CAMBRAI
attribuable avec certitude à la cité' même de Cambrai*. Je ne pourrai donc
point, comme dans un autre ouvrage où je me suis occupé de la Belgique', rattacher à Tantiquité gauloise le premier chaînon de ma série monétaire.
Cambrai est positivement désigné à la fin du TV' siècle et au commencement du V% dans la carte de Peutinger et dans l'itinéraire d'Ântonin.
Malgré les ravages successifs des Alains et des Suèves, cette ville avait certainement acquis de l'importance lorsque Clodion en chassa les Gallo-Romains ^ Les numismatistes , guidés par les brillants travaux, trop tôt interrompus, de M. Ch. Lenormant^ sont donc autorisés à se demander quels sont les chefs mérovingiens qui ont pu frapper monnaie à Cambrai. Une étude historique consciencieuse nous permettra de répondre à cette question.
Les pièces mérovingiennes que nous publions ne sont néanmoins que des monétaires*. Leur description fera l'objet du chapitre l^'^de la l'"* partie, qui comprendra elle-même toute la période romane.
Mais reprenons l'exposé historique qui servira de commentaire à la ^vision de cet ouvrage.
Aux Saliens succèdent les Ripuaires. Cambrai , protégé d'abord par Pépin* le-Bref , obéit successivement à Charlemagne et à ses successeurs. Lors de la déposition de Charles-le-Gros , il appartient à Ârnould , puis à Zuintibold , qui y frappe monnaie ; revenu un moment aux Carlovingiens , il passe bientôt définitivement aux rois de Germanie. La période occupée par ces dominations successives a produit de fort belles monnaies d'argent auxquelles seront
* Le mol Cilé est employé ici dans le sens de pays.
* On a classé au Camhrésis des pièces d'or muetles el unifaces fort communes dans le départemeni da Nord. Ces monnaies onl été frappées par plusieurs peuples gaulois de Taneienne Belgique» ma'is le partage entre eux n'en a pas encore été fait.
' Études numismatîqiiet tur une partie du Nord-Ett de la France , pi. 1 .
^ Cblogio autem missis explorotoribus ad urbem Cameracum .... Gvitatem adprehendil. -- Greg. Tur. Bist,
Lib. Il, Cap. IX.
^ Lettres à M. de Sauky.
c On nomme par abréviation Monétaires les tiers de sols d*or qui portent la signature d'un monétaire.
consacrés le S"" et le 3' chapitres de la 1'* partie. L'un de ces chapitres traite des deniers portant le nom de Cambrai, l'autre des monnaies sorties de l'atelier de Saint-Géry.
En même temps que la dynastie des Otton s'établissait en Belgique, la puissance des comtes grandissait à Cambrai. Un chroniqueur qui vivait au XP siècle, Baldéric , prétend même que le comte Isaac aurait exercé certains droits de monnaie dans la maison de Saint-Géry ^ Aucune monnaie de ce personnage, ni de ses prédécesseurs, n'a été retrouvée jusqu'à ce jour. On sait,, il est vrai, combien sont encore rares les spécimen numismatiques de la (in- de la période romane autres que les contre-façons des vieux types. En outre, j'ai déjà eu l'occasion de remarquer que les concessions faites aux comtes à cette époque, ne concernaient quelquefois que la gestion de la monnaie du souverain ou certains bénéfices attachés à son émission*. Il est donc possible qu'il n'ait jamais existé d'espèces métalliques au nom des comtes laïques de Cambrai.
Isaac vit lui-même une partie de ses droits transférés par Otton-le-Grand à Tévêque Fulbert», puis un peu plus tard, en 1007, l'évêque Herluin obtint de l'empereur Henri II le comté de Cambrai pour son Eglise, et l'autorité féodale des prélats se trouva complètement établie. Je n'ai pas à faire ici rhistoire des comtés ecclésiastiques de l'Empire; je rappellerai seulement que leur création donna au peuple des maîtres plus éclairés et aux souverains des feudataires à vie, qui devaient plus tard leur servir à contrebalancer la puissance des barons héréditaires. Les évêques des provinces belges furent des premiers parmi tous les comtes à placer sur la monnaie leur nom, seul ou associé à celui de l'empereur ou du roi des Romains; j'ai décrit de précieux monuments métalliques qui en font foi\ Mais si la monnaie épiscopale, ou semi-épiscopale
* Chran. eamer, et atreb,, Lib. lyCap. LXX.
* Recherehêi sur les Monnaies des Évègues de Toul, p. 8. ' Chron, eamer. et atreb. f Lib. I, Cap. LXXIf.
* Études numismatiques sur une partie du Nord-Est de la France, pi XVIII.
et semi-royale, a existé à Cambrai , comme dans d'autres évèchés, dès la fin du X' siècle ou au commencement du XI% elle s'est jusqu'à ce jour dérobée aux recherches des antiquaires. Cette lacune se fait même sentir jusque dans le moyen-âge i; car sauf des mailles dont l'attribution n'est rien moins que certaine, le plus ancien denier connu au nom d'un évéque de Cambrai , est de Nicolas de Fontaines, et ne remonte pas au delà de la seconde moitié du XIIP siècle.
Les monnaies épiscopales et archiépiscopales occupent le 1" chapitre de la 2' partie. Ce chapitre sera naturellement le plus étendu de l'ouvrage, car le comté ecclésiastique créé au XP siècle , ayant subsisté comme fief de l'empire jusqu'à la fin du XYI% malgré le dangereux voisinage de la Flandre, du Hainaut et de la France, l'autonomie de Cambrai put se manifester pendant six cents ans, par l'exercice de l'un des droits régaliens les plus importants et les plus lucratifs, la fabrication et l'émission de la monnaie publique.
Louis de Berlaymont est le dernier prélat qui ait frappé monnaie ; expulsé par l'occupation française, il vint, avec le comte de Fuentès, mettre le siège devant Cambrai, et s'il y rentra le 15 octobre 1595, ce fut pour en voir les habitants se constituer vassaux du roi d'Espagne.
L'étude des pièces au nom de chaque évéque nous obligera parfois à parler des événements accomplis de leur temps. Disons seulement d'avance que si l'histoire de Cambrai ressemble à celle de Metz, de Toul et de Verdun, autres villes de l'ancienne Belgique, aujourd'hui françaises, elle présente cependant des particularités dont on retrouve Tinfluence sur la monnaie. Ainsi, dans les Trois-Evêchës , comme à Cambrai, le Chapitre de la cathédrale forma un corps permanent à la fois politique et religieux, qui, en maintes circonstances et à chaque vacance de siège, fit acte d'autorité. Mais, à Cambrai , le Chapitre arriva à une situation plus indépendante et acquit assez d'autonomie pour frapper monnaie à son coin ; aussi , aurons-nous à
^ Une semblable lacune existe «lans un alelier voisin, à ValeDcii>nne<. Cî. R. Cholou, Recherches eur les monnaies des comtes de Hainaut.
consacrer, dans notre seconde partie, une place importante aux monnaies et aux méreaux capitulaires de Notre-Dame ^
Remarquons encore que les bourgeois, pendant cette longue période de gouvernement épiscopal, s'insurgèrent souvent contre Tévèque, et que la Commune, but constant de leurs efforts, conquise en 1077, puis détruite ' pour être rétablie bientôt après, disparut à jamais devant la loi Godefroi*, au moment même où Metz et Strasbourg voyaient inaugurer la monnaie municipale, témoignage vivant d'une révolution politique tout entière. Ainsi à Cambrai, de même qu'à Toul et à Verdun, l'autorité du comte-évêque se maintint plus complète et l'atelier monétaire épiscopal ne fut jamais, comme celui de Metz, partagé avec la Cité, ou, comme celui de Strasbourg, cédé entièrement à celle-ci \ Ces différences tiennent à des causes qu'il ne nous appartient pas d'étudier. Nous signalerons seulement, parmi ces causes, l'influence diverse de l'élément galloromain et de l'élément germanique , et nous rappellerons que dans le partage de 870, où l'on suivit religieusement la ligne de démarcation des races, Cambrai fut, comme Toul et Verdun , dévolu à la France, tandis que Metz et Strasbourg appartinrent à Louis-le-Germanique*.
Ainsi, point de série municipale à Cambrai, mais par une compensation qu'apprécieront les collectionneurs , notre deuxième partie, outre la numismatique du Chapitre métropolitain , comprendra des méreaux ou monnaie jaune émis par le Chapitre de Saint-Géry.
* Les Chapitres de Toul el de Verdun n*ont pas eu de monnaie, cl, si la Cathédrale de Metz peut revendiquer quelques rares deyiers, c'est comme propriétaire d*un fief éloigné. Cf. de Saulcy, Reehirchêi «f supplément aux reehêrehêi ntr le» monnaies des Èvêques de Mets,
* Voir, aux preuves, la charte de Tempereur Frédéric donnée en 1182 à Tévéquc Roger de Wavrin.
' La loi Godcfroi, promulguée eu 1229, a été transcrite in extenso par M. E. Bouly , dans son Dictionnaire historique. Elle concéda à la cité de larges pouvoirs administratifs , mais les droits régaliens ne furent pas partagés.
*' On verra plus loin une monnaie noire du XIH* ou du XIV' siècle, contemporaine du pfenning de Strasbourg et du denier municipal de Metz, qui pourrait être attribuée aussi bien à la ville qu'à Tévéque ou au Chapitre; maison ne peut rien conclure d'un spécimen isolé.
^ Preuves , pièce n" \ .
La série monétaire épiscopale finissant , comme nous venons de l'annoncer, à l'archevêque Louis de Berlaymont, embrasse le Moyerir-âge et une partie de la Renaissance. Les souvenirs numismatiques du Chapitre métropolitain correspondent à la même période; les méreaux de Saint-Géry apparaissent plus tard y mais ne finissent également qu'avec les dernières années du XVP siècle. La seconde partie , quoique exclusivement ecclésiastique , comprendra donc un grand nombre d'années et des types très-variés.
L'épiscopat de Louis de Berlaymont, pendant lequel disparaît la puissance féodale dont les évêques de Cambrai avaient si longtemps joui, voit commencer une série d'événements importants. Cambrai se débat sous la double étreinte de l'Espagne et de la France ; la première , maîtresse des Pays-Bas, convoite une forteresse qui sert de clef à sa frontière; la seconde n'oublie paâ que cette ville, oii l'on parle notre langue, lui a jadis appartenu. La lutte se poursuit pendant le XVI* et le XVIl* siècle. La ville est prise et reprise , ce qui fait dire à un contemporain « qu'elle ne sçaità qui se donner, ou à l'Empire ou c( à la France , ou à TEspagne ou à l'évêque » . Enfin , Louis XIV ouvre la campagne de 1677, et Cambrai fera désormais partie de la France.
La numismatique , grâce aux monnaies de nécessité ou de siège , grâce encore aux jetons historiques , dont la Benaissance avait développé le goût, s'est chargée de jalonner cette longue période , en consacrant le souvenir des principaux événements qui s'y sont accomplis, tels que la défense des remparts par le duc d'Anjou, le protectorat de la reine Catherine de Médicis, la souveraineté éphémère de Jean de Balagny , la prise de la ville par le comte de Fuentès , le rétablissement de la domination espagnole, l'investissement de la place par d'Harcourt, sa délivrance par le prince de Condé, enfin, une attaque sans succès dirigée par Turenne en personne.
La troisième partie, qui comprend ces monuments numismatiques, sera donc, suivant l'expression moderne, de Yllisloire illustrée.
La quatrième partie correspond au XVIP et au XVIII* siècles. Cambrai, incorporé à la France depuis 1677, a perdu toute importance poU tique, et sa
numismatique , tout intérêt sérieux. On remarquera cependant dans cette partie les belles médailles de Louis \IV et des pièces locales d'une époque peu reculée , il est vrai, mais qui n'en rappellent pas moins des noms illustres, tels que celui de Fénelon, et des faits historiques importants, tels que le congrès de 1721. La cinquième partie est réservée aux assignats de Cambrai, qui m'ont paru
mériter une mention spéciale. Si les assignats n'appartiennent pas à la numi&-
matique proprement dite , ils sont toujours , comme les pièces obsidionales , des signes d'échange ; des monnaies fort mauvaises , mais cependant des monnaies. Enfin, au XIX* siècle, Cambrai nous fournit, comme éléments d'une sixième partie , quelques médailles qui révèlent encore , dans le simple chef-lieu d'arrondissement , la métropole religieuse et la ville d'études où l'on met en pratique la devise du jeton académique reproduit dans notre dernière planche: Honos alit artes.
SUrr LE TABLEAU DES DIVISIONS DE L'OUVRAGE, TELLES QU'ELLES VIENNENT D'ÊTRE INDIQUÉES