‹ NumismaticaChapitre 82 sur 326 · LYCIE · texte numérisé non relu

LYCIE

Il y a environ quinze ans, les découvertes de sir Charles Fellows, publiées dans la relation de son premier voyage, appelèrent tout à coup l’attention du monde savant sur une petite portion de l’Asie-Mineurc qui jusqu’alors était restée à peu près inconnue, sauf surquclqucs points de sa frontière maritime. On était étonné de voir surgir des ruines d> ia Lycic, dont on soupçonnait à peine l’existence, une foule de monuments de la plus liante importance, des inscriptions écrites dans une langue inconnue jusqu’alors, des tombeaux d’une architecture particulière , et une numismatique entièrement nouvelle. De nombreux voyageurs ont depuis suivi les traces

de Fellows, et chacun a ajouté à la récolte de ses prédécesseurs. Mais des différentes branches de la science archéologique , une seule a pu jusqu’à ce jour obtenir des résultats à peu près complets: la géographie ancienne de la Lycie a été refaite en entier, ou peu s’en faut, et celte province est maintenant, sans contredit, la mieux connue de l’Asic-Mineure. Quant à l’histoire de la Lycie, sa mythologie, sa numismatique et surtout sa langue, il reste encore beaucoup à faire, et c’est aux monuments qu’il fautle demander; caries renseignements fournis par les auteurs anciens se montent à fort peu de chose, quoique les savants écrivains qui ont traité cette matière en aient déjà tiré un parti excellent. C’est dans le but d’augmenter le nombre des monuments numismatiques connus, et d’ajouter ainsi à la masse des matériaux sur laquelle la critique peut s’exercer, que je décris aujourd’hui un assez grand nombre de médailles inédites de la Lycie, à légendes grecques ; me réservant de parler plus tard et dans un travail spécial des plus anciennes médailles de la Lycie, de celles qui portent des légendes lycicnnes. Le système monétaire de cette province offre en général peu de variété, parce ijuc les villes qui en faisaient partie étaient unies par les liens d’une fédération représentative assez étroite, dont une des conditions était l’unité monétaire. Mais si l’on perd l’intérêt qu’offre toujours la variété des types, l’on gagne beaucoup pour l’histoire; car ces petites monnaies uniformes, qui ne diffèrent que par les deux lettres initiales proprç| à chaque ville, sont maintenant, pour la majorité des villes fédérées, les seuls témoins de leur participation à la ligue lycienne, et nous permettent de reconstruire à peu près en entier cette célèbre confédération.

Ce travail a été fait récemment, d’une manière très satisfaisante, par M Koner, dans la remarquable publication de

MM. Pinder et Friedlaender fBeitraeye zur Münzkunde. Berlin, 1851); je me bornerai donc à relever quelques inexactitudes qui s’y sont introduites cl à y ajouter quelques faits nouveaux.

Strabon rapporte, d’après Artémidore, que la ligue lycienne sc composait de vingt-trois villes, dont il ne cite que les six principales, Xanthus, Patara , Pinara , Olympus, Myra et Tlos. Il existe dans différents cabinets des médailles certaines de Patara, Olympus, Myra, Tlos et Xanthus, au type de la lyre ou de l'arc et du carquois, et portant la légende AT ou ATKUîN et les initiales de chaque ville. De Pinara I on n’en a pas encore retrouvé. Parmi les autres villes que M. Konerfait entrer dans la ligue, il n’v a aucun doute pour les suivantes, dont j’ai vu dans différentes colleclions des médailles incontestables; ce sont Antiphellus, Arycanda , Cragus, Cyaneæ, Limyra, Podalia, Masicytus et Rhodiapolis. M. Koner attribue à Apollonia une médaille inédite de la ligue avec les initiales Ail; elle appartient à Aperlæ, ville assez importante située au centre des côtes delà Lycie, et où l’on voit encore des tombeaux cl des inscriptions lyciennes. L’existence mémo de la médaille avec les initiales Ano, et qui est certainement d’Apollonia, montre qu’il y avait deux villes de la ligue dont les noms commençaient par Ail; car une troisième lettre n’est ajoutée que dans ce cas et dans celui d’Arycanda, qu’il s’agissait de distinguer d’Araxa. Quoique la médaille d’Apollonia ne soit rapportée que par Scstini, dont on ne peut accepter les descriptions qu’avec la plus grande réserve, je crois facilement à son existence ; et soit dit en passant , est très facile de se tromper sur la lecture de ces petites pièces de bronze de la ligue lycienne; il est rare d’en rencontrer de bien conservées, cl j’espère que le lecteur excusera mon scepticisme à l’endroit de celles que je

n’ai pas vues ; la plupart des erreurs, en numismatique, viennent de ce que les auteurs ont voulu voir plus qu’il n’y avait en réalité sur une monnaie endommagée. La pièce d'Araxa décrite par Mionnet, et qui du musée Hédervar a passé au Cabinet de France, donnera lieu aux mêmes remarques; il n’y a de visible sur cette monnaie que la première lettre A . Cependant l’existence d’autres petits bronzes, avec les initiales APï, rend probable qu’il devait aussi en exister avec AP ou AP A pour indiquer Araxa.

M. Koner rapporte ensuite la médaille de Corydalla, décrite par Mionnet d’après Scstini ; ici, outre la singularité du type, qui serait unique dans la série des monnaies de la ligue, il est bon de se rappeler que Corydalla paraît ne s’être élevée qu’apres la ruine d’OIympus, et qu’il est douteux que les deux villes aient pu appartenir en même temps à la confédération lycicnne. Je crois donc que pour Corydalla il faut attendre de nouveaux monuments. Quant à Phellus, j’en décris plus bas une monnaie au type de la ligue, d’une conservation parfaite. Bubon ne fit partie de la ligue que dans les derniers temps; aussi, il en existe des monnaies au type lycien , sans le carré creux. Mais il est fort douteux que cette ville ait pu être comprise dans les vingt-trois d’Artémidore , car ce géographe parait avoir publié son ouvrage dans la cent soixante-neuvième olympiade, vers l’an 650 de Rome ; c’est ce qui résulte d’un passage de Marcien d’Héraclée ; or ce ne fut que vingt ans plus tard que Muréna réu nit Bubon à la Lycie. Je crois donc que l’on ne peutadmettre cette ville au nombre des vingt-trois qui composaient la ligue, au temps d’Artémidore.

C’est avec raison que M. Koner compte Telmessus au nombre des villes alliées, quoique l’on n’en possède pas encore de monnaies; mais la médaille frappée par Telmessus

et Cragus, et publiée par M. Cavédoni, fait supposer que la première des deux villes appartenait à la ligue aussi bien que la seconde. De plus on a découvert dans les ruines de Telmessus des inscriptions et des tombeaux lyciens. Il ne reste plus à parler que de Trabala, ville à laquelle Mionnct classe la médaille de la ligue avec les initiales TP ; j’aimerais mieux, en attendant de nouvelles découvertes, attribuer cette pièce à Trébenna dont on connaît des médailles impériales fvid. infràj qu’à Trabala, dont on ne connaît aucune autre monnaie.

De ces remarques il résulte, qu’outre les six villes principales nommées par Strabon, les onze villes suivantes appartenaient certainement à la ligue lycienne , Antiphellus , Aperlæ, Arycanda, Cragus, Cyancæ, Limyra, Masicytus, Phellus, Podalia, Rhodiapolis et Trébenna ou Trabala. Quant à Apollonia, Araxaet Telmcssus, il serait bon d’attendre des documents plus authentiques que ceux que l'on possède jusqu’à présent. Pour Bubon et Corydalla, quoique ces deux villes aient fait partie de la ligue dans les derniers temps, il n’est pas probable qu’elles aient été comprises dans les vingttrois d’Artémidore. Enfin il ne faut pas oublier, comme le font remarquer les savants éditeurs des Beitraege , que Phasélis, tout en ayant un gouvernement et un système monétaire à elles propres, a cependant frappé des médailles au type de la ligue lycienne, et peut en avoir fait partie dans les derniers temps.

L’on voit qu’il manque encore quelques villes pour compléter la liste. En attendant que la terre restitue à la science de nouvelles médailles enfermées dans son sein, il y a une règle assez sûre qui peut nous guider; c’est la présence, dans les ruines lyciennes , de ces tombeaux creusés dans le roc , propres à la localité, et des inscriptions en caractères lyciens;

— no-

ies villes où il en existe doivent avoir fait partie de la ligue lycienne. Ainsi, il est assez probable qucCadyanda, Candyba et peut-être quelques autres encore, appartenaient à la confédération. Mais laissons à l’avenir le soin de nous éclairer sur ce point et procédons à la description de quelques médailles nouvelles, qui ne laisseront pas que de jeter quelque jour sur les intéressantes questions que soulèvent l'histoire et la géographie de la Lycie.

ACALISSUS.

AT ,K. M . ANT.rOPAIANOC .CGB. Tête laurée de Gordien.

Ff AKAAICCGojN. Cavalier casqué au galop lançant un javelot.

Æ. 8. (Collection de M. le général Fox.)

La découverte d’Acalissus est due à M. Daniell; les ruines de la ville, à Ghiourastan-lik, sont peu étendues et montrent qu’elle n’a jamais eu d’importance. (Voy. Spratt et Forbcs, vol I, p. 1G7). lliéroclès mentionne Acalissus au nombre des villes de la Lycie: Etienne de Byzance l’appelle ÂxaXxooiç. Dans les Notices il est fait mention des évêques de cette ville, é A.xaXiow, b AxaXXwffév, b A xapiocu ; la dernière forme est une erreur de copiste qui s’explique facilement. Dans les inscriptions l’on trouve les deux orthographes AKAA1S202, AKAAAIZS02. (Spratt et Forbcs, vol. II, p. 280-81 ). Je ne trouve pas dans les auteurs d’autres mentions de cette ville , qui est nouvelle pour la numismatique. Cependant Ptolémée (lib. v, cap. 3, secl. 6), parmi les villes situées autour du mont Masicytus, cite Sagalassus entre Corydalla et Rhodiapolis. La leçon Sagalassus est une erreur évidente; c’est probablement Acalissus qu’il faut lire.

Le type du cavalier casqué revient souvent sur les monnaies impériales de la Lycie.

ARYCANDA.

\ . Tête laurée d’Apollon à droite.

Rf. AYKION.APr. Arc et carquois en sautoir, dans un carré creux. Æ. 1 1/2. (PI. x, n° 1.)

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