CHAPITRE UNIQUE
PAPIER-MONNAIE DE LA RÉVOLUTION
PREMIÈRE SECTION
BILLETS DE COIVFIAIVC
J'ai dit dans Tintroduction ce qui m'a décidé à parler des billets de confiance émis à Cambrai.
En 1790, le cours forcé donné aux assignats avait fait disparaître l'argent monnayé. Il ne restait, pour satisfaire aux besoins des échanges de détail et de l'appoint, que des espèces de cuivre d'une très-mince valeur et des assignats dont les moindres étaient de 50 livres. On comprend les embarras qui résultaient de l'absence d'un signe d'échange intermédiaire. Vers la fin de l'année, des billets de confiance de petite valeur furent créés par les fabricants de plusieurs villes manufacturières et quelques municipalités suivirent leur exemple. Ces premières émissions furent un remède momentané; mais l'abus survint aussitôt: les caisses patriotiques se multiplièrent, et l'on vit les moindres villages « de simples particuliers, émettre des quantités considérables de billets qui n'avaient derrière eux aucune garantie sérieuse. La contrefaçon prit aussi des proportions énormes. L'assemblée législative lutta contre les émissions locales en créant elle-même, le 6 mai 1791 , des assignats de cinq livres pour cent millions, et le 4 janvier
1792, des assignais de 10, de 15, de 25 et de 50 sous pour une valeur beaucoup plus considérable ^ Le T' avril 1792, elle chargea par une loi les autorités locales d'exercer leur contrôle sur les caisses patriotiques, en même temps elle ne permettait la création de nouvelles caisses qu'aux municipalités à l'exclusion des particuliers. Enfin, le 8 novembre 1792, la Convention supprima toutes les caisses patriotiques, à dater du i^ janvier 1793*; puis à leur tour, les mêmes assignats républicains inondèrent la France et ne méritèrent que trop, par le mal qu'ils firent, la définition qu'en donne Michel Chevalier: « L'assignat était la » déclaration par laquelle l'Ëtat reconnaît devoir au porteur un certain poids » d'argent, mais, par un post-scriptum sousrentendu , l'État déclare qu'il se » refusera constamment à délivrer ce poids d'argent*. »
Nous renvoyons te lecteur, pour la législation et l'histoire du papier-monnaie, à deux articles très-complets de M. Colson^
La municipalité parait seule avoir émis, à Cambrai, des billets de confiance. Les nombreuses signatures et les timbres secs qu'elle y fit apposer, la souche à laquelle elle les rattacha, et le soin apporté à leur fabrication, contrastent avec ce que M. Colson nous apprend de la manière dont avaient lieu, le plus souvent, en province, ces émissions du papier-monnaie. On a conservé sans doute dans les archives de la ville les délibérations du 15 février et du 12 mars 1792 qui les ont créés sous certaines garanties. Les mêmes dépôts doivent pouvoir faire connaître les noms des endosseurs des billets, les circonstances de leur circulation, leur dépréciation successive, et les conditions dans lesquelles s'est opéré, leur retrait en 1793. Les bornes que je me suis imposées ne me permettent pas de faire l'historique des billets de confiance de Cambrai ; mon seul but est d'en Taire connaître les principaux types.*
* Celle émission ne fnt prélc que le 14 seplembre.
* Il y eul cependanl des délais accordés pour quelques localilés. ^ Cours d'Économie politique, iSttO.
* Rev. num. 1852.
> M. Minarl, conseiller à la Cour impériale de Douai, possédo une belle collection dj billets de conliance du département du Nord cl de documents relatif» à ce papier-monnaie. 11 serait à souhaiter qu'il rn publiât une description détaillée.