grande la perfection du travail de ce célèbre contrefacteur.
On comprendra donc facilement l’intérêt du livre écrit à ce sujet par le savant numismatiste de Berlin, et il sera facile de concevoir en même temps qu’il était aussi utile, au point de vue de-l’intérêt général de la science qu’à celui de l’intérêt particulier des amateurs , de reproduire ce même ouvrage dans une langue plus répandue que celle dans laquelle il a été écrit, plus à la portée de tous, et qui servira à faire apprécier davantage le mérite et la nécessité d’une pareille publication, dont le texte original est d’ailleurs devenu fort rare.
Il AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR.
#Le but que s’est proposé M. Pinder est de signaler les fausses médailles de Becker par la description minutieuse de leurs détails les plus minimes et en apparence les plus insignifiants. Les Planches qui accompagnent le texte donnent également cette scrupuleuse reproduction des pièces imitées. Pour ne pas nous exposer à négliger plusieurs de ces détails, et pour nous préserver même complètement de quelques-unes de ces petites omissions que peuvent commettre les copistes les plus consciencieux et les plus experts, nous nous sommes mis en mesure de donner ici les mêmes Planches que celles jointes au texte allemand. Elles donnent la plus juste idée du travail du plus instruit, et par cela même du plus redoutable de ces ingénieux faussaires, dont la triste habileté non-seulement tend à tromper les acquéreurs sur la valeur des objets d’art et d’antiquité, mais pourrait encore avoir pour résultat de porter la perturbation la plus fâcheuse dans les sciences historiques. Nous espérons que le public savant nous saura gré de ce travail modeste, aussi ingrat pour la renommée que pour la spéculation , et que l’ intérêt de la science nous a uniquement porté à entreprendre.
Paris, juin I8S3.
PRÉFACE DE L’AUTEUR
Après m’être occupé longtemps des médailles contrefaites par Becker, je sentis que son talent, aussi admirable que mal employé, faisait naître le désir de savoir quelque chose de plus sur la vie de cet homme et sur ses procédés. Ces deux points sont essentiels , en effet , pour la complète intelligence de ses travaux.
Dans la littérature et dans les arts, jamais l’œuvre n’est tellement séparée de son créateur, que cette copie ne garde quelque chose de l’original. Plus on examine de près le caractère de l’artiste, plus on recherche, avec détails , les moyens qu’il employait , et plus le regard acquiert une vue nette et claire des produits artistiques eux-mêmes.
Qui mieux que Becker aurait pu pénétrer dans les profondeurs de l’art classique pour en faire renaître les produits dans leur perfection même. Qui posséda jamais à un égal degré l’aptitude nécessaire pour comprendre et imiter les styles des différentes époques. La vie de l’homme qui possédait un tel talent mérite l’attention de tous les archéologues et de tous les amis des arts. C’est à ce titre que nous leur offrons les renseignements suivants que nous avons pu réunir à force de recherches.
Charles Guillaume Becker naquit en 1771 à Spire, où son père occupait un office de magistrature municipale. 11 se destina d’abord au commerce. 11 se maria ;i Man-
PRÉFACE DE L’AUTEUR
heim, où, ses affaires n’ayant pas prospéré , il fit faillite. En 1806 il travailla comme orfèvre dans la même ville, et dans cette position il donna à Creuzer une preuve éclatante de son savoir-faire dans l’imitation des monnaies en or des rois grecs Quelque temps après, Becker s’établit à Offenbach, où il se fit passer pour un amateur d’objets d'art , cherchant à augmenter par des échanges sa collection de médailles, peu nombreuse encore, mais très-choisie , et le voisinage de Francfort lui fut , à cet effet, d’un grand secours.
A Offenbach, la police, peu soucieuse d’épier les occupations des habitants, y laissait volontiers les étrangers vivre à leur guise. Becker n’y était connu que sous le nom de Y Antiquaire Becker.
Vers l’année 1814 environ, il fit la connaissance du prince d’Isemburg, général au service de la France, qui le fit nommer conseiller de cour. En 1815, il fut visité par Goethe qui, dans ses Tag-und Jahreihefte, a dit à ce sujet : « Le conseiller de cour, Becker, montrait à Offenbach des tableaux magnifiques, des médailles et des pierres gravées , et ne paraissait pas éloigné de vendre les uns ou les autres aux amateurs, suivant le goût et le désir de ceux-ci *. »
On lit aussi dans le journal Kunst und Alterthum : « M. Becker, numismatiste fort distingué, a recueilli une très-grande quantité de médailles de tous les temps dans l’intention d’en écrire ensuite l’histoire. Il possède , en outre, des tableaux de grand prix, des bronzes antiques et plusieurs objets d’art et d’archéologie »